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Pêche à pied : comment en profiter tout en préservant l’estran et sa biodiversité ?

Publié le 17 juillet 2019
Pratiquée par un peu plus de 2 millions* de personnes chaque année, la pêche à pied est une activité récréative, qui séduit de plus en plus d’adeptes l’été en famille ou entre amis. À chaque marée basse, casquettes sur la tête et seaux en main, nombreux sont les pêcheurs amateurs que l’on voit scruter le sable, les trous d’eau ou les rochers pour y dénicher coques, palourdes, praires, moules ou autres bigorneaux. Bien pratiquée, en réduisant au maximum son impact, elle peut se révéler être un formidable moyen de découvrir la richesse et la fragilité du milieu marin et de comprendre la nécessité de protéger l’habitat naturel de chaque espèce. Bien se préparer avant de s’aventurer sur l’estran est donc indispensable. Avec notre partenaire, le CPIE Marennes-Oléron, nous vous proposons quelques conseils et mesures à prendre pour pêcher dans le respect du milieu et de sa biodiversité…

Pêche à pied : nos conseils pour en profiter tout en préservant la biodiversité!

Pêche à pied : les bons réflexes de base

Comme toute activité sur le domaine public, la pêche à pied est soumise à une réglementation qui varie en fonction de la zone géographique, de la saison, des espèces et de leur densité. Ayez le réflexe de vous informer auprès de l’office de tourisme ou de la mairie pour connaître les spécificités de la région dans laquelle vous vous trouvez. Vous y glanerez des informations importantes sur la taille règlementaire propre à chaque espèce, les quantités autorisées par jour et par personne, les interdictions ponctuelles de toutes formes de pêche…

D’une manière générale :

  • Il est strictement interdit de pêcher du coucher au lever du soleil.
  • On ne jette aucun déchet sur l’estran : pour rappel un mégot de cigarette c’est 500 litres d’eau polluée.
  • On fait attention à ne pas piétiner partout, ni labourer l’estran avec des engins ou des outils inadaptés. 
  • On n’arrache pas les algues : on laisse se remettre en place celles que l’on a soulevées et écartées en cherchant les coquillages fixés sur les parois des rochers (berniques, bulots, bigorneaux, exceptionnellement ormeaux). Si, pour maintenir vos prises au frais, vous optez pour un lit de goémon à placer au-dessus de votre seau, attention de les couper en laissant au moins un tiers de leur longueur pour qu’elles se régénèrent plus vite. 
  • On privilégie les techniques de pêche douces qui ne perturbent pas le milieu (pêche au trou ou au sel plutôt que le ratissage). Quoique l’on y trouve, on replace toujours dans sa position initiale ce que l’on bouge. On remet délicatement les blocs rocheux dans leur position initiale (algues vers la lumière) pour préserver la biodiversité qui y est associée.  Au même titre qu’un tronc mort à terre en forêt abrite une multitude de micro-organismes, un caillou fait partie intégrante du biotope de l’estran. « Une pierre non remise en place perd 30 % de sa biodiversité en moyenne et mettra environ 3 ans à la retrouver ». Cette pratique responsable est une obligation réglementaire dans certaines régions (ex : Bretagne).
  • On se renseigne sur la réglementation en vigueur pour vérifier la conformité des outils utilisés : longueur et largeur maximales autorisées pour les couteaux, le nombre et l’espacement des dents pour les différentes sortes de griffe ou grapette à main,… et bien sûr certains sont totalement interdits comme le marteau ainsi que tout ustensile susceptible de dégrader le milieu.
  • On ne prélève pas plus qu’on ne va consommer… même si on n’a pas atteint son quota ! Les produits de la mer ne se conservent pas longtemps surtout par forte chaleur donc on ne gaspille pas. (il est par ailleurs strictement interdit de revendre les produits de sa pêche).
  • On peut aller sur l’estran sans pêcher ! Rien de plus simple que d’y aller découvrir la grande biodiversité présente : étoiles de mer, petits crustacés, vers étranges et gluants, poissons, pontes mystérieuses, algues diverses… Sans compter les nombreux oiseaux marins qui vous accompagneront.

L’équipement du pêcheur à pied pour une pêche douce et respectueuse du milieu

L’équipement de base, c’est un panier de pêche ou un seau pour transporter ses prises, une épuisette et une réglette pour mesurer coquillages et crustacés et  relâcher les individus trop petits qui ne correspondent pas à la réglementation en vigueur. Il existe des réglettes (dans le même esprit que celles pour doser les spaghettis) qui associent une photo des bivalves fouisseurs et le gabarit correspondant à la taille minimale autorisée, (bien utile car beaucoup d’erreurs d’identification subsistent entre palourdes, praires, coques et clams pour lesquels les tailles réglementaires de capture diffèrent). Elles sont généralement disponibles auprès des offices de tourisme. Il est aussi possible de tracer deux traits sur le manche de son outil de pêche pour mesurer les coquillages, ou pour les novices, se rédiger un petit memento imperméabilisé, sorte d’antisèche, plié dans sa poche.

Réglette pêche à pied

© CPIE Marennes-Oléron.

  • Ni pelle pour retourner le sol, ni gros râteau à dents multiples qui labourent l’estran ! L’outil le plus adapté reste vos mains : bien plus sensibles et donc plus précises et sélectives qu’un outil. On peut prévoir un gant protecteur, bienvenu pour décrocher les moules et les huîtres ou se protéger des pinces des crustacés.
  • Si vraiment vous souhaitez utiliser un ustensile, pas besoin d’investir dans des outils perfectionnés. On trouve dans sa cuisine de petits ustensiles moins invasifs pour le même usage : une cuillère à soupe pour creuser, une fourchette pour ratissage léger, un couteau solide pour décoller les coquillages qui adhèrent fortement.  Nous ne recommandons pas les crochets à crabes ou les baleines de parapluie : en général, on détruit l’animal recherché avant de l’avoir vu… S’il est trop petit, il sera mort pour rien.  
  • Pour certains mollusques, comme les couteaux de sable, utilisez du gros sel de mer. Ces mollusques fouisseurs réagissent et remontent d’eux-mêmes à la surface. Il suffit alors de les bloquer et de les retirer tout doucement de leur galerie.
  • Pour la pêche aux crevettes ou aux étrilles, choisir une épuisette dont les mailles ne sont pas trop serrées afin de laisser passer les plus petits gabarits. Ce qui ne dispense pas de réaliser le tri sur le lieu de prélèvement pour aussitôt remettre les sujets non maillés autorisé dans leur habitat naturel - lui seul réunit les conditions propices à leur survie - et non dans l’eau à 300 mètres de là, après avoir séjourné 1 heure dans un seau. Certains crabes sont mous (ils viennent juste de muer). Ils sont alors dépourvus de chair, et sans intérêt culinaire ; mieux vaut les laisser tranquilles. De même, il est recommandé de laisser en place les femelles dites « grainées », c'est-à-dire qu’elles portent leurs œufs sous le ventre : c’est la descendance. 
  • On ne pêche pas à proximité et à l’intérieur des concessions de cultures marines (parcs à huîtres, bouchots de moules, casiers à crustacés, écluses à poissons, etc.).

Tailles et quantités : la réglementation à suivre 

Comme la règlementation diffère selon les régions, les espèces, l’époque de l’année et les conditions sanitaires des côtes, il est important de se renseigner en amont de sa sortie de pêche auprès structures compétentes :  structures relais du réseau Littorea (réseau national pour une pêche récréative durable), mairies et offices de tourisme qui relaient les consignes générales et/ou les mesures prises ponctuellement qui émanent des services compétents :

  • DDTM/DML (Direction Départementale des Territoires et de la Mer / Direction Mer Littorale).
  • IFREMER (Institut Français de la Recherche pour l’Exploitation de la MER).
  • ARS (Agence Régionale de Santé) : www.ars.sante.fr
  • Projet RESP²ONsable : RisquE Sanitare de la Pêche à Pied et communicatiON : www.pecheapied-responsable.fr pour la région Bretagne
  • Réseau Littorea : www.pecheapied-loisir.fr

Exemple de tableau synthèse pour la Manche : http://www.pecheapied-loisir.fr/je-suis-pecheur/reglementation/manche-ca...

Zoom sur les milieux fragiles de la pêche à pied

  • Les moulières : sur la partie supérieure des rochers découverts à marée basse, on peut trouver des moules apparaissant en amas enchevêtrés. Ces moulières sont un abri et une réserve de nourriture pour d’autres organismes vivants d’où l’importance de ne prélever que la quantité autorisée, et de scrupuleusement respecter la taille minimale réglementaire. Le meilleur moyen pour être sélectif et laisser les jeunes moules accrochées au rocher, est de les prélever directement à la main. Pour en savoir plus sur les bonnes pratiques de pêche à la moule : http://www.pecheapied-loisir.fr/je-suis-pecheur/habitats/la-mouliere/ 
  • Les champs de blocs : comme leur nom l’indique ce sont de grandes étendues de pierres rocheuses au sein desquelles vivent quantités d’espèces animales et végétales. Très prisés par les pêcheurs de crabes, étrilles et crevettes, il est indispensable que chacun remette toute pierre retournée dans sa position d’origine. Pour en savoir plus sur les bonnes pratiques de pêche à pied dans les champs de blocs : http://www.pecheapied-loisir.fr/je-suis-pecheur/habitats/le-champ-de-blo...
  • Les herbiers qui se découvrent à marée basse fourmillent de vie. Ces prairies marines constituées de plantes à fleurs (zostères) constituent l’habitat, le lieu de reproduction et une importante source de nourriture pour beaucoup d’espèces. En hiver, c’est là que les bernaches, des oies protégées, viennent reprendre des forces. Il faut à tout prix éviter de piétiner ces zones très fragiles et surtout ne pas les ratisser. La pêche à pied y est d’ailleurs interdite en Bretagne. Pour en savoir plus : http://www.pecheapied-loisir.fr/je-suis-pecheur/habitats/lherbier-de-zos...
  • Les récifs d’hermelles, sont le résultat de la colonisation de vers de 3 à 4 cm qui construisent des tubes en collant les grains de sable.  Accolés les uns aux autres, ils forment sur les rochers d’immenses structures en nid d’abeilles. Ils ont un rôle prépondérant dans l’écosystème car ils abritent d’extraordinaires densités de juvéniles d’espèces bivalves, de crevettes et de crabes (jusqu’à 60 000 individus par m2) et constituent une importante source de nourriture pour de nombreuses autres espèces. S’étendant parfois sur plusieurs hectares, on évite à tout prix de pénétrer dans le périmètre de ces zones fragiles. Pour en savoir plus : http://www.pecheapied-loisir.fr/je-suis-pecheur/habitats/les-recifs-dher...

Pour en savoir plus : 

Quelques conseils pour pêcher à pied en toute sécurité…

  • On se renseigne sur les horaires de marées car la pêche à pied se pratique sur l’estran, la partie découverte du littoral en fonction des coefficients de marée. La marée est en position basse à partir d’un coefficient de 50. Les grandes marées qui peuvent atteindre un coefficient de 120 permettant de rendre accessibles des zones plus éloignées du rivage.
  • Carte et détail des horaires de marée en France et dans les pays limitrophes : https://maree.shom.fr/
    • Question de bon sens : l’horaire de marée basse désigne l’heure à laquelle la mer commence à remonter, ce n’est donc pas le meilleur moment pour commencer à pêcher et s’aventurer au loin, surtout avec des enfants. Il faut arriver une ou deux heures avant !
  • On prévient de son départ et on donne une heure de retour à une personne de son entourage. Valable partout en Europe, le 196 est le numéro d'urgence pour les secours en mer, très utile - à condition d’emporter son téléphone portable - si l’on se fait surprendre et encercler par la marée montante ou que l’on s’envase. Prévoir de remonter en moyenne 45 minutes avant le bas du flux.
  • On ne part pas pieds nus : bottes ou chaussures type méduse sont indispensables pour ne pas se blesser (rochers, surfaces coupantes, possibilité de contact avec des matières urticantes). 
  • On consulte sans faute la météo : risque d’orage ou de se perdre en cas de brume marine. Si l’on projette de s’aventurer plus loin que la moyenne, on se renseigne avant auprès des pêcheurs « locaux » des zones à risques.
  • On se renseigne en amont sur la qualité sanitaire de son site de pêche : par leur activité de filtration, à but alimentaire, certains coquillages concentrent les contaminants qui peuvent être présents dans l’eau et les sédiments. Aussi, la consommation de coquillages, s’ils proviennent de secteurs insalubres ou temporairement contaminés, peut avoir des conséquences sur la santé humaine.

Quelques conseils pour consommer sa pêche dans les meilleures conditions…

  • Conservez vos coquillages et crustacés au frais et consommez les dans les 24 heures.
  • Faites dégorger les coquillages fouisseurs (coques, couteaux, tellines) dans de l’eau de mer propre que vous pourrez renouveler régulièrement. Attention de ne pas mettre votre récipient en pleine chaleur ou au soleil pour garder une eau bien oxygénée.

Sources :

* D’après une enquête BVA-FranceAgriMer de 2017, on compte environ 2 ,1 millions de pêcheurs à pied de loisir en France.