Nos propositions

Adopter de nouveaux indicateurs

Depuis plusieurs décennies, l’objectif de croissance du PIB structure l’organisation du monde. Nous vivons les yeux rivés sur cet indicateur comme s’il était seul à même de résoudre tous nos maux. Pourtant, les lacunes du PIB sont aujourd’hui bien connues.

 

Le PIB ne tient compte ni de l’épuisement des ressources que nécessite l’activité économique, ni de la dégradation ou de la destruction des services vitaux que nous tirons gratuitement des écosystèmes (pollinisation des plantes par les abeilles, épuration de l’eau et de l’air par les plantes et les micro-organismes…). Il n’est donc pas à même de nous alerter quand ces ressources se raréfient voire disparaissent.

Non seulement le PIB ne rend pas compte de la dégradation et de la destruction des ressources naturelles et des services écologiques, mais en plus il nous pousse à les exploiter toujours davantage. Cette destruction des ressources naturelles par l’économie est, en fait, comptabilisée positivement dans le PIB, soit parce qu’elle permet de nouvelles productions soit parce qu’elle engendre des coûts de réparation. C’est ainsi que de nombreux phénomènes néfastes font croître le PIB par les coûts de réparation qu’ils engendrent : dépolluer les plages suite aux marées noires, construire des stations d’épuration de l’eau, construire des digues pour se protéger des mers suite à la destruction des écosystèmes côtiers protecteurs (mangroves, coraux)…

Ainsi, placer le PIB au centre de l’organisation de nos sociétés c’est nous exposer à des déséquilibres écologiques aux conséquences dramatiques. Ne faut-il pas avant cela changer de trajectoire et ce d’autant plus que la croissance du PIB n’apporte aucune garantie de bien-être social ? Il suffit pour s’en persuader d’un bref aperçu du monde actuel. Des décennies de croissance n’ont pas fait disparaître la faim dans le monde ; les individus n’ayant accès ni à l’eau potable ni à l’énergie se comptent toujours par milliards.

Il faut désacraliser le PIB et le remettre à sa véritable place, limitée à celle de mesure de l’activité marchande. Il ne s’agit pas de prôner sa décroissance, car parler de décroissance c’est garder cet indicateur au centre de nos réflexions. Nous devons au contraire adopter un tableau de bord d’indicateurs alternatifs qui nous disent mieux l’état de la planète et de nos sociétés :

  • Des indicateurs de bien-être social, mettant en avant la satisfaction des besoins essentiels de tous les êtres humains, la réduction des inégalités, la cohésion de nos sociétés.
  • Des indicateurs écologiques nous alertant sur l’état de notre planète (empreinte carbone, empreinte eau, empreinte biodiversité…)
  • Des indicateurs d’activité (chômage, temps travaillés, taux d’emploi des capacités productives, hausse des prix) qui permettent aux pouvoirs publics de piloter l’économie.

Nous ne partons pas de rien. De nombreuses recherches et expérimentations sur les indicateurs alternatifs ont vu le jour depuis les années soixante-dix et commencent à êtres entendues de la sphère politique. Si certains signaux sont encourageants tels la conférence « Au-delà du PIB » avec l’OCDE ou le lancement de travaux officiels sur ce sujet en France (la commission Stiglitz, le rapport du CESE), le virage est loin d’être pris. Il s’agit maintenant de choisir les indicateurs du monde de demain et de les porter au niveau national et international.

 

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