Suite au Grenelle de l'environnement, une réflexion a été engagée par le gouvernement sur les indicateurs de développement durable dont la France devrait se doter. Une conférence nationale se tiendra le 20 janvier au Conseil économique, social et environnemental pour présenter les résultats de cette réflexion. Pour la Fondation Nicolas Hulot, il est essentiel que cette conférence ne constitue pas un aboutissement mais un nouveau point de départ. Si la réflexion amorcée constitue une avancée positive, elle est loin d'avoir aboutie.
1. POURQUOI REFLECHIR SUR LES INDICATEURS ?
Les premières réflexions de la Fondation Nicolas Hulot sur les indicateurs ont été exprimées dans un texte de Nicolas Hulot et du Comité de Veille Ecologique publié en juin 2009.
Loin d'être neutres, les indicateurs reflètent une vision de société. Ils fixent les choix sur la direction que nous souhaitons prendre et conditionnent les décisions des pouvoirs publics. Le choix d'un indicateur plutôt qu'un autre n'est absolument pas anodin. Ainsi, en est-il de notre indicateur phare : le PIB (produit intérieur brut).
Depuis plusieurs décennies, l'objectif de croissance du PIB structure l'organisation du monde. Nous vivons les yeux rivés sur cet indicateur comme s'il était seul à même de résoudre tous nos maux. Pourtant, les lacunes du PIB sont aujourd'hui bien connues.
Le PIB ne tient compte ni de l'épuisement des ressources que nécessite l'activité économique, ni de la dégradation ou de la destruction des services vitaux que nous tirons gratuitement des écosystèmes (pollinisation des plantes par les abeilles, épuration de l'eau et de l'air par les plantes et les micro-organismes...). Il n'est donc pas à même de nous alerter quand ces ressources se raréfient voire disparaissent.
Non seulement le PIB ne rend pas compte de la dégradation et de la destruction des ressources naturelles et des services écologiques, mais en plus il nous pousse à les exploiter toujours davantage. Cette destruction des ressources naturelles par l'économie est, en fait, comptabilisée positivement dans le PIB, soit parce qu'elle permet de nouvelles productions soit parce qu'elle engendre des coûts de réparation. C'est ainsi que de nombreux phénomènes néfastes font croître le PIB par les coûts de réparation qu'ils engendrent : dépolluer les plages suite aux marées noires, construire des stations d'épuration de l'eau, construire des digues pour se protéger des mers suite à la destruction des écosystèmes côtiers protecteurs (mangroves, coraux)...
Ainsi, placer le PIB au centre de l'organisation de nos sociétés c'est nous exposer à des déséquilibres écologiques aux conséquences dramatiques. Ne faut-il pas avant cela changer de trajectoire et ce d'autant plus que la croissance du PIB n'apporte aucune garantie de bien-être social ? Il suffit pour s'en persuader d'un bref aperçu du monde actuel. Des décennies de croissance n'ont pas fait disparaître la faim dans le monde ; les individus n'ayant accès ni à l'eau potable ni à l'énergie se comptent toujours par milliards.
Il faut désacraliser le PIB et le remettre à sa véritable place, limitée à celle de mesure de l'activité marchande. Il ne s'agit pas de prôner sa décroissance, car parler de décroissance c'est garder cet indicateur au centre de nos réflexions. Nous devons au contraire adopter un tableau de bord d'indicateurs alternatifs qui nous disent mieux l'état de la planète et de nos sociétés :
2. INDICATEURS DE DEVELOPPEMENT DURABLE : OU EN EST LA REFLEXION ?
Amorcée il y a deux ans, la réflexion lancée par le gouvernement sur les indicateurs de développement durable à pris deux formes :
Celle-ci avait pour mission d'évaluer la pertinence des indicateurs actuels de la performance économique. L'une des principales conclusions de son rapport publié en septembre dernier a résidé dans la mise en évidence des insuffisances et lacunes du PIB qui sert, pourtant, aujourd'hui de boussole à nos sociétés. Si ce constat n'est pas nouveau, nous trouvons très salutaire qu'il fasse désormais l'objet d'une reconnaissance officielle par des économistes de renom.
La Fondation Nicolas Hulot a participé aux travaux de cette commission avec d'autres acteurs de la société civile. Cependant, malgré des échanges fructueux et des avancées notables dans l'élaboration du tableau de bord d'indicateurs, la méthode participative engagée n'a pu tenir ses promesses en raison d'une certaine précipitation dans laquelle ces discussions ont été conduites. Le temps long d'un débat permettant de rapprocher les points de vue est incompatible avec l'urgence dans laquelle a été organisée cette concertation.
C'est pourquoi, la Fondation Nicolas Hulot s'est associée à d'autres acteurs (WWF, Amis de la terre, Réseau FAIR) pour rappeler que la conférence nationale du 20 janvier constitue une première étape de construction des indicateurs pour une société soutenable et ne peut être considérée comme un aboutissement.
Avec ces acteurs la Fondation a lancé un appel à la constitution d'une commission permanente ouverte aux parties prenantes de la société civile pour continuer ce travail de façon plus approfondie et réellement participative.
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