Une expertise internationale pour sortir la biodiversité de l'ornière, AFP, 12 juin 2010
Les scientifiques en rêvaient mais les Etats s'en méfiaient : après deux ans d'âpres débats, plus de 90 pays viennent d'approuver la création d'une expertise scientifique internationale sur la biodiversité qui doit permettre sa prise en compte politique, au même titre que le climat. Cette décision de principe, approuvée vendredi en Corée du Sud, sous l'égide du Programme de l'ONU pour l'environnement (PNUE), devra être entérinée en septembre par l'Assemblée générale des Nations unies à New York.
L'IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) sera l'équivalent du GIEC, le Groupe intergouvernemental d'experts de l'ONU sur l'évolution du climat, chargé d'éclairer les décideurs sur le réchauffement de la planète et de guider leur riposte. Une expertise rendue indispensable, alors que selon de nombreux scientifiques, la Terre se trouve à la veille de la sixième grande vague d'extinction de son Histoire.
Selon l'ONU, "le rythme actuel de perte d'espèces dû aux activités humaines est plus de 100 fois supérieur à celui de l'extinction naturelle", privant l'humanité de services et d'outils précieux. Pour le patron du PNUE, Achim Steiner, "l'IPBES représente une innovation essentielle dans la réponse globale à la perte des organismes vivants et des forêts, des rivières, des récifs de corail et d'autres écosystèmes".
"Il faut qu'on prenne enfin conscience que la disparition de la biodiversité est déterminante pour le développement. Les enjeux pour l'avenir de l'humanité, la sécurité et le développement sont largement aussi importants" que ceux du changement climatique, insiste la secrétaire d'Etat française à l'Ecologie, Chantal Jouanno.
L'IPBES "doit nous permettre de mesurer notre dépendance à l'égard de la biodiversité et nous donner les moyens d'agir". Pourtant, jusqu'alors, les Etats ont répugné à inscrire ces enjeux à leur programme, par crainte de se faire dicter leurs politiques ou d'y laisser un part de leur souveraineté.
Le Brésil, notamment, avait pris la tête d'une fronde du Sud, "par crainte d'un processus scientifique dominé par les pays du Nord", explique Lucien Chabasson, directeur délégué de l'IDDRI (Institut du développement durable et de relations internationales à Paris). Tandis que d'autres, comme les Etats-Unis redoutaient l'enfantement d'un nouveau monstre bureaucratique. Mais le besoin est né d'un double constat: la pluralité des analyses internationales et leur faible convergence, qui fait "que les Etats ne se sentaient pas liés", estime Mme Jouanno. Ainsi, en 2002, ils s'étaient fixé pour objectif (raté) "d'enrayer" l'érosion de la biodiversité d'ici à 2010, sans disposer d'indicateurs ni de base scientifique, ce qui condamnait l'ambition dès sa naissance.
"L'IPBES devra combler ce manque", relève M. Chabasson, qui juge l'entreprise "plus complexe" que celle du GIEC: "Il y a beaucoup moins d'homogénéité sur la biodiversité que sur le climat, le monitoring est aussi bien moins avancé. Et les activités humaines qui impactent les écosystèmes sont plus complexes à mesurer que les émissions de gaz à effet de serre". "Sur le constat, ajoute-t-il, on n'est pas dans le vide. Mais c'est plus délicat pour les causes, car le sujet devient plus politique". Le Brésil, notamment, est candidat pour accueillir le siège de la future organisation. "Une bonne façon d'enrayer les réticences des pays du Sud, qui ont une exigence très forte sur l'aide au développement de leurs propres capacités d'expertise et de recherches", souligne Chantal Jouanno.
Reste aussi à trouver un vocable moins barbare pour ce nouvel organisme, dont l'appellation actuelle ne satisfait personne.
Un grand pas a été franchi, vendredi 11 juin, vers la création d'un réseau mondial d'expertise sur la biodiversité, à l'image de ce qui existe depuis 1988 pour le climat à travers le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC). A l'issue de cinq jours de négociations, quelque 90 Etats, réunis à Pusan (Corée du Sud) sous l'égide des Nations unies, ont adopté à l'unanimité une recommandation favorable à la création d'une Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES en anglais).
La suite à lire sur le site du Monde
To Bridge the Gap Between Research and Urgent Need for Responses to Biodiversity and Ecosystem Service Losses History was made today in the South Korean port city of Busan, when governments gave the green light to an Intergovernmental Science Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES).
0Commentaires
Faire un commentaire