27 mai 2010 – Le Figaro
Par Nicolas Hulot, Président de la Fondation pour la Nature et l’Homme
L’objectivité est un exercice difficile, même quand on essaye de s’appliquer. Nous-mêmes, aveuglés par l’ampleur des menaces et la complexité des tâches, oublions parfois de saluer le travail accompli, focalisés sur le chemin restant, ignorant celui parcouru. Notre exigence légitime est parfois au détriment d’une certaine reconnaissance. Nous avons l’excuse de la passion et de l’émotion. Mais surtout, nous sommes taraudés par les souffrances à venir des plus précaires, si nous ne changeons pas plus en profondeur notre modèle économique. C’est tout le sens de notre suspension à notre participation au comité de suivi du Grenelle, et nous y reviendrons une fois que l’Exécutif aura clarifié sa volonté de donner un nouveau souffle à cette dynamique et que le dispositif aura été évalué à l’aune d’une exigence sans faiblesses. Ceci précisé, il est sain de s’octroyer une courte pause pour apprécier aussi le bénéfice de l’énergie dépensée. Car ceux qui disent que le Grenelle est une coquille vide sont soit paresseux pour ne pas avoir lu l’essentiel des 268 mesures, soit partiaux pour ne pas saluer l’effort réalisé, bafouant en cela l’esprit du Pacte Ecologique qui était, sur ces enjeux, de ne jamais céder aux réflexes politiciens ou partisans.
Alors, après trois ans de labeur, de commissions acharnées et ininterrompues, juste au lendemain du Grenelle 2 : sachons dire merci ! Merci aux ONG, aux syndicats, aux collectivités territoriales, aux organisations patronales, à l’Etat, mais aussi à ceux des politiques qui ont su tenir le cap et tirer le processus vers le haut. À ceux qui ont su enfouir leurs préjugés au profit d’un dialogue respectueux, qui ont su installer un processus de démocratie participative novateur.
Dès demain sans complaisance, il sera temps de croiser nos divergences ou nos exigences. Demain comme hier l’urgence et la combinaison des crises imposeront de proposer encore et beaucoup plus loin, d’évaluer, de rassembler et de convaincre. Mais aujourd’hui, actons que quelque chose s’est réellement passé dans notre pays, que l’impératif écologique sans être encore un facteur déterminant, n’est plus à la marge, même si certains s’obstinent à opposer les questions sociales, économiques et écologiques. Certaines tendances lourdes préjudiciables à l’environnement ont amorcé une indéniable inclinaison. Il y a dans le Grenelle des objectifs et des mesures structurantes. Dans son sillage s’est développée, dans la société, une dynamique inestimable, une profusion d’initiatives chez les citoyens, dans les collectivités locales et parfois même des avancées ou réorientations spectaculaires chez quelques acteurs économiques.
Avec le Grenelle, la France a rempli son premier devoir écologique ; elle s’est mise à niveau, voire a pris la main sur certains sujets. En matière de bâtiment, de transport, de biodiversité, beaucoup d’engagements ont été pris et de moyens actés. La fiscalité écologique n’a pas été occultée, mais manque de mesures structurantes, d’autant que la pièce maîtresse que constitue la taxe carbone après avoir été votée, a été censurée par le Conseil Constitutionnel et reportée sine die par le gouvernement.En clair, quoi qu’il en soit, notre pays a une légitimité acquise qui lui permet, mais aussi lui impose, d’aller immédiatement beaucoup plus loin et notamment sur le plan diplomatique européen et international. À ces politiques qui tentent déjà de conjuguer les intérêts des uns et des autres, ainsi que de concilier le court terme et le long terme, aux citoyens souvent accaparés par toutes formes de précarités, aux acteurs économiques qui cumulent les contraintes, aux agriculteurs qui peinent sans gratitude, je voudrais juste dire que cet enjeu n’est pas le combat d’une partie de la société contre une autre. C’est un enjeu collectif, juste notre responsabilité commune, un simple devoir d’humain. J’entends bien que chez nous les changements climatiques ou l’érosion des ressources naturelles sont des phénomènes moins palpables que la tragédie du chômage ou que les difficultés matérielles auxquelles beaucoup sont confrontés. Et que de fait, l’espace disponible pour s’engager sur la mutation écologique est ténu. La conférence de Copenhague a eu au moins une vertu : le partage du diagnostic par l’ensemble de la communauté internationale. Plus personne ne conteste l’urgence, ni la gravité de la situation. Le scepticisme n’est plus de mise, c’est une posture kamikaze.
À quoi bon aller plus loin tout seul ? La France n’est qu’une petite partie du problème et donc de la solution. Certes ! Mais sommes-nous les seuls ? Évidemment non ! Même la Chine vient de s’engager sur un mécanisme de réduction du carbone et un autre de réduction de flux de matière. Mais peu importe ce que font les autres. Attendre la vertu collective, c’est jouer son avenir au loto. Et tous les modèles économiques le disent. Anticiper comme nous commençons à le faire, c’est prendre un avantage économique. C’est préparer la société à ces contraintes qui sont incontournables et essayer d’en atténuer les effets.
Sans attendre, nous devons évaluer l’efficacité des premières mesures mises en œuvre et si besoin les enrichir ou les corriger. La révision de la politique agricole commune pour aider et inciter les agriculteurs à aller plus loin en ce sens, tout en protégeant les marchés du sud ; la refonte profonde de la fiscalité pour préserver les ressources naturelles et alléger les charges pesant sur le travail, sont des chantiers immédiats et cruciaux pour lesquels nous devons retrouver un esprit de concorde. La Fondation souhaite y contribuer en proposant aujourd’hui son analyse du Grenelle et ses perspectives d’avenir. Nous n’en ferons jamais trop. Gardons à l’esprit que la contrainte est aussi un fantastique détonateur de créativité. Il vaut mieux changer le cours des choses, avant que celui-ci ne nous abîme.
Osons dire que l’essentiel de la mutation reste à faire. Mais elle n’était pas envisageable, dès lors que nous faisions route contraire. Soyons convaincu qu’elle est une occasion inespérée de donner un sens à la technologie, au génie humain, à l’économie aussi. Sous cet angle, l’écologie n’est pas un archaïsme, elle est la seule modernité car elle oblige à redéfinir les finalités. Elle nous permettra sans doute de trouver le point d’équilibre entre la société du gâchis et celle du rationnement. Ce point subtil de sobriété, condition indispensable à la réalisation du partage, à l’incarnation de la solidarité, ce véritable indice de civilisation. Alors merci et vite revenons à l’ouvrage, car la fuite du temps ne nous permet pas de prolonger les congratulations ! Nicolas Hulot Président de la Fondation pour la Nature et l’Homme
4Commentaires
En réponse à Mr Weber, qui prône l' idée de taxer les entreprises consommatrices de "nature", je réponds: "c' est bien !... Mais, que feront les politiques, de l'argent récolté... Le redistribué à ces mêmes entreprises parce qu'elles créer des emplois, ne fusse ( comme souvent ), que provisoirement.
Je ne suis pas étonné de la décision de Nicolas Hulot de quitter le grenelle de l’environnement
Et je reconnais que des avancées ont été faites et que le dialogue est nécessaire
Mais je suis sceptique sur le fait de raisonner autour d’un développement durable
Car pour que le développement soit durable dans un monde restreint, il faudrait une énergie 100% propre et des ressources agricoles et minières illimitées. Ce qui n’est pas réaliste
L’expression « développement durable » est un leurre ; Elle nous conforte dans notre illusion de pouvoir s’enrichir et de consommer plus. Elle ne nous remet pas en cause et fait le jeu des lobbies industriels et financiers
Il est évident pour qu’une société soit humaine et vivable, les valeurs fondamentales qui doivent être respectées sont :
1 L’écologie la sobriété.
2 Le partage des richesses et du travail
Je pense que c’est ces valeurs qu’il faut rappeler en permanence aux politiques et aux financiers
Ces rappels s’imposent, car ces valeurs ne sont pas présentes dans les débats
En conséquence, les décisions prises dans beaucoup de domaines ne sont pas cohérentes, voir contradictoires
Ceci représente une perte de temps d’argent et/ou et de la manipulation.
En se basant sur notre savoir technologique et scientifique il est aisé de définir un objectif de "société durable" qui tienne compte du facteur énergétique et des ressources disponibles
Par conséquent il me semble primordial de baisser notre consommation de matières premières minières et d’énergies fossile Pour en laisser à notre descendance
Ceci propulse la biomasse en première ligne car elle devra assurer sa propre régénération, puis notre nourriture comme celle de toutes les autres espèces, puis les carburants, la ou ils sont incontournables et la matière première pour l’industrie.
La biomasse du fait de sa rareté, doit aussi être répartie équitablement, et nécessitera une application de "quotas" par personne, comme pour le co2 et les autres polluants
Ici j’utilise le terme de quota, car une taxe n’est pas équitable, puisqu’elle permet aux riches de polluer plus ! En plus d’avoir la conscience tranquille en payant avec de l’argent sale.
Ceci implique aussi que les productions de biens soient localisées le plus près possible des sites de consommation, pour éviter les transports énergivores et respecter le partage du travail
Une société responsable doit raisonner à long terme et respecter dans toutes les décisions ses valeurs fondamentales et ses objectifs
De plus dans le cadre du respect que nous devons aux générations à venir il est impératif de mettre en œuvre individuellement et collectivement, tous les moyens possibles pour préserver la planète qui nous accueille.
Bien sûr cela avance et c'est tant mieux, et encore merci à tous ceux qui oeuvrent. Merci d'abord à Nicolas Hulot.
Maintenant les avancées, restons très pragmatiques...
Taxe carbone : non, alors proposons donc un bonus-malus suivant l'indexation des produits "plus propres" ou "moins propres".
Mesures fiscales : simplifions les niches, les avantages, les déductions et les incitations, on consomme beaucoup, donc on paye beaucoup... augmenter la TVA ; pas de prélèvements "à la base", mais un paiement "conscient" (par exemple trimestriel), avec les pourcentages attribués aux dépenses prévues au budget de l'état (comme mon budget de bon père de famille...) Revoir le principe de la subvention = arrosage à la tête du client. Etc...
Service Civil : aides aux plus défavorisés, aux anciens, aux migrants, brassage de populations jeunes... (6 ou 12 mois).
Renforcer les proximités = services publics répartis à l'échelle cantonale, ces "pays" sont toujours des entités culturelles. Pouvoirs des régions intégrées à l'échelle européenne.
Faire une Europe "politique"...
Il y en a des choses à mieux faire ! Vive le monde de demain !
Entièrement d'accord avec vous Mr Hulot.
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