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Il peut se passer des choses d’ici le premier tour…

Interview de Nicolas Hulot par Le Parisien

Le Parisien : Les candidats parlent-ils suffisamment d’environnement?

Nicolas Hulot : Non. Je suis déçu par leur comportement même si au fond cela ne me surprend pas. Disons que l’écologie a repris sa place habituelle dans le débat. Elle est devenue un chapitre parmi d’autres qu’on aborde en quelques minutes, vite fait, à la fin d’un discours ou d’une émission. On est rentré dans une espèce de tango écologique avec un pas en avant et deux pas en arrière. C’est un peu désolant.

Comment l’expliquez-vous?

Les candidats reconnaissent que les problèmes liés au changement climatique sont sérieux, mais ils pensent, à tort, que l’on a du temps pour y faire face. Ils sont convaincus, et c’est navrant, que la responsabilité de la France est marginale. On s’approche du premier tour et on voit bien que l’environnement n’est pas leur priorité. J’avais malheureusement prévu ce qui allait se passer. Un certain nombre de logiques — logique de partis, logique économique, lobbying de groupes industriels — ont repris le dessus. L’enjeu écologique s’est petit à petit dilué alors qu’en réalité il doit déterminer tout le reste.

D’après vous, les candidats n’auraient donc pas réellement intégré le danger lié au réchauffement de la planète?

Ces gens-là ont été éduqués, conditionnés, pour imaginer que nos institutions, que notre science auront toujours réponse à tout. Et le fait d’admettre que nous avons atteint un seuil de vulnérabilité, que notre système n’est plus viable en l’état, est quelque chose qu’ils ont du mal à accepter. Avec eux, nous sommes juste dans le réactif. C’est l’histoire de quelqu’un qui rentre chez lui, trouve sa salle de bains remplie d’eau, et qui, au lieu de fermer le robinet, commence à éponger. Aujourd’hui, cela ne suffit plus.

Faites-vous tout de même une différence entre les candidats?

Non. En tout cas, si l’on prend les trois principaux, ceux qui ont une chance de gagner. Nicolas Sarkozy a défini six priorités à mettre en œuvre rapidement s’il était élu. Aucune d’elles ne se réfère aux enjeux écologiques. Sur les 100points du pacte présidentiel de Ségolène Royal, un seul aborde ce thème de manière diluée et transversale. Quant à François Bayrou, il a fixé quatre chantiers prioritaires dès cet été. Et, là encore, l’environnement est absent. L’esprit du pacte écologique a volé en éclats. Or, tous les candidats s’étaient engagés à faire de l’impératif écologique le déterminant majeur de l’action publique.

Regrettez-vous de ne pas vous être présenté?

Non. J’ai respecté ma parole. Aux candidats de ne pas me donner l’occasion de la transgresser. Si j’ai l’impression que les promesses signées ne seront pas mises en œuvre, alors je me sentirai libéré de tout.

C’est-à-dire?

Jusqu’à présent j’ai été correct et patient. Mais il peut se passer des choses d’ici le premier tour. Je peux donner un bon point supplémentaire à tel ou tel. On peut aussi envisager une action politique entre la présidentielle et les législatives. Tout est ouvert. Je rappelle que les engagements pris dans le pacte écologique sont lourds: numéro deux du gouvernement chargé du développement durable, états généraux de l’agriculture pour mettre sur pied une réforme de la PAC, déplacement d’une partie de la fiscalité du travail vers la fiscalité énergétique et environnementale (taxe carbone). Je serai attentif à ce qui se passera dès l’élection du président. Je demande également aux candidats de s’engager à présent sur quatre moratoires : moratoire sur le développement autoroutier, moratoire sur les OGM, moratoire sur les usines d’incinération, moratoire sur l’EPR (centrales nucléaires). Ce n’était pas dans le pacte, mais c’est nécessaire.

Vous préparez aussi une journée d’action à Paris, le1er avril...

Avec d’autres organisations environnementales, nous demandons à tous ceux qui le souhaitent de se rassembler sur l’esplanade du Trocadéro à 17 heures avec autour du cou une écharpe de couleur. C’est une façon de rappeler aux candidats leurs promesses à trois semaines du premier tour.

Le Parisien, 20/03/2007

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Posté par :
albane
Dans :
Veille écologique
Tags :
nicolas hulot
le Parisien

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