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Point de vue sur la pêche profonde de Ludovic Frère, coordinateur "Océans" à la Fondation Nicolas Hulot

La pêche profonde, une pêche non durable

L’essentiel des poissons que nous consommons proviennent des plateaux continentaux, soit entre 0 et 200 mètres de profondeur. Quelques pêcheries s’étendent au-delà de 200 mètres de profondeur, il s’agit de la pêche profonde. Les bateaux de pêche profonde utilisent des filets gigantesques qui raclent le fond, détruisant ainsi les écosystèmes. De plus, 80% des poissons contenus dans les filets sont des prises dites «accessoires», c’est-à-dire que les poissons pêchés ne sont pas ceux qui sont recherchés et sont ainsi rejetés, morts, à la mer. Les espèces pêchées sont principalement le merlu, la lingue franche et la lingue bleue, l’empereur, le flétan, le sabre noir et certains requins. Certaines de ces espèces sont en danger car leur cycle de reproduction est lent, les juvéniles font partie des prises, la ressource est largement surexploitée et les habitats (monts sous-marins, canyons, récifs coralliens) sont détruits par les engins de pêche...

peche profonde

L’échec de la mission pêche profonde

La mission pêche profonde a été mandatée par les deux Ministres de la pêche et de l’écologie lors du Grenelle de la Mer dans le prolongement du Grenelle de la Mer. Pendant une année, ONG, entreprises, syndicats, scientifiques se sont rencontrés, sur un mode de gouvernance à plusieurs acteurs afin d’évaluer la durabilité écologique, économique et sociale de cette pêche dans le but de faire des propositions d’évolution. Après un an de travail, cette mission se termine par un échec dans la mesure où elle n’a pas répondu à son objectif principal qui était de «s’assurer que les pêches en eaux profondes étaient viables économiquement, socialement et écologiquement, pour que leur poursuite, éventuellement adaptée, puisse être envisagée».

Cet objectif s’inspirait de la logique des dernières résolutions des Nations unies qui encadrent les pêches profondes. En effet, depuis 2006, deux résolutions exigent que les pêches profondes apportent la preuve que ces pratiques n’impactent pas de façon significative les habitats profonds et les espèces qui les peuplent. Dès le début, la mission a refusé d’adopter une quelconque méthodologie qui aurait permis d’approcher cet objectif et a avancé de façon aléatoire sur un dossier complexe en dépit des alertes régulières lancées par les ONG. Le résultat est accablant, et se caractérise par une absence de transparence et de crédibilité.

Spécificités de la pêche profonde

  • Des espèces profondes inadaptées à l’exploitation commerciale

- Les espèces et les milieux profonds sont caractérisés par des paramètres biologiques qui les distinguent des écosystèmes et espèces de surface: une faible productivité, une grande longévité, un âge à la maturité tardif, une fécondité basse, un recrutement épisodique et souvent inconnu, expliquant leur très faible résilience et leur forte vulnérabilité à l’exploitation.

- 100% des espèces profondes commercialisées se trouvent en dehors des limites de sûreté biologique, il n’est pas assuré que l’espèce puisse se renouveler.

- De nombreuses espèces profondes sont menacées d’extinction, y compris des espèces commerciales. Il est possible qu’un grand nombre d’espèces profondes, ciblées ou non, répondraient aux critères d’espèces menacées de l’UICN  si elles étaient évaluées, si elles étaient évaluées, ce qui n’est généralement pas le cas, quatre y réponde déjà dont le grenadier de roche et la raie à queue épineuse .

  • La pêche profonde n’est pas écosystémique

- Les captures accessoires et les espèces impactées sont nombreuses

Jusqu’à une centaine d’espèces (hors organismes sessiles c’est à dire sans pédoncule) sont affectées par la pêche profonde pour une poignée d’espèces ciblées ou commercialisées. Quelques espèces sont considérées effondrées ou au bord de l’effondrement. Le cas des requins profonds est particulièrement préoccupant. Les pêches profondes attrapent ainsi couramment des animaux en “danger critique d’extinction” (le stade qui précède l’extinction.)

- L’impact écologique de la pêche profonde sur le milieu est indéniable.

La pêche profonde, en particulier celle au chalut profond, est reconnue comme l’une des pêches les plus destructrices par les scientifiques. Elle endommage des écosystèmes et organismes plurimillénaires en un seul trait de chalut alors que le temps de rétablissement de ces communautés est très difficile à chiffrer mais se compte vraisemblablement en siècles plutôt qu’en décennies. Le groupe de recherche européen Hermione estime même que les écosystèmes profonds les plus vulnérables peuvent ne pas se régénérer du tout après le passage d’un chalut.

  • La pêche profonde répond à une logique d’extraction jusqu’à épuisement (‘biological mining’ ou ‘fishing to destruction’)

- Un profil économique fragile

La technique de pêche au chalut est mise en cause depuis longtemps par de multiples instances pour sa non sélectivité et son impact sur les habitats. Pour la pêche profonde, le chalut constitue une réelle faiblesse structurelle pour cette activité car il grève littéralement le bilan économique des entreprises de pêche, et ce d’autant plus que le prix du gasoil augmente. En effet, de par l’éloignement des lieux de pêche et de l’utilisation du chalut de fond, les pêches profondes sont très fortement consommatrices de carburant et ont de ce fait une rentabilité médiocre et un bilan carbone très lourd. Il est à noter, qu’aujourd’hui, la quasi totalité de ces pêcheries ne seraient pas rentables sans les nombreuses aides publiques.

- Les ressources profondes de plus en plus refusées par les consommateurs

Les pêches profondes alimentent un marché exclusivement de pays “riche” économiquement pour lequel les ressources profondes constituent une commodité et nullement un besoin. En outre, une tendance émerge qui voit les consommateurs des pays industriels réclamer des produits “durables” et éthiques, que les pêches profondes ne peuvent leur garantir. En conséquence de quoi, les distributeurs sont de plus en plus nombreux à retirer les ressources de pêches profondes de leur offre.

Conclusion et propositions

En conclusion, selon l’avis des groupements de chercheurs spécialistes des habitats profonds, il apparaît que la poursuite des activités de pêche en profondeur porterait la promesse d’une mort à court terme de la biodiversité, d’extinctions d’espèces et d’une transformation des profondeurs des océans en déserts. Puisqu’il s’avère qu’une exploitation éco-systémique durable est très improbable et que les conditions pour que ce soit le cas ne sont pas encore réunies, nous recommandons un arrêt progressif mais néanmoins rapide des pêches profondes (- de 200 mètres) à moins que leur innocuité environnementale et leur durabilité ne soient clairement établies. Plus généralement, nous recommandons d’adopter un changement d’attitude globale vis-à-vis des profondeurs et de les envisager comme réservoirs de biodiversité et refuges de reproducteurs (y compris pour les espèces de surface) et d’envisager la fermeture des pêcheries à court et moyen terme, tant qu’aucune étude d’impact n’a prouvé l’innocuité environnementale.

Pour en savoir plus

Télécharger le communiqué de presse des ONG sur la pêche profonde

Télécharger le Coach courses de la Fondation Nicolas Hulot

 

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Posté par :
albane
Dans :
Veille écologique
Tags :
pêche profonde
ludovic frère

3Commentaires

Posté par :
Marcoroz (non vérifié)

Je partage. Mais nous autres "citoyens lambda" nous sentons bien impuissants devant cet effroyable saccage.

Posté par :
fragar (non vérifié)

Je pratique la plogée depuis quelques années maintenat et je m 'aperçois que les seuls oasis de vie marine se concentrent principalement sur les zones récifales ,POURQUOI NE PAS IMPULSER UN PROGRAMME EUROPPEEN
DE CONSTRUCTION DE RECIFS ARTIFICIELS A L INSTAR DES JAPONAIS?

Il es toujours facile de dire qu'il faut respecter la nature mais rien n est fait en ce sens ,juste une dilutions des responsabilités environnementales sur les citoyens LAMBDA alors que les "vrais acteurs " se cachent : Les responsables d 'entreprises chimiques notamment pourraient produire plus propres en integrant la notion de produit associé à un cycle .

Nous succombons sous la loi du nombre il est vital que les politiques agissent reellement et IMPOSENT DES REGLEMENTATIONS PLUS RESPECTEUSES DE L ENVIRONNEMENT: SURTAXE SUR LES PRODUITS CHIMIQUES ISSUS DU PETROLE

Posté par :
thierrydussout (non vérifié)

Après avoir massacré les cotes de nos pays, la sur pêche s'attaque aux fonds des océans ...
J'ai honte pour mes enfants ... crédit pour acheter une voiture écologique

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