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"Réduire la consommation de ressources en Europe", par notre expert Benoit Faraco

 

Benoit Faraco

Chaque année, l'humanité dépasse le seuil de régénération du capital naturel, bien avant la fin de l'année, puisant ainsi dans les réserves de la Terre d'une façon irréversible. Au lieu de vivre sur les dividendes, nous puisons chaque jour davantage sur le capital.

À terme, la raréfaction des ressources condamnera l'humanité à les rationner. Il y a donc urgence à changer de logiciel et à mettre le capital naturel comme condition sine qua non au développement d'une activité économique viable.


Le Commissaire Européen à l'environnement Janez Potocnik a présenté mardi 20 septembre une proposition de la Commission sur l'utilisation efficace des ressources. Derrière ce thème se cache un constat : l'Europe consomme de plus en plus de ressources naturelles (surface, matières premières, énergie), ce qui génère de nombreux problèmes environnementaux (changement climatique, perte de biodiversité, pollution atmosphérique...) et rend notre économie et notre société vulnérables.

Très densément peuplée, l'Union européenne est contrainte pour satisfaire des besoins de plus en plus importants, d'importer toujours plus de ressources. Cette contrainte accroît son déficit commercial et peut mettre en péril les ménages et les entreprises confrontés à des hausses des prix récurrentes, aussi bien dans le domaine de l'énergie que dans celui de l'alimentation.

  • Une Europe qui consomme toujours plus de ressources


Pour l'ensemble des activités humaines, nous consommons toujours plus de ressources. Pourtant, nous avons fait d'importants progrès technologiques qui nous permettent aujourd'hui bien souvent de consommer moins de ressources pour un même service. C'est le cas de l'éclairage, où les lampes basses consommation consomment 4 à 5 fois moins d'énergie que les anciennes ampoules à incandescence.

Cependant, ces gains technologiques sont gommés par un phénomène bien connu des économistes, que l'on appelle « effet rebond » : puisque mon ampoule (ou ma voiture) consomme moins d'énergie, ce qui me coûte moins cher, je vais laisser allumer plus longtemps, ou alors rouler plus.

Ce phénomène, couplé à de nombreux gaspillage, notamment dans le secteur alimentaire, explique qu'aujourd'hui, nous consommons toujours plus et que nous gommons les effets des progrès technologiques. C'est pour cela que les progrès technologiques à eux seuls seront insuffisants pour faire face aux grands défis écologiques.

La France consomme toujours plus de ressources

 

  • Augmenter la productivité des ressources et réduire les consommations


Le principe d'augmenter la productivité de l'utilisation des ressources et de réduire les gaspillages n'est pas nouveau. Déjà dans son livre « Facteur 4 », Amory Lovins expliquait au milieu des années 80 dans la mouvance du club de Rome que la réponse au défi écologique passait par une meilleure utilisation des ressources sans modifier le bien-être. Par exemple, pour un même service comme le transport, il est possible de consommer deux fois moins de carburant avec un véhicule plus petit qu'avec un 4x4.

Il existe donc de nombreuses manières de satisfaire nos besoins avec moins de ressource, et ce dans de nombreux secteurs. Dans le domaine alimentaire par exemple, le gaspillage illustre une mauvaise utilisation des ressources. En France, par exemple, les consommateurs jettent chaque année 1,2 million de tonnes de nourriture soit en moyenne 20 kilos d'aliments par an et par personne dont 7 kilos encore emballés. On peut satisfaire le même besoin avec moins de déchets, en achetant juste les quantités nécessaires à la préparation d'un plat.

  • Mettre en place un plan d'action pour réduire la consommation des ressources et protéger l'environnement


Dans sa Communication, la Commission Européenne propose une série de mesures au niveau communautaire comme au niveau national pour réduire nos consommations de ressources. La Commission appelle ainsi les Etats Membres à mettre en place des mesures pour réduire les consommations d'eau, pour limiter le gaspillage alimentaire ou encore réduire l'artificialisation des sols.

Consommation des ressources

Part de la fiscalité écologique dans la fiscalité totale dans l'UE

Mais la Commission appelle aussi les Etats Membres à effectuer une réforme en profondeur de la fiscalité, pour plus taxer davantage l'utilisation des ressources naturelles qui sont rares, et moins taxer le travail de l'homme, surtout en période de fort chômage. Les documents de la Commission rappellent d'ailleurs une vérité que la Fondation connaît bien : la France est l'un des plus mauvais élève de l'UE en matière de fiscalité écologique.

Comme le montre le graphique ci-dessus, la France est avant dernière dans l'UE sur les taxes sur l'environnement et les ressources, juste devant la Belgique avec moins de 6% de sa fiscalité portant sur l'environnement, contre près de 10% dans des pays comme le Danemark ou les Pays-Bas. En taxant plus le travail et les investissements que les ressources naturelles, la France va donc à contre-pied des ambitions européennes de protection de l'environnement. Il est plus que temps d'inverser la tendance.

Benoit Faraco, Coordinateur changements climatique et énergie, responsable du programme économies d'énergies à la Fondation

En savoir plus :
Le communiqué de la Commission
La page ressource de la Commission sur ce sujet
La communication de la Commission
Loi de finance : Accélérer la rénovation des logements anciens

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