Robert Barbault, membre du Comité de veille écologique de la Fondation, écologue reconnu, nous parle de biodiversité dans 20 minutes, Libération et Futura-Sciences. Quelques extraits à relire.

«La crise écologique, base de toutes les crises économiques», 20 Minutes, 12/01/2010
Le directeur du département écologie et gestion de la biodiversité du Muséum national d'histoire naturelle fait le point sur la situation... La biodiversité revient de plus en plus dans le langage courant. Comment la définiriez-vous ?
Je parlerais du «tissu vivant de la planète», car cela donne l'idée de réseau, d'interaction entre les espèces. Le tissu vivant, apparu il y a quatre milliards d'années sur Terre, est partout, dans le corps humain qui comprend 400 espèces de microbes, dans le fromage avec ses micro-organismes, dans nos vêtements, même synthétiques. Ce ne sont pas que les grands animaux.
On dit que cette biodiversité est aujourd'hui en danger. Mais il y a toujours eu des disparitions d'espèces. N'est-ce pas un cycle naturel de la vie ?
Bien sûr, ce n'est pas la première crise que nous connaissons. Sauf qu'auparavant l'homme n'existait pas, et qu'aujourd'hui c'est lui le responsable de cette crise. Ce qui est particulièrement grave, c'est qu'il y a une accélération du rythme de disparition des espèces: avant l'espérance de vie se mesurait en millions d'années, le rythme est maintenant cent fois, voire mille fois supérieur. Il y a aussi le phénomène de la raréfaction des espèces, comme les grands poissons (thons, requins, morues...), qui survivent, mais dont la population se réduit. Les écosystèmes s'en trouvent profondément modifiés. Après, on s'étonne que les méduses pullulent...
La France est particulièrement concernée par la perte de biodiversité. Que constate-t-on sur notre territoire ?
En quoi cette crise peut-elle menacer l'homme à terme ?
Lire l'intégralité sur le site de 20 minutes
«On a perdu de vue que notre existence est fondée sur les systèmes vivants», Libération, 13/01/2010
Une espèce disparaît… Est-ce si grave ?
Si on divise par deux le nombre d’espèces d’une forêt tropicale, elle va continuer à fonctionner, effectivement, mais la question est : combien de temps ? La biodiversité est une assurance sur la vie, mais sur une échelle de temps qui se mesure en centaines de millions d’années. Dans ce tissu vivant, lorsqu’une espèce disparaît, c’est comme une maille de tricot qui se défait, et en entraîne une autre, puis une autre… Dans le système économique dominant, on a perdu de vue que notre existence est fondée sur les systèmes vivants. Le pétrole et le charbon, par exemple, sont le résultat du vivant écoulé.
Lire l’intégralité sur le site de Libération
« La biodiversité est plus qu'un catalogue d’espèces », Futura-Sciences, 21/01/10
Pensez-vous que cet aspect de la biodiversité, les interactions, soit bien perçu par les citoyens ?
C’est le paradoxe actuel de la biodiversité... On en parle beaucoup mais on ne se rend pas compte de ce que c’est réellement, à quel point nous sommes imbriqués dedans. Encore que cela commence à changer avec notamment le Millennium Ecosystem Assessment (NDLR : Évaluation des écosystèmes pour le millénaire) et la notion de service écologique. Les fonctions de la biodiversité utiles aux activités humaines, comme l’épuration des eaux, la décomposition des déchets ou encore la pollinisation des cultures, commencent ainsi à être reconnues et mises en valeur. Au final, la biodiversité, c’est le passage du concept de l’homme et la nature à celui de l’homme dans la nature à tous égards, pour le meilleur comme pour le pire. Après tout, les maladies font elles aussi partie de la biodiversité.
2010 a été déclarée Année internationale de la Biodiversité. Alors que l’Europe a échoué à atteindre son objectif d'arrêter l’érosion de la biodiversité à cette date, est-on déjà capable de mesurer cette biodiversité et son état ?
Non, on ne sait pas le faire. Il y a 1,7 million d’espèces connues mais les spécialistes annoncent qu’il existe une dizaine de millions d’espèces, voire plus. Toutefois, on peut dire que les espèces les plus menacées sont celles qui sont en concurrence, directe ou indirecte, avec l’homme pour l’espace et les ressources. Or ce sont des espèces de grandes tailles, et celles-là sont quasiment toutes connues. Les oiseaux, par exemple, sont presque tous recensés. Leur évaluation est donc possible et c’est ce que fait l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) avec ses Listes rouges. Ce sont des indicateurs solides qui permettent de savoir quand une espèce disparaît. Mais pour juger de la signification de cette disparition, il faut avoir un référentiel : le taux de disparition normal des espèces. A l’aide des fossiles, les paléontologues sont capables d’estimer l’espérance de vie d’une espèce et donc son taux de disparition. Dans le cas des vertébrés, ce taux naturel est d’à peu près une espèce par siècle. Or au XXème siècle, plus de 250 espèces ont disparu ! En plus de cet élément, on dispose d’un autre indicateur international pertinent, les oiseaux communs. En France, c’est le programme STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) qui évalue leurs évolutions. En 20 ans, l’évaluation de l’état des peuplements montre une baisse de 10% des effectifs en moyenne, 20% en milieu agricole. On peut donc avoir tout de même une vision assez précise de l’état de la biodiversité.
Le rôle des indicateurs est donc essentiel pour évaluer l’état de santé de la biodiversité. Comment ont-ils été choisis et que signifient-ils ?
C’était une des priorités du Sommet Mondial de Johannesburg en 2002 : mettre en place des indicateurs pour la biodiversité, en particulier des indicateurs espèces. Ce sont les listes rouges et les oiseaux communs qui ont le mieux marché. Ces indicateurs fonctionnent selon deux logiques différentes. La Liste rouge met en avant les espèces menacées, sous la forme d’un catalogue d’espèces, souvent emblématiques comme le panda, la baleine ou l’éléphant. C'est la biodiversité remarquable. L’indice oiseaux communs, quant à lui, attire l’attention sur un ensemble d’espèces, sur la biodiversité ordinaire. Cet indice n’indique pas des disparitions d’espèces mais des chutes de populations. Il met l’accent sur ce qui est gommé dans les médias, cette chute dramatique des populations d’espèces communes qui est une catastrophe tant écologique qu’économique. Prenons l’exemple, criant, des stocks de poissons, de requins et de raies. Parmi ces animaux, les effectifs ont très fortement baissé, de 97% pour certaines espèces de requins ! Il n’y a pas de disparition mais une baisse des populations qui a provoqué des changements radicaux dans les écosystèmes. Qu’on ne s’étonne pas alors de voir les méduses pulluler. Les grands écosystèmes actuels n’ont rien à voir avec ceux d’il y a trois siècles. La raréfaction des grands prédateurs à cause de la pêche ou de la surconsommation des ressources a tout modifié. Pour les écosystèmes, pour les pécheurs, pour les riverains. C’est un peu comme un pull-over dont une maille saute. Cela peut ne pas sembler gênant, mais quand le pull commence à s’effilocher intégralement, on se rend compte de l’importance de ces mailles.
Lire l'intégralité sur le site de Futura Sciences
Lire notre article du blog La biodiversité dans les médias
Pour aller plus loin :
Retrouvez toutes les publications du Comité de Veille Ecologique de la Fondation Nicolas Hulot sur notre site >>
1Commentaires
Pourriez vous corriger les liens en direction des articles originaux ? Ce serait bien.
Faire un commentaire