Dans son acception la plus large, dérivée de son étymologie, l’environnement représente tout ce qui nous entoure. Les éléments et les paysages, les animaux, les micro-organismes et nos semblables. Tous devenus invisibles à force d’être là ; invisibles, et pourtant essentiels à notre existence.

Depuis un siècle, la perception individuelle et collective de notre environnement a beaucoup évolué, passant d’une approche locale à une vision planétaire. Avec la conquête de l’espace et les images de la Terre qu’elle nous a fait découvrir, il nous est d’un coup apparu dans sa finitude, dans sa vulnérabilité aussi. Car la sédentarisation de l’homme, sa croissance démographique et son incroyable expansion ont fortement contribué à fragiliser le tissu qui l’entoure, dont il n’est que l’un des fils.
"Lettre à l'ours"
Par Alexandrine Civard-Racinais, mai 2010
Monsieur et cher Ursus maritimus,
Permettez tout d’abord que j’use de votre nom latin. Les systématiciens qui participent à l’ouvrage dans lequel cette lettre trouvera place m’en seront reconnaissants. J’y consens d’autant plus volontiers que j’ai le sentiment, ce faisant, de vous rendre un peu de votre noblesse perdue.
Sans doute serez-vous surpris qu’une frêle représentante de l’espèce Homo sapiens vous écrive. En d’autres temps, vous n’auriez jamais daigné poser votre regard sur moi et je n’aurais pas davantage osé vous adresser la parole. Mais, mon cher ami, les temps ont changé… Il ne vous a pas échappé que votre territoire de chasse rétrécissait de jour en jour. Sous l’effet d’un phénomène que les hommes nomment réchauffement climatique, et dont ils sont largement responsables, la couverture de glace fond de plus en plus vite et de plus en plus tôt dans la saison, vous obligeant à regagner la terre ferme avant d’avoir pu faire suffisamment de réserves de graisse. Dans ces rudes contrées, les êtres humains ne sont pas mieux lotis, et déjà se profile le spectre des premiers réfugiés climatiques.
C’est vous, néanmoins, monsieur et cher ours, que je plains le plus aujourd’hui. Car la faim qui si souvent tord vos entrailles laisse augurer une triste fin. Vous étiez le seigneur de l’Arctique, le plus grand de tous les carnivores terrestres. Vous ne serez bientôt plus qu’un fantôme errant, affamé, à la recherche de quelque phoque à vous mettre sous la dent.