Alors que s'ouvre demain la partie ministérielle de la conférence, les choses avancent à un train de sénateur.
Le protocole de Kyoto toujours en péril
Le début de la semaine a été marquée par des difficultés à progresser à la fois sur la définition d'une deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto, mais aussi par la complexité à trouver un accord qui permettrait de négocier un nouveau traité, opérationnel d'ici 2020, qui inclurait aussi des engagements de la part des grands pays émergents.
L'Union Européenne a tenté de bousculer un peu les négociations en proposant un engagement dans une 2e période de Kyoto, à la condition que démarre rapidement des négociations pour un accord plus large qui devrait être conclu avant 2015. Mais l'UE s'est heurtée à des positions très dures des Etats-Unis, qui se positionnent sur la défensive et souhaitent visiblement éviter de s'engager sur quoi que ce soit. De leur côté, les grands pays émergents ont eux aussi durci leurs positions : pas question d'un accord les engageant avant 2020, et rappelant que l'ensemble des pays industrialisés doivent revoir leurs engagements de réduction d'émissions, insuffisant pour rester en dessous de 2°C.

Connie Hedegaard, Commissaire Européenne en charge du climat
Peu d'avancées sur le fonds vert
Les négociateurs se sont aussi concentrés sur la question de la gestion du fonds vert pour le climat créé à Cancun. Sur ce point, certains pays comme les Etats Unis poussent pour une gestion par les grandes institutions financières internationales, comme la Banque Mondiale. Les pays les plus pauvres, constatant l'échec des ces institutions face aux problèmes du développement, souhaitent eux que le fonds soient directement géré par la Convention Climat, et qu'il garantisse un accès direct aux pays pour financer des actions concrètes de lutte contre le changement climatique. Les ministres devront donc trancher, et la FNH recommande que ce fonds soit contrôlé et piloté par l'ONU, afin de permettre aux pays les plus pauvres, notamment africains, de trouver enfin des financements pour améliorer le bien-être des populations dans le respect des grands équilibres écologiques.
Par ailleurs, peu de progrès ont été accomplis sur les nouvelles sources de financements, et notamment la taxe sur le transport maritime international. Cette question, débattue depuis des années dans les négociations climat, risque une nouvelle fois de passer à la trappe si les ministres ne corrigent pas le tir. Et en cas d'incapacité à trouver de nouvelles sources de financement, le fonds vert risque de rester une coquille vide.
Trois jours pour inverser la tendance.
Les ministres ont donc du pain sur la planche. Aujourd'hui, la FNH est très pessimiste sur la capacité de Durban à faire progresser la lutte contre le changement climatique. Ces négociations manquent en effet d'ambition politique, et les principaux états qui contribuent aux émissions de GES, comme la Chine et les Etats-Unis semblent bien décidés à ralentir toute avancée.
L'Europe, malgré des intentions ambitieuses affichées pendant la première semaine de négociation peine à faire entendre sa voix. C'est en grande partie lié à son manque de crédibilité sur son engagement de réduction de ses émissions, trop faible pour éviter un réchauffement important, et son incapacité
à avancer rapidement sur des sources de financements qu'elle est incapable de convaincre les pays les plus pauvres de construire une alliance pour contrer les Etats-Unis, le Canada et le Japon.
Les ministres européens ont pourtant la solution entre leurs mains. En annonçant une hausse de leur engagement, de 20% à 30% en 2020, mais aussi l'utilisation d'une partie des revenus des quotas d'émissions vendus aux entreprises européennes, l'Union pourrait concrétiser son engagement, en montrer la voie. C'est en tout cas ce qu'attend la FNH de l'arrivée des ministres à Durban.
En savoir plus :
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> Faut-il sauver Kyoto?
> Plus que 4 jours pour dessiner un fonds vert
L'une des clés de la négociation à Durban est l'architecture du Fonds Vert, créé en 2010 au sommet de Cancun. Après une première et longue semaine de négociations, le Réseau Climat & Développement, qui regroupe plus de 60 ONG francophones, s'inquiète des tentatives répétées de dénaturer cet instrument, qui doit pourtant cibler en priorité les communautés les plus pauvres et les plus affectées par le changement climatique.
En effet, le changement climatique impose le développement d'une nouvelle solidarité vers les communautés les plus pauvres, qui ne sont ni en capacité de faire face aux impacts du changement climatique, ni à même de répondre aux besoins essentiels du développement (énergie, alimentation).
Mais il impose aussi une nouvelle gouvernance de ces financements, après plus de 20 ans d'échec des institutions financières internationales et de l'aide publique au développement. Pour le Réseau Climat & Développement, qui publie à l'occasion de Durban Vers une gouvernance efficace et équitable des financements climat, le bilan de la première semaine de négociation est peu rassurant. « On s'éloigne du principe même du Fonds Vert acté à Cancun, souligné Alix Mazounie du Réseau Action Climat, notamment parce que les États Unis bloquent toute avancée sur une nouvelle forme de gouvernance ». Il ne reste plus qu'une semaine pour s'accorder sur les règles de fonctionnement du Fonds Vert. Pour Emmanuel Seck d'ENDA, « ce Fonds Vert ne sera innovant et équitable que s'il est indépendant des grandes institutions financières internationales. »
Sans oublier que le Fonds Vert restera une coquille vide si on ne mobilise pas de financements publics. Pour Ange Baimey, « nous n'avons pas créer le Fonds Vert pour qu'il mobiliser des financements uniquement privés. Les investisseurs privés délaissent les pays les moins avancés, c'est donc d'argent public dont nous avons besoin, notamment pour financer l'adaptation des communautés plus pauvres. Il reste moins de 4 jours à nos gouvernements pour rectifier le tir ».
En savoir plus:
> le Réseau Climat & Développement
> Téléchargez la dernière publication du Réseau Climat & Développement " Pour une gouvernance efficace et équitable des financements climat" novembre 2011
> Téléchargez la publication du Réseau Climat & Développement " Entre stratégies locales et gouvernance internationale"
> la Fondation et le Réseau Climat & Développement
Kyoto va-t-il mourir à Durban ?
Depuis quelques jours, la question est sur toutes les lèvres, après les débuts poussifs de la 17e conférence des nations unies sur le changement climatique. Plus de 6 ans après l'ouverture officielle de négociations sur la 2e période d'engagement de ce texte, il ne reste plus que quelques jours pour lui donner suite, et prolonger cette accord dont la première période arrive à échéance fin 2012.
A quoi sert Kyoto ?
Les spécialistes du droit international s'accordent pour dire que Kyoto a représenté, en 1997, une avancée juridique majeure en matière de protection de l'environnement. Ce texte, ratifié par plus de 190 pays, comporte en effet deux éléments majeurs et une série de points techniques non négligeables. Les deux points majeurs sont d'une part des engagements de réduction d'émissions légalement contraignants pour les pays industrialisés, et d'autre part la création d'un mécanisme d'observance qui a pour fonction de contrôler que les engagements sont bien tenus, mais aussi de proposer des sanctions pour ceux des pays qui ne respecteraient par leur engagement.
Plusieurs décisions techniques sont aussi importantes, aussi bien pour les pays industrialisés que pour les pays en développement. C'est le cas du mécanisme de développement propre, qui permet aux pays riches de s'acquitter d'une partie de leurs obligations en finançant des projets dans les pays du Sud. Mais le Protocole a aussi créé un Fonds pour l'Adaptation, qui doit accompagner les pays les plus pauvres dans la mise en place de mesures pour faire face aux impacts du changement climatique.
Un premier bilan très maigre.
A première vue, le bilan que l'on peut tirer du Protocole, plus de 5 ans après son entrée en vigueur est bien maigre. D'abord, si globalement l'objectif de réduction des émissions de 5% environ pour les pays industrialisés est en passe d'être tenu, c'est parce que des pays comme la Russie ont connu un effondrement de leurs émissions après la chute du bloc soviétique, et qui n'a donc rien à voir avec des mesures concrètes de lutte contre le changement climatique.
Ensuite, de nombreux pays n'ont pas tenus leurs engagements. Si l'on enlève les USA, qui n'ont jamais ratifié le texte, plusieurs grands pays, comme le Canada, l'Australie, ou plus près de nous l'Espagne n'ont pas respecté leurs engagements. Et comme le comité d'observance n'envisage ni sanction ni même contrôle sur ces Etats, on peut légitimement s'interroger sur l'intérêt de ce tribunal climatique. Personne n'ose en effet le saisir de la question, par peur diplomatique de froisser ces Etats.
Enfin, le fonds pour l'Adaptation rendu opérationnel en 2008 n'a pas pour l'instant la capacité de financer les immenses besoins d'adaptation notamment en Afrique, tandis que le mécanisme de développement propre n'a pas bénéficié au pays les plus pauvres, et a été concentré autours de quelques projets industriels dans les grands pays émergents.
Ne pas abandonner Kyoto
Après deux jours de négociation à Durban, rien ne semble indiquer que le rythme de travail va permettre de répondre aux enjeux pour l'Afrique de la lutte contre le changement climatique.
L'Afrique vit déjà le changement climatique
Le continent Africain est déjà, avec les petits états insulaires, victime du changement climatique. Les zones de forêts tropicales africaines ont ainsi connu un réchauffement de près de 1°C au cours des trente dernières années, et les projections faites par les scientifiques pour le siècle à venir sont plus qu'inquiétantes : dans certains scénarios, le réchauffement en Afrique du Nord pourrait atteindre 6°C à 8°C, et 4 à 6°C dans les régions tropicales.
Le réchauffement climatique, en modifiant le rythme des pluies, en accentuant la sécheresse dans certaines zones, met en péril la production alimentaire, mais aussi l'accès à l'eau, dans des régions déjà très pauvres.

Inventer un nouveau modèle de développement.

La catastrophe de Fukushima du 11 mars dernier au Japon a-t-elle modifié vos positions sur la part que doivent prendre les énergies renouvelables dans le bouquet énergétique Français ?
II faut reconnaître que la catastrophe de Fukushima nous a rappelé avec une terrible violence que lorsque les évènements se combinent, nos sociétés sont incapables de gérer correctement certains risques, avec les conséquences dramatiques que l'on sait.
Mais pour plusieurs raisons, la FNH soutient depuis plusieurs années un ré-équilibrage du bouquet énergétique français. En effet, 90% de l'énergie consommée en France vient soit des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), soit du nucléaire. Face aux enjeux environnementaux, et notamment face au changement climatique, il est plus qu'urgent de changer de modèle énergétique. Cela permettra en outre, en développant les énergies renouvelables, d'améliorer la sécurité d'approvisionnement, puisque la France ne dispose pas de ressources importantes en gaz et en pétrole. Enfin, comme nous importons plus de 80% de notre énergie, cela permettra de réduire la facture énergétique de la France, qui s'élève environ à 50 milliards d'euros par an (soit environ 800 euros par français).
Mais la FNH pense que la priorité reste de réduire la consommation d'énergie. En effet, l'énergie la moins chère et la moins polluante est celle que l'on ne consomme pas. En développant l'isolation des logements, en adoptant des voitures plus sobres, il y a un fabuleux gisement d'économies. La France doit donc se concentrer sur ces deux priorités : réduire les consommations et développer les énergies renouvelables.