Depuis un an, Metro publie l'indice Eco2Climat du CO2 émis par les Français. Bilan avec Jean-Marc Jancovici, créateur du baromètre et membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Propos recueillis par Anne-Ael Durand.
Que montre l'indicateur Eco2Climat ?
Il mesure les quantités de gaz à effet de serre émises pour produire ce que l'on consomme, y compris ce qui est importé: biens, alimentation, transport, services... Ce mode de comptage est inhabituel, car ce qui sert de base aux négociations sur le climat, ce sont les émissions dans chaque pays. Les statistiques françaises font état d'une baisse de 10 % de nos émissions depuis 1990, mais celles calculées par Eco2Cli-mat ont augmenté de 25 %.
Quel bilan peut-on tirer d'un an d'émissions ?
C'est difficile de comparer d'une année sur l'autre : le chauffage, qui représente jusqu'à 25 % des émissions en hiver, est très lié à la météo. La douceur exceptionnelle d'octobre 2011 fait baisser l'indice de 3,4% par rapport à octobre 2010. Nos déplacements en voiture ont aussi baissé en un an, conséquence de la hausse du prix du carburant ? Les achats de matériel électronique augmentent: on croit dématérialiser mais on oublie qu'il faut fabriquer les terminaux, les câbles, les réseaux... au total 6% de nos émissions. L'alimentation est en légère baisse. Sur l'année, ce poste représente plus que le chauffage.
Le 7 novembre dernier, le rapport de Christian De Perthuis, intitulé Trajectoires 2020 - 2050 vers une économie sobre en carbone, a été publié par le ministère de l'écologie. Ce rapport, qui s'intéresse à la trajectoire de réduction des émissions de GES de la France, arrive quelques jours avant la conférence sur le climat de Durban, où il sera notamment question des engagements de réduction d'émissions des pays industrialisés.
Augmenter nos objectifs de réduction des émissions
Selon les scientifiques du GIEC, pour rester en dessous de 2°C, qui est l'objectif que la communauté internationale s'est donné à Copenhague, il faut que les pays industrialisés réduisent leurs émissions de 25% à 40% en 2020, par rapport aux niveaux de 1990. La France et l'Union Européenne n'ont aujourd'hui qu'un objectif de 20%, en raison du manque d'engagement des autres pays industrialisés comme les Etats-Unis, le Canada ou encore le Japon.
Ce rapport visait donc à identifier les enjeux pour la France d'une hausse de ses engagements, et notamment à vérifier les impacts pour la compétitivité des entreprises, d'un durcissement des normes environnementales. Les conclusions de ce travail étaient particulièrement attendues, puisque les ONG comme le RAC-F ou la FNH souhaitent que la France s'engage plus en avant dans la lutte contre le changement climatique, en adoptant des objectifs plus ambitieux. C'est en effet un des seuls moyens de relancer les négociations qui sont dans l'impasse depuis l'échec de Copenhague. C'est aussi une voie pour répondre aux attentes des pays les plus vulnérables, qui s'interrogent sur la sincérité des pays industrialisés, alors que les engagements actuels nous conduisent vers un réchauffement de 3°C ou 4°C.
Aller plus loin dans la réduction des émissions est bénéfique pour l'économie française
Si le rapport souligne qu'il n'y a pas de consensus entre les différents participants au groupe de travail sur le principe de rehausser l'objectif français de réduction, il souligne néanmoins quelques recommandations importantes :
Mais l'apport du rapport de Christian de Perthuis, au-delà des 9 propositions (cf. ci-dessous) se situe ailleurs. Il montre, modèles économiques à l'appui, qu'un rehaussement de l'objectif de réduction des émissions de GES à 25% ou à 30% serait bon pour le PIB, mais aussi pour l'emploi. Ainsi, si l'objectif de réduction des émissions de la France passait à 30%, cela entrainerait une croissance de 0,59% du PIB, mais surtout la création de 125 000 emplois (cf. tableau ci dessous).
| en 2020 | Sans recyclage des revenus | Avec baisse des charges sur le travail (employeur) | Avec baisse des charges sur le travail (employeur) et crédit d'impôt recherche |
| -30% | PIB:-0,45% Emploi:-78000 |
PIB:+0,37% Emploi:+106000 |
PIB:+0,59% Emploi:+125000 |
| -25% | PIB:-0,25% Emploi:-44000 |
PIB:+0,21% Emploi:+59000 |
PIB:+0,42% Emploi:+78000 |
| -20% | PIB:-0,07% Emploi:-12000 |
PIB:+0,06% Emploi:+16000 |
PIB:+0,28% Emploi:+38000 |
Pour la FNH, il est donc important que la France augmente rapidement son engagement de réduction de ses émissions, en le portant à minima à -25% en 2020, par rapport aux niveaux de 1990. Cela permettra, en accompagnant les ménages et entreprises vers la sobriété énergétique, de positionner la France sur la voie de la green economy, tout en garantissant un engagement sans faille dans la lutte contre le changement climatique, pour le respect de la nature et des hommes.
Les 9 propositions du rapport De Perthuis :
1. Renforcer les mesures de politique industrielle favorisant la transition vers une économie sobre en carbone.
2. Favoriser le développement de la R&D et la diffusion des innovations technologiques propices à la transition vers une économie sobre en carbone.
3. Allonger la prévisibilité de la politique climatique par la définition de cibles européennes contraignantes en 2030 et renforcer sa crédibilité par la mise en place d'une gouvernance rénovée.
4. Renforcer le signal prix du carbone en l'étendant à l'ensemble de l'économie et en améliorant la régulation du système européen d'échanges de quotas de CO2.
5. Améliorer et prolonger les mécanismes de flexibilité dans un cadre international et développer leur utilisation au sein même de l'Union européenne.
6. Gérer le produit des enchères et des futures contributions climat-énergie en toute transparence dans le but de favoriser la croissance économique, l'équité sociale, le développement d'innovations sobres en carbone et la solidarité internationale.
7. Anticiper les évolutions du marché de l'emploi et préparer les transitions professionnelles.
8. Développer des modes de financements innovants associant capital public et capital privé et utilisant le levier de la valeur carbone.
9. Intégrer de façon efficace les objectifs de la politique climatique dans les politiques d'aménagement des espaces urbains et ruraux.
En savoir plus:
> Le rapport de Christian de Pertuis
> Le n°6 de la collection Veille Et Proposition de la FNH sur l'objectif européen
En cette semaine de l'énergie si vous avez envie de passer à l'action, rejoignez les 30 000 foyers inscrits au Coach Carbone® pour économiser de l'énergie mais aussi pour faire la chasse aux tonnes de CO2 !
Parce que tout le monde n'a pas la chance d'avoir un réseau de transport en commun pour ses déplacements quotidiens, ni même d'être propriétaire de son logement. Coach Carbone® a d'abord vocation à aider l'utilisateur à mesurer l'ampleur des sources d'émissions de CO2 et de dépenses énergétiques de son foyer, pour se donner plusieurs pistes d'actions, en fonction de ses possibilités.
Et près de chez vous, des manifestations sur les économies d'énergie sont organisées du 15 au 21 octobre 2011 par les Espaces Infos Energie.
Renvoyée aux calendes grecques par Nicolas Sarkozy après sa censure par le Conseil Constitutionnel en décembre 2009, la taxe carbone a-t-elle fait son retour en France à l'annonce du projet de loi de finance 2012 ? C'est en tout cas ce que certains médias ont annoncé mercredi après la présentation en Conseil des Ministre du Projet de Loi de Finance 2012.
Mais l'examen détaillé du Projet de loi de Finance 2012 montre qu'il n'en est rien. Si le texte prévoit « une taxe annuelle exceptionnelle qui serait mise à la charge des entreprises soumises au système communautaire d'échange de quotas d'émission ou « Emission Trading Scheme » qui n'a rien à voir avec la proposition de la Fondation pour la Nature et l'Homme dans le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot.
L'énergie procède de la transformation de la matière. L'économie n'étant rien d'autre qu'une machine à transformer des ressources, nos sociétés industrielles sont de plus en plus gourmandes en énergie, alors même que les stocks susceptibles de leur en fournir, que ce soit du charbon, du pétrole ou de l'uranium, diminuent inexorablement.
Partant de ce constat, Jean-Marc Jancovici montre que les espoirs placés par nos gouvernants dans la reprise de la croissance sont illusoires et dangereux : dans une économie monde qui dépend des énergies fossiles, plus vite la croissance repartira, plus vite arrivera le prochain choc pétrolier qui la tuera à nouveau.