Tribune. Dominique Bourg : "Notre illusion de tout maîtriser est prise en défaut", Le Temps, 21/03/11
Propos recueillis par François Modoux
Dominique Bourg*, philosophe des sciences, fondateur du Comité de veille écologique et membre du Comité stratégique de la Fondation, tire les premières leçons de la catastrophe de Fukushima. Il évoque les motifs qui ont poussé le Japon à miser sur le nucléaire malgré son exposition maximale aux séismes et au risque de tsunami et en dépit du traumatisme d'Hiroshima.
Le Temps : La centrale de Fukushima a résisté au séisme mais cet accident naturel a provoqué une cascade de défaillances directement responsables d'un nouveau désastre nucléaire. Quelles premières leçons tirez-vous de cette catastrophe ?
Dominique Bourg : Fukushima est le troisième accident nucléaire de grande gravité après Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986. Les trois configurations sont différentes. A Three Mile Island, on assiste à un début de fusion du cœur du réacteur à l'issue d'une chaîne d'événements complexes et peu lisibles, avec des réactions inappropriées. A Tchernobyl, une équipe de surveillance venue de Moscou coupe les systèmes de sécurité pour une expérience qui dérape brusquement. A Fukushima, on a affaire à une centrale nucléaire construite sur un front de mer dans le pays le plus exposé aux séismes et au risque de tsunami.