Matière grasse bon marché, la palme est partout, de l'alimentation aux cosmétiques. Or sa culture met en péril la forêt tropicale. Adrien Gontier, doctorant de 25 ans à l'Université de Strasbourg, a décidé de s'en passer. Suivons son parcours.
Ni pâte à tartiner, ni chips, ni même un shampooing : Adrien Gontier a vidé ses placards. Depuis le 3 juillet 2011, cet étudiant strasbourgeois ne consomme plus aucun produit contenant de l'huile de palme.
Pas facile : cette matière grasse très peu chère est présente dans 50% des produits vendus en supermarché. "J'ai été très touché par des photos de plantations de palmiers à huile en Asie du Sud-Est", se souvient Adrien. Il a découvert ensuite les conséquences de ces cultures sur la faune, le climat et la société en général.
"En Indonésie et en Malaise, les entreprises s'accaparent les forêts en chassant les habitants ou en leur proposant de racheter leurs propres terres. Ils se retrouvent endettés à vie, s'insurge-t-il. La palme fait vivre 260 fois moins de personnes que le cacao, le poivre ou le riz."
"Pour des raisons de santé, d'éthique et surtout de bon sens écologique j'ai arrêté de consommer de l'huille de palme car je ne veux plus être spectateur, mais acteur."
Sa formation en chimie aide Adrien à décrypter les étiquettes. Souvent présentée sous l'appellation «graisse végétale » dans les pâtisseries ou les surgelés, l'huile de palme se cache aussi dans les additifs (E 304, E305, E470, E 471) et dans les produits d'hygiène et d'entretien (laurylsulfate, acide palmitique, laureth sulfate, palmolein...).
Dans un chat sur LeMonde.fr, Alain Karsenty, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), explique que la première cause de la déforestation est la croissance de la consommation de différents biens, comme la viande ou les minerais.
"Il y a un vrai problème autour de la capacité des Etats en développement à réduire la déforestation"
Xyz : Qui est responsable de la déforestation en général ? Des agriculteurs locaux ? Des multinationales privées ? Des entreprises d'Etat ?
Il n'y a pas qu'un seul agent responsable. Fondamentalement, d'abord, la première responsabilité est dans la consommation mondiale croissante de différents biens. Par exemple, la consommation croissante de viande contribue à la déforestation en Amazonie. La consommation croissante de corps gras industriels contribue au développement du palmier à huile en Asie du Sud-Est et à la déforestation. L'augmentation du prix des minerais contribue à exploiter dans les aires protégées et dans les différentes forêts du monde. Le bois contribue à la déforestation, qui se produit lorsque, après l'exploitation du bois, on convertit la terre à d'autres usages, notamment agricoles.
Plus précisément, disons que la petite agriculture correspond à environ un tiers à la moitié à la déforestation. Plus en Afrique, moins au Brésil. L'agriculture industrielle contribue à entre 30% et 40% du problème. Mais c'est rarement un facteur qui tout seul contribue à la déforestation. Il y a souvent association de différents facteurs, notamment l'exploitation du bois et l'agriculture.
Earvin N : Pourriez-vous nous donner des chiffres sur la déforestation en Europe et dans le monde ?
Il y a 13 millions d'hectares de forêts qui disparaissent chaque année, en moyenne, dans la dernière décennie. Derrière, il y a des reboisements et également une reconstitution naturelle d'un certain nombre de forêts. Ce qui fait qu'au total, si on regarde la déforestation nette, on va avoir, sur la période 2000-2010, une perte nette d'environ 5,2 millions d'hectares.
En Europe, et dans la plupart des pays développés, on a au contraire une extension des surfaces de forêts. Ce phénomène commence également à se manifester dans certains pays émergents. Notamment la Chine. La Chine continue à perdre des forêts naturelles, mais l'effort de plantation est très important, donc la Chine voit sa surface forestière augmenter régulièrement.
Ce chiffre de 13 millions d'hectares de déboisement annuel moyen est élevé car il se concentre dans un petit nombre de pays. Essentiellement l'Indonésie, le Brésil et un certain nombre de pays africains.
Témoignage de Benoît Faraco, coordinateur climat énergie de la Fondation Nicolas Hulot
Trois mois après la désillusion de Copenhague, la France et la Norvège ont lancé le 11 mars une initiative pour relancer les discussions sur la lutte contre la déforestation.
Cette réunion qui a rassemblé une soixantaine de pays du Nord et du Sud a été l’occasion de rebondir et de repartir sur des bases concrètes sur ce sujet très préoccupant. La déforestation représente environ 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et provoque des catastrophes écologiques, économiques et sociales. Les forêts tropicales sont, en effet, des réservoirs importants de biodiversité, et apportent également de nombreuses ressources aux populations rurales.
Elle s'appelle Green. Elle est seule au monde, dans un monde qui ne lui appartient pas. C'est une femelle orang-outan, victime de la déforestation et de la surexploitation des ressources naturelles.

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