Le modèle économique et financier en cours vacille. La succession des crises le discrédite. Il est surtout incapable de répondre aux attentes sociales et écologiques. La pauvreté et les inégalités augmentent au lieu de diminuer. Le réchauffement de la Terre, la perte de la biodiversité et l'épuisement de ressources naturelles non renouvelables se poursuivent. Un autre modèle satisfaisant à la fois les exigences du mouvement écologique et du mouvement social est-il possible ? Les postulats à la base du modèle économique actuel sont analysés.

Dans cet ardent plaidoyer pour les tropiques, Francis Hallé défend une conception des basses latitudes à rebours des analyses actuelles. Ces régions, qui ont à ses yeux une importance bien supérieure à celle qu’habituellement on leur concède, constituent pour la planète tout entière une référence, un berceau, un moteur.
Cette position, qui va de soi dans de nombreux domaines – climats, biologie, diversité ethno - logique, maladies, techniques agricoles… –, conserve toute sa pertinence en économie : avant d’être colonisées, les populations tropicales ne respectaient-elles pas l’environnement mieux que ne le font aujourd’hui les pays riches, victimes de leur surdéveloppement? La question ici en jeu, rarement soulevée, est donc d’ordre planétaire : c’est celle de l’inégalité économique entre les tropiques et les latitudes tempérées.

Pour tenter d’y répondre, et après avoir dénoncé les contre-vérités des ignobles et tenaces théories racistes, l’auteur s’attache à évaluer les facteurs politiques – esclavage, colonisation, néocolonialisme –, mais ceux-ci, recevables pour les périodes récentes, ne permettent pas d’élucider, dans une vaste perspective historique, l’origine de ces inégalités entre les latitudes.
Imaginons trois enfants et une flûte. Anne affirme qu’on doit lui donner la flûte parce qu’elle est la seule qui sache en jouer ; Bob parce qu’il est pauvre au point de n’avoir aucun jouet ; Carla parce qu’elle a passé des mois à la fabriquer.
Comment trancher entre ces trois revendications, toutes aussi légitimes ? Les partisans des théories aujourd’hui dominantes – utilitarisme, égalitarisme, école libertarienne – plaideront chacun pour une option différente, selon la valeur qu’ils attachent à la recherche de l’épanouissement humain, à l’élimination de la pauvreté ou au droit de jouir des fruits de son travail.
Mais, souligne Amartya Sen, aucune institution, aucune procédure ne nous aidera à résoudre ce différend d’une manière qui serait universellement acceptée comme juste.