Alain Grandjean, économiste, membre du Comité de Veille écologique de la Fondation pour la Nature et l'Homme, cofondateur et associé du cabinet de conseil Carbone 4.

Vous proposez un plan d'investissement écologique et social de 600 milliards d'euros sur dix ans en France, qui serait financé par un emprunt auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Quels en sont les contours ?
Le système économique actuel n'est pas durable. Nous avons besoin d'investissements écologiques considérables pour réaliser la transition vers un modèle sobre en ressources et émettant peu de gaz à effet de serre. Il faudrait investir pour cela l'équivalent de 3 % du produit intérieur brut (PIB) pendant dix ans, soit 600 milliards d'euros au total. L'idée serait aussi d'étendre ce dispositif à l'échelle européenne. En France, quelle que soit l'option prise sur le nucléaire, il faut promouvoir massivement les énergies renouvelables décarbonées et faire des efforts très importants pour économiser l'énergie, ce qui suppose de rénover et d'isoler 30 millions de logements ainsi que les bâtiments publics.
Il faut développer les transports en commun, les voitures à très basse consommation, les compteurs électriques intelligents, etc. Réseau ferré de France (RFF) a aussi besoin d'investir dans des infrastructures de fret, mais il est lesté par sa dette. Tous ces projets fourniraient de l'activité pour les 5 millions de personnes en situation de sous-emploi chronique. Ces dépenses ne peuvent pas être supportées par les ménages, faute de moyens, ni par le secteur privé, car il a des exigences de rentabilité élevées et courtes. Forcés à la rigueur budgétaire, les Etats n'investissent plus. Le schéma que nous proposons rendrait possible des investissements dont la rentabilité est faible et inscrite dans la durée.