Tribune Journal du Dimanche, 04 juin 2010
Le Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme n'en peut plus et fustige l'attentisme des dirigeants mondiaux devant la catastrophe écologique qui frappe la Louisiane. Dans une tribune publiée dans le JDD, Nicolas Hulot s'en prend vertement aux responsables du désastre en train de se jouer.
Au large de la Louisiane, ce serait l'équivalent d'un Exxon Valdez tous les quinze jours, ou d'un Erika tous les huit jours, qui se déversent dans la mer. Les mots sont vains pour qualifier cette catastrophe écologique sans précédent aux allures de profanation planétaire.
A l'heure où j'écris ces lignes, le puits vomit encore ses millions de litres de souillures sans que BP ne soit parvenu à colmater la fuite. Une hémorragie sinistre, comme si la terre se vidait de son sang. Pourtant, cet événement s'est dissous dans le bruit de fond de notre société et l'on y prête à peine attention. L'addition est pourtant à ce jour celle de cinq Erika ! Comme pour la dette de nos Etats, les chiffres sont tellement énormes qu'ils finissent par nous étourdir ou simplement ne plus rien signifier. Cette pollution spectaculaire d'hydrocarbures s'ajoute à d'autres, plus ordinaires, mais tout aussi destructrices et passées sous silence. Le mois dernier, au Nigeria, un oléoduc s'est rompu, déversant 4 millions de litres de brut dans le delta du fleuve Niger, l'une des 300 marées noires de toutes tailles qui affecteraient chaque année ce seul delta. Un exemple édifiant parmi d'autres, qui atteste qu'un peu partout sur le globe, pour cause de fuites permanentes, il y a chaque année des millions de barils qui dégradent l'environnement et affectent les populations.