Source : Métro, 22/02/2012
Propos recueillis par Anne-Ael Durand
Votre livre (Famine au Sud, Malbouffe au Nord, NiL éditions) évoque les problèmes des paysans du Sud et des agriculteurs français. En quoi sont-ils liés ?
Sur le marché mondial se côtoient des aliments produits par des agriculteurs du Sud qui travaillent avec des outils manuels ou attelés et des agriculteurs qui sont équipés de tracteurs. Ils se vendent au même prix, alors que dans un sac de riz américain ou européen, il y a deux cent fois moins de travail que dans un riz sénégalais. Comment le paysan du Sud, contraint à accepter un prix deux cents fois inférieur, peut-il nourrir sa famille, investir, avoir un animal ? Pis, l'agriculture, chez nous, est subventionnée, alors que, dans le Sud, elle doit financer l'industrie. Cette mise en concurrence inégale est à l'origine des migrations vers la ville et à l'international.
Quelles sont les solutions ?
Il faut que des gouvernements du Sud, courageux, mettent des droits de douane conséquents aux importations de produits agricoles et que de notre côté, nous réorganisions nos agricultures pour produire moins de tout-venant - céréales, sucre, poulets bas de gamme...- et davantage de produits artisanaux, bio, de qualité qu'on pourrait vendre plus cher. Il y a en France beaucoup d'agriculteurs en difficulté. En 2009, quand les producteurs de lait ont fait grève, c'était à cause de la surproduction.
Les consommateurs devront-ils payer plus cher ?
Malheureusement oui, car cette agriculture est plus exigeante en emplois et mieux rémunérée. Mais le prix peut baisser car, aujourd'hui, les circuits de collecte bio sont trop dispersés et le volume de production n'est pas suffisant. Malgré la baisse de pouvoir d'achat, chaque année, la France importe 10% de bio en plus. Les aides de la politique agricole commune (PAC) européenne, qui vont être redéfinies en 2014, représentent 9,5 milliards d'euros par an en France. Ces subventions pourraient être réorientées pour développer le bio dans la restauration collective, ce qui assurerait tout de suite un grand marché.
Libération et le Nouvel Observateur se sont associés pour organiser à Grenoble les 18, 19 et 20 juin 2010 les « Etats généraux du renouveau » : trois jours de débats, d’expression et d’échanges.

Pour débattre et repenser le progrès social, plusieurs dizaines d'associations, de cercles de pensée, de fondations et d'organisations non gouvernementales participeront. Ce rassemblement de Grenoble est un appel à la mobilisation citoyenne !
L'antenne départementale de l'association des lecteurs de l'Hebdo La Vie, en partenariat avec la Fondation de France, propose, le jeudi 27 mai, une conférence intitulée «Comment nourrir l'humanité sans nuire à la planète».

Elle sera présentée par Marc Dufumier, professeur et directeur de l'UFR Agriculture comparée et développement à AgroPansTech et membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot. L'entrée est libre.
Les agriculteurs sont dans la rue. Comme un air de déjà vu. Le système des subventions est à bout de souffle. Et si on les rémunérait autrement nos agriculteurs, sur la base des services rendus à l'environnement par exemple. Question posée à l'agronome Marc Dufumier.

Terra eco : Comment peut-on aider aujourd’hui les agriculteurs ?
«Un peu d’histoire pour commencer. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, on a rémunéré les agriculteurs sur le prix de leurs produits, grâce à des protections aux frontières et des taxes douanières. Faire des céréales, du sucre, du lait et de la viande (dans une moindre mesure) était un gage de stabilité. On est alors rapidement passé d’une situation déficitaire sur ces produits à une situation excédentaire. A l’inverse, le système dissuadait de cultiver des protéagineux [des plantes légumineuses riches en protides, comme la luzerne, le trèfle ou le lupin, utilisées pour nourrir le bétail]. Puis, pour faire face à l’excédent et maintenir le niveau de production, première grosse erreur, on a mis en place des subventions à l’exportation, ce qui a constitué un dumping inacceptable et causé un grand tort aux pays pauvres. Aujourd’hui, on s’est aligné sur les prix internationaux, mais on rémunère toujours les agriculteurs par des aides compensatoires, ce qui, aux yeux des Brésiliens ou des Argentins, reste une forme de dumping, d’ailleurs dénoncée par l’OMC. Il faut vraiment en finir avec ces aides, ces subventions de la PAC sont illégitimes et, qui plus est, inégalement réparties. Ça me rend malade d’entendre aujourd’hui certains agriculteurs demander encore et toujours des subventions !»
Le Monde bouge - on produit trop et mal. Mais le bon sens paysan n’est pas mort, et les Français pensent qu'une agriculture de qualité et respectueuse de l'environnement est possible. Marc Dufumier, agronome et membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot explique... dans ce premier volet du dossier spécial, consacré au malaise paysan.

Ces six derniers mois, 40 000 agriculteurs français ont rempli des demandes d'inscription au RSA, principalement dans le secteur laitier, où les revenus ont baissé de 50 % en deux ans. Plus de 20% des quelque 600 000 exploitants agricoles encore en activité – ils étaient 1 600 000 en 1970 – peuvent être assimilés à des travailleurs pauvres. Surendettés, lancés dans une course insensée au machinisme et à l'agrandissement, ils sont impuissants à remettre en cause le modèle hyperproductiviste qui leur a été imposé.
Ce reportage en Bourgogne (page 24) témoigne de ce désarroi. Pourtant, il y a urgence à repenser l'agriculture française : aperçu dans le splendide documentaire de Dominique Marchais, Le Temps des grâces, l'agronome Marc Dufumier, professeur et chercheur à l'AgroParisTech, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot et acteur engagé du Grenelle de l'environnement, trace des voies stimulantes pour sortir de l'impasse. Une autre agriculture est possible!
Retrouvez l'interview de Marc Dufumier ci-dessous ou sur le site de Télérama