source : Nicolas Hulot plaide pour « une troisième chambre », Ouest France, 29/04/2012
Composée de citoyens et d'experts, elle serait dotée d'un droit de veto sur les « décisions de l'exécutif ou du législatif compromettant l'existence de notre génération et des suivantes ».
L'écologie a été la grande absente dans cette campagne...
Nicolas Hulot, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme : Pour reprendre ma métaphore du syndrome du Titanic, on peut dire que l'orchestre a battu à plein pour distraire notre attention de la crise écologique.
La faute à qui ?
Pour faire bref et ne vexer personne : l'urgence du court terme. On s'est clairement habitué aux tic-tac des bombes à retardement. D'autant que les changements climatiques ou la raréfaction des ressources, pour ne parler que de ces deux aspects, occasionnent, chez nous, encore peu de souffrances immédiatement palpables. Çà et là, pourtant, les nouveaux « précaires » énergétiques ou alimentaires s'additionnent.
Cette crise menace, selon vous, « les acquis de deux siècles d'amélioration de niveau de vie »
En mettant de côté les enjeux écologiques, ce sont les questions d'énergie, d'agriculture, de biodiversité que l'on balaie d'un revers de main. Comment parler de pouvoir d'achat sans parler de modèle énergétique ? Comment discuter de santé sans interroger notre modèle agricole ? Nous avons une incapacité chronique à appréhender simultanément les préoccupations quotidiennes et les crises à venir. Nous soignons les symptômes, mais nous sommes incapables de traiter, voire même d'identifier les causes.
Que proposez-vous pour que cela change ?
Une proposition structurante à mettre au débat ces jours-ci serait la création d'une troisième chambre qui n'ait comme critère que les enjeux du long terme : la « chambre du futur ». Pourquoi pas, comme certains le proposent, une émanation du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Quel serait son rôle ?
Si les décisions de l'exécutif ou du législatif compromettent les conditions d'existence de notre génération et des suivantes, cette chambre devrait, a minima, disposer d'un droit de veto constructif. Concrètement, elle pourrait interroger nos choix d'exploiter les gaz de schistes, d'encourager le modèle agricole productiviste, de favoriser les subventions à la pollution... Encore faudrait-il aussi que l'exécutif dans son ensemble soit contraint de s'y déplacer pour prendre solennellement connaissance des travaux, avec obligation d'évaluer et de commenter.
Qui composerait cette chambre ?
Des citoyens tirés au sort et des experts reconnus, également tirés au sort, sur une liste proposée par les ONG et validée par l'Assemblée et le Sénat. Ce serait un lieu de contre-pouvoir où, d'une manière apaisée, documentée et non partisane, on pourrait élaborer les propositions pour construire l'avenir.
Ce n'est pas un peu utopique ?
Ce qui nous tue, c'est de penser que l'on va obtenir des résultats différents en appliquant les mêmes recettes. Notre ennemi c'est l'orthodoxie. Il faut s'ouvrir à l'irréalisé. Dans le désert affligeant de créativité sur cet enjeu déterminant, cela rehausse au moins l'impasse tragique de la campagne. Plutôt que de céder à la tentation du désespoir, proposons sans relâche et rêvons d'être enfin compris.
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Source : Le Monde, 07/04/12, 11h29 Propos recueillis par Laurence Caramel et Anne-Sophie Mercier
Nicolas Hulot regrette que, sur l'écologie, la « conversion » des politiques n'ait pas eu lieu.
L'écologiste Nicolas Hulot, candidat malheureux à la primaire d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme, dénonce dans un entretien au Monde l'incapacité des grands partis à prendre en compte l'épuisement des ressources et le changement climatique.
La crise écologique est un thème quasiment absent de la campagne présidentielle ; cela vous surprend-il ?
Je suis frappé par la myopie des discours de cette campagne. Les principales formations politiques tentent de répondre avec plus ou moins de brio aux préoccupations quotidiennes des Français, mais elles n'ont pas intégré la nouvelle contrainte du XXIe siècle, qui est une contrainte écologique. Tous les signaux sont au rouge - le climat, la biodiversité, l'état des océans... tous les rapports nous disent combien le coût de l'inaction va être préjudiciable à nos économies. Ce que l'on observe est sans commune mesure avec ce que nos sociétés ont connu jusqu'à présent. Or, je suis obligé de constater que les candidats et les appareils politiques n'en ont pas une pleine conscience. La conversion que j'attendais n'a pas eu lieu. Je cherche désespérément une vision qui ne soit pas Hexagonale. Il y a dans le monde des paramètres qui conditionnent l'avenir de la France et, parmi eux, la raréfaction des ressources naturelles, qu'il faut anticiper.
Avec leur discours punitif, les écologistes n'ont-ils pas leur part de responsabilité ?
La difficulté pour les lanceurs d'alerte - et je suis bien placé pour en parler car je suis catalogué comme catastrophiste - est d'être pris en étau. Soit on tamise la réalité et on donne le sentiment que le statu quo est tenable. Soit on dit la réalité, celle que nous livrent les différents rapports d'experts français et internationaux, et là personne n'y croit. Ou plus exactement, selon moi, on entre dans un état de refoulement.
Que faire ?
Je n'ai pas de réponse. Ma stratégie pour 2012 était de tenter de précipiter cette mutation en étant candidat. Cela n'a pas fonctionné. Je reviens donc à mes premières armes à travers ma fondation.
Quitte à prêcher dans le désert, je veux maintenant mettre dans le débat des outils concrets - que ce soit en matière de fiscalité, de gouvernance... Nos politiques sont dans un tel désarroi et dans une telle orthodoxie. Le dénominateur commun à toutes les crises que nous connaissons est notre incapacité à nous fixer des limites. La réponse politique s'appelle la régulation. Les enjeux écologiques doivent transgresser les clivages idéologiques. La gauche seule ou la droite seule n'y arriveront pas.
N'était-ce pas l'idée du pacte écologique ?
Oui, mais depuis, les candidats ont renié une clause qu'ils avaient signée avec le pacte : l'écologie devait devenir le déterminant majeur de leurs politiques. En 2007, j'avais le sentiment que le pays allait se mettre en marche et qu'il n'allait pas s'arrêter. Aujourd'hui, on revient en arrière.
Pourquoi ?
Il faudra qu'EELV s'interroge sur ce qui structurellement ne va pas dans leur parti et surtout pourquoi leur message n'est parfois pas audible. Ce n'est pas une question de personne. Si j'avais été à la place d'Eva Joly, aurais-je fait mieux ? Ce n'est pas certain. Mais mon reproche va avant tout aux grandes formations politiques.
Si la gauche avait travaillé sur ces sujets, elle ne serait pas encore obligée de sous-traiter la question écologique. Et la droite ne devrait pas être dans l'attitude de considérer qu'avec le Grenelle de l'environnement elle a rempli définitivement son devoir écologique. Le Grenelle était un processus intéressant et va permettre, dans certains domaines comme le logement, des transformations importantes. Mais enfin, tout reste à faire. Que je sache, il n'y a rien eu sur la remise en cause du modèle économique qui provoque tous ces grands déséquilibres...
Que proposez-vous ?
Je veux croire qu'il existe une alternative : elle s'appelle la croissance sélective. Il s'agit d'identifier les secteurs que nous avons besoin de développer, - les énergies renouvelables, l'isolation des bâtiments -, ceux qui doivent prendre en compte les limites des stocks naturels - par exemple la pêche -, et ceux enfin dont il faut sortir parce qu'ils ont un impact écologique trop lourd, comme les énergies fossiles.
Où trouvez-vous l'argent ? Et comment rendre cette transition acceptable socialement ?
Le préalable est de redonner de l'air aux Etats paralysés par la dette. Les banques centrales doivent pouvoir prêter aux Etats à un taux quasiment nul pour financer ces investissements d'avenir. Et puis nous avons un instrument qui s'appelle la fiscalité. Elle a un double objectif. D'abord, bien sûr, la solidarité : on capte de l'argent et on le redistribue.
Le second objectif est la régulation. Nous devons basculer tout ou partie de nos prélèvements sur ce qui détruit l'environnement, les ressources naturelles, et alléger les charges qui pèsent sur le travail. C'est ainsi que l'on peut structurer l'économie de demain. Pour avoir d'autres recettes, il faut aussi augmenter les taxes qui touchent les revenus du capital. On doit pouvoir dire cela sans dogmatisme. Il n'est pas normal que la finance ait construit un système pour exister en marge de l'économie réelle.
La taxe carbone allait dans ce sens, ce fut un échec...
Cette expérience a montré que quand on veut agir avec un seul instrument cela ne marche pas. Il faut une réforme globale, et surtout montrer que cette transition n'est pas pénalisante socialement. Au contraire, à condition d'être un peu vertueux, elle peut conduire à des gains de pouvoir d'achat. Il existe une intelligence collective, il faut lui donner un sens. Et croyez-moi, c'est un projet exaltant.
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Nicolas Hulot sera au Forum Libération à Rennes le Samedi 31 mars de 14h30 a 16h00 au TNB . Il interviendra avec Michel Rocard sur le thème de "La crise écologique peut-elle attendre ? " Vous pouvez suivre son intervention en direct en cliquant sur ce lien.
Avant-propos de Nicolas Hulot "La crise écologique peut-elle attendre ?" Libération
Si l'on se fie au vocabulaire de nos principaux candidats à la présidentielle, il semblerait que « oui » : la crise écologique peut attendre. Ce thème a totalement été rayé de leurs préoccupations. Simultanément, et ceci expliquant probablement cela, les médias ont concentré leur attention sur des sujets « plus importants ». L'écologie reste, au mieux une simple variable d'ajustement, au pire une préoccupation conjoncturelle dans un instantané de l'Histoire. Mais l'écologie est bien l'histoire, ou tout au moins son déterminant majeur ! Même si peu l'admettent, l'enjeu écologique conditionne tous les enjeux de solidarité présents et futurs.
Faut-il s'étonner de cette mise à l'écart ? Non. La crise écologique occasionne des souffrances qui ne sont pas toujours immédiatement palpables. L'urgence n'est donc pas suffisamment visible. Résultat, comme nous le répète Edgar Morin « à force de ne considérer que l'urgence de l'immédiat, on sacrifie l'urgence de l'essentiel ».
Faut-il s'en affliger ? 1 000 fois oui ! La crise écologique est la mère de toutes les crises : économique, sociale, démocratique, culturelle... Sur son dos se cristallisent déjà toutes les autres, jusqu'à demain, se souder entre elles en une épouvantable crise systémique.
La raréfaction des ressources et les changements climatiques ne sont pas de vulgaires contraintes supplémentaires, ni de simples options. Sur l'abondance nous n'avons su, ni pérenniser, ni partager le progrès. Sur la pénurie des matières premières et les désordres climatiques, il est à douter que se développe l'équité et se construisent des facteurs de paix.
La prise en compte de cette réalité comme une priorité absolue est la condition essentielle de notre liberté et peut-être même de notre survie. L'ignorer nous expose à un péril collectif sans commune mesure avec tout ce que nous avons connu.
Entamer la transition écologique est aujourd'hui la seule voie possible pour enfin sortir du dogme de l'austérité. Cela implique une reprise en main de nos démocraties, de la sphère financière et une refondation de notre économie et de notre fiscalité. Les grands chantiers, de la refonte du modèle énergétique à la mutation agricole doivent être remis au cœur du projet humain. L'économie de demain et plus encore notre civilisation dépendent de l'acceptation ou du refoulement de ce projet de société.
«L'écologie est redevenue une variable d'ajustement», propos recueillis par Joel Cossardeaux et Stéphane Dupont dans Les Echos, 15/02/2012
« L'ensemble de la société s'est détournée » des sujets écologiques, regrette Nicolas Hulot, qui a retrouvé la présidence de sa Fondation pour la nature et l'homme. « Mais le réveil risque d'être douloureux. La crise énergétique et alimentaire touche d'abord les plus défavorisés. On n'y échappera pas », prévient-il.
Pourquoi l'écologie est-elle si peu présente dans la campagne ?
Je constate avec chagrin et consternation que cinq ans après l'avoir signé, les hommes et les appareils politiques n'ont pas travaillé sur le pacte écologique. Le niveau d'indigence de leur diagnostic et de leurs propositions est à peu près le même qu'en 2007.
L'écologie ne fait même plus partie de leur sémantique. Il n'y a de leur part, ni véritable analyse, ni vision sur la contrainte écologique. C'est redevenue une variable d'ajustement, alors que nous sommes en pleine crise économique, écologique et de civilisation, en face de laquelle les appareils et les hommes politiques ne formulent aucune proposition structurante. Il y a une orthodoxie presque crasse à vouloir rester à la fois sur les mêmes les perspectives économiques, sur notre modèle de société qui pourtant ne fonctionne plus.
Vous oubliez le Grenelle de l'Environnement.
Je ne dis pas qu'il ne s'est rien passé depuis 2007. Et n'en déplaise à certains, on ne peut pas considérer que le Grenelle soit une coquille vide et n'ait eu aucun impact. Dans le bâtiment, entre autre, nous avons gagné avec l'instauration de normes structurantes dans le neuf.
Mais le Grenelle n'était qu'une première étape. Aujourd'hui, l'actuelle majorité considère avoir rempli son devoir et s'estime mal payée en retour. D'où, chez elle, cette sorte d'exaspération sur l'environnement qui s'exprime régulièrement. A gauche, le sujet est traité à la marge alors que, vous le voyez bien, tous les signaux sont au rouge.
On ne parle plus de la crise climatique. A croire qu'elle a été réglée ! Pourtant, chacun peut comprendre que diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre, comme les responsables politiques s'y sont engagés dans le cadre du protocole de Kyoto, ne pourra pas se faire par des simples aménagements.
La crise ne joue-t-elle pas contre l'écologie ?
Interview de Nicolas Hulot - Propos par Jean-marc Raffaelli recueillis pour Nice Matin 12/03/12
Nicolas Hulot a pris ses quartiers d'hiver en Corse pour une mise au vert studieuse. De retour en France à la tête de sa fondation, il nous révèle les grands desseins de sa "République écologique"
En Corse, Nicolas Hulot n'est pas en terre inconnue. De sa terrasse panoramique de Quenza, dans un environnement 100 % bio, les vertigineuses aiguilles de Bavella et leur laine de neige immaculée l'aident à tricoter les propositions de la transition écologique qu'à la tête de sa Fondation il s'apprête à promouvoir, dans une campagne électorale qui a chassé le « naturel » au galop. Monsieur Hulot n'est pas en vacances. Il est de retour.
Vous êtes moralement remis de votre échec à la primaire verte?
« Je ne somatise pas, je ne jouais pas ma carrière politique et je n'avais pas de problème relationnel avec mon ego. Je ne ressens ni aigreur ni amertume, seulement une profonde tristesse pour tous ces enjeux écologiques cruciaux pour l'avenir de l'humanité et laissés en jachère. »
Les voyages en montgolfière à la télé, c'est fini aussi?
« La facilité était de continuer, mais j'ai décidé de tourner la page. Ushuaïa, c'est vingt-cinq ans à exercer le plus beau métier du monde. Ça a duré une vie, mais même les bonnes choses ont une fin. »
Un retour aux fondamentaux, en quelque sorte...
« Mon engagement à la tête de la Fondation, la rédaction d'un livre, le projet d'un nouveau long-métrage : il me fallait libérer de l'espace-temps pour y consacrer l'essentiel de mon énergie. Le sommet de Rio a vingt ans. Que s'est-il passé depuis cette prise de conscience ? Pas grand-chose. Je veux comprendre pourquoi le monde est verrouillé, pourquoi nous sommes passés de l'indifférence à l'impuissance. Je réoriente la Fondation afin de mettre dans le débat public, français et européen, des propositions incontournables qui, je l'espère, contribueront à faire reculer l'inertie et le conformisme ambiants. »
Mais votre VIe République verte, vous la proposez alors même que la crise écologique a disparu des radars politiques...
« Que les citoyens soient accaparés par des préoccupations quotidiennes, c'est légitime, quand on connaît l'état de précarité du pays. Mais j'attends des politiques qu'ils portent leur regard au-delà de cette succession de crises, pour se concentrer sur une remise en cause profonde d'un système qui est, à l'évidence, à bout de souffle. »
N'est-ce pas de la démagogie de dire que les mesures que vous préconisez vont à contre-courant de l'austérité?
« Non, on pilote la société d'aujourd'hui avec les outils d'hier, on s'entête dans un modèle néolibéral qui creuse les inégalités et répartit de moins en moins bien les richesses. Il n'est pas la solution, mais définitivement le problème ! »