Nous avons tous besoin des paysans. De paysans et non pas de petites mains de la chimie agricole. Parce que sous nos latitudes favorisées nous mangeons trois fois par jour et que sans agriculteur digne de ce nom nous n'aurions dans l'assiette que malbouffe aux pesticides ou aliments génétiquement manipulés. Pour répondre à la faim de 500 millions d'Européens il faut suffisamment de paysans et une organisation de la production : c'est le rôle de la Politique agricole commune (Pac).
La Pac mérite un bilan que tout le monde évite. Il révèle d'une part la perte de l'autosuffisance alimentaire de l'Union européenne, soumise aux importations de protéines pour ses élevages. D'autre part, la dépendance à l'égard de l'industrie pétrochimique et biochimique.
La prochaine Politique agricole commune se discute maintenant. Les enjeux sont considérables et divergents. D'où ce livre clair et pédagogique qui met sur la table tous les éléments du débat. Pour choisir l'agriculture qui va nourrir vos enfants.
Changeons de cap, changeons de PAC ! Vers une agriculture paysanne au service des citoyens, de José Bové & Gilles Luneau, Editions Alternatives, 02/02/12, ISBN : 978-286227-683-0, 208 p., 16 €.
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> Comment nourir le monde de demain ? A question à Marc Dufumier
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Lundi 27 février, le Commissaire européen à l'agriculture Dacian Ciolos a rencontré les organisations du groupe PAC 2013 à l'occasion de sa venue au Salon de l'Agriculture. Cette édition du Salon se place sous le signe du cinquantième anniversaire de la Politique agricole commune, dont la réforme est en cours de discussion au niveau européen et dans les Etats membres.
Cette rencontre entre le commissaire et la société civile fait écho à celle organisée par les ONG allemandes lors de la Green Week, équivalent en Allemagne du Salon de l'Agriculture, le 20 janvier. L'objectif était de porter les grandes questions et positions de la société civile française et européenne sur la proposition de règlements, sortie en octobre 2011.
La discussion s'est organisée autour de trois axes :
- le lien entre la PAC et les politiques de développement avec un focus sur la dépendance européenne aux importations de protéines végétales
- le verdissement proposé de la PAC
- PAC et développement rural : quelle place pour le second pilier et pour les collaborations sur les territoires ?
Alors que le Salon de l'agriculture ouvre ce samedi ses portes, Nicolas Hulot, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme (FNH), cosigne avec Marc Dufumier, professeur émérite en agriculture comparée à l'AgroParisTech*. Ils en appellent à une nouvelle conception de l'agriculture.
Depuis plus de cinquante ans, la politique agricole commune (PAC) règne sur notre agriculture, détermine son avenir et celui de plus de 11 millions d'agriculteurs en Europe. Depuis l'après-guerre, un leitmotiv : produire toujours plus pour garantir la sécurité alimentaire du continent. Certes, l'Europe produit aujourd'hui assez pour se nourrir et souffre même, depuis les années 1980, de crises régulières de surproduction. Mais le coût social et environnemental de cette politique est catastrophique.
Les choix faits, ceux de toujours plus d'engrais et de pesticides, de surconsommation d'eau ou encore de l'ultraspécialisation des agricultures régionales autour de l'élevage ou des grandes cultures céréalières sont lourds de conséquences.
Pour les hommes et les femmes qui en vivent, c'est une perte de 25 % de l'emploi agricole en dix ans et, avec elle, la détérioration du tissu rural, du lien social et une paupérisation croissante. Peut-on se résoudre à ce que plus d'un quart des agriculteurs gagnent moins de 900 euros par mois, et soient ainsi au-dessous du seuil de pauvreté ? Non. Quant aux dégâts environnementaux, ils condamnent à très court terme l'existence même de l'agriculture - sans parler des risques pour la santé des consommateurs, mais plus encore pour les paysans eux-mêmes, liés à l'utilisation excessive des intrants. Qu'en sera-t-il de notre productivité quand les sols auront perdu totalement leur fertilité et que tous les engrais ou les OGM n'y pourront rien ? Nos cultures et nos élevages parviendront-ils à s'adapter au changement climatique inévitable ? Où irons-nous chercher une eau déjà de plus en plus rare et convoitée de tous ? Tous les voyants sont au rouge. N'ignorons plus les dommages collatéraux, ni leur prix.
Sans le savoir, nous payons trois fois le prix de notre alimentation : premièrement en faisant nos courses, deuxièmement par nos impôts, puisque 350 euros par foyer sont consacrés au soutien de cette politique, troisièmement parce que l'agriculture laisse à la charge de la société l'ensemble des dommages à l'environnement, qu'il faut bien réparer. Presque 10 % de la facture d'eau des ménages est consacrée ainsi au traitement de l'eau polluée par les nitrates et les produits phytosanitaires, pour un montant global de près de 1,5 milliard d'euros par an !
À l'occasion de la sortie de son nouveau livre « Famine au Sud, malbouffe au Nord » le 2 février prochain, Marc Dufumier, ingénieur agronome et membre du Comité de veille écologique de la Fondation, nous fait partager sa vision de l'agriculture de demain.
Dans votre nouveau livre, vous prônez le retour à une alimentation biologique, aujourd'hui délaissée au profit d'une agriculture productiviste. Pouvez-vous nous parler des raisons qui vous amènent à ce constat ?
M.D- Dans les pays du Sud, de nombreux paysans abandonnent l'agriculture car ils se trouvent en concurrence avec les surplus des produits de notre agriculture productiviste comme la poudre de lait, les céréales ou le sucre. Au fond, l'Europe a tort de vouloir exporter à tout prix des surplus agricoles. Nous aurions tout intérêt à produire moins mais des produits de meilleure qualité.
Mon livre part du constat selon lequel défendre une agriculture biologique dans les pays du Nord, ce n'est absolument pas faire du tort aux pays du Sud. Bien au contraire, c'est ce qui leur permettra de ne pas dépendre des excédants de l'Europe et des Etats-Unis et de pouvoir, par eux-mêmes, nourrir correctement leurs peuples.
Que pensez-vous du projet de réforme de la PAC pour 2013 ? Êtes-vous confiant sur le verdissement promis de cette PAC ?
M.D- Les propositions de la commission européenne me paraissent aller dans le bon sens. Elles restent cependant trop timides. En ce qui concerne son verdissement, c'est-à-dire le conditionnement d'un certain nombre d'aides au revenu à des dispositions environnementales, je ne peux être que pour. Toutefois, il ne faudrait pas qu'au nom de la simplification des mesures environnementales, l'on aboutisse à quelque chose d'insignifiant. La PAC se doit d'inciter à une agriculture plus proche du cahier des charges de l'agriculture biologique. Je pense également que les aides de la PAC doivent être conditionnées à l'emploi et au maintien d'un grand nombre d'agriculteurs dans nos campagnes. Les aides aux revenus devraient être proportionnelles à l'emploi et non, comme autrefois, proportionnelles aux hectares et en fonction de droits historiques.
Quelles sont les raisons de votre engagement auprès de la FNH ?
Le 17 janvier en Ariège, le Président de la République a présenté ses vœux au monde rural. Les organisations signataires considèrent que sa vision de la PAC est dépassée. L'appel de Nicolas Sarkozy à changer de modèle agricole n'a pas de sens si la France n'est toujours pas décidée à soutenir une vraie réforme de la PAC, qui accompagne des systèmes agricoles et alimentaires plus durables et moins dépendants des aides.
Dans le cadre du programme "alimentation responsable", la FNH porte auprès des acteurs des propositions pour favoriser et soutenir les modes de production agricole respectueux des écosystèmes et des hommes. Pour cela, nous travaillons en priorité sur la Politique Agricole Commune (PAC) car celle-ci influence considérablement les systèmes de production en France, en Europe et dans le monde. Cette activité est menée avec l'association Groupe PAC 2013 qui regroupe 15 organisations françaises agricoles, de solidarité internationale, de développement durable, de protection de l'environnement, ainsi que des mouvements ruraux.

Plusieurs associations revient sur les propos tenus:
Circuits alimentaires de proximité : des initiatives exemplaires éloignées de la politique agricole que défend la France
Le 17 janvier, le Président de la République a mis en avant le rôle des circuits alimentaires de proximité pour améliorer la valeur ajoutée des produits et le revenu des agriculteurs, notamment grâce à des prix rémunérateurs. De nombreux agriculteurs l'ont bien compris puisque 20% d'entre eux vendent tout ou partie de leur production en circuits courts. De même, de plus en plus de français plébiscitent ces formes de distribution qui restaurent du lien et de la confiance entre producteurs et consommateurs, valorisant les savoir faire et les formes d'agriculture les plus durables.
Or le modèle de la PAC défendu par la France marginalise ces circuits courts : dans les faits, 8 milliards d'euros sont consacrés aux aides directes sur les 9,7 milliards que reçoit la France. Contrairement à ce qu'a laissé entendre le chef de l'Etat, la PAC contribue peu à l'excédent commercial agroalimentaire français, puisque les deux tiers de ce dernier tiennent aux boissons et spiritueux, des secteurs qui bénéficient peu des aides de la PAC.
Pour changer de modèle agricole, l'environnement est une variable non négociable