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Nicolas Hulot : "Je suis frappé par la myopie des discours"

Source : Le Monde, 07/04/12, 11h29 Propos recueillis par Laurence Caramel et Anne-Sophie Mercier

 

Nicolas Hulot regrette que, sur l'écologie, la « conversion » des politiques n'ait pas eu lieu.

L'écologiste Nicolas Hulot, candidat malheureux à la primaire d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme, dénonce dans un entretien au Monde l'incapacité des grands partis à prendre en compte l'épuisement des ressources et le changement climatique.

 

La crise écologique est un thème quasiment absent de la campagne présidentielle ; cela vous surprend-il ?

Je suis frappé par la myopie des discours de cette campagne. Les principales formations politiques tentent de répondre avec plus ou moins de brio aux préoccupations quotidiennes des Français, mais elles n'ont pas intégré la nouvelle contrainte du XXIe siècle, qui est une contrainte écologique. Tous les signaux sont au rouge - le climat, la biodiversité, l'état des océans... tous les rapports nous disent combien le coût de l'inaction va être préjudiciable à nos économies. Ce que l'on observe est sans commune mesure avec ce que nos sociétés ont connu jusqu'à présent. Or, je suis obligé de constater que les candidats et les appareils politiques n'en ont pas une pleine conscience. La conversion que j'attendais n'a pas eu lieu. Je cherche désespérément une vision qui ne soit pas Hexagonale. Il y a dans le monde des paramètres qui conditionnent l'avenir de la France et, parmi eux, la raréfaction des ressources naturelles, qu'il faut anticiper.

 

Avec leur discours punitif, les écologistes n'ont-ils pas leur part de responsabilité ?

La difficulté pour les lanceurs d'alerte - et je suis bien placé pour en parler car je suis catalogué comme catastrophiste - est d'être pris en étau. Soit on tamise la réalité et on donne le sentiment que le statu quo est tenable. Soit on dit la réalité, celle que nous livrent les différents rapports d'experts français et internationaux, et là personne n'y croit. Ou plus exactement, selon moi, on entre dans un état de refoulement.

 

Que faire ?

Je n'ai pas de réponse. Ma stratégie pour 2012 était de tenter de précipiter cette mutation en étant candidat. Cela n'a pas fonctionné. Je reviens donc à mes premières armes à travers ma fondation.

Quitte à prêcher dans le désert, je veux maintenant mettre dans le débat des outils concrets - que ce soit en matière de fiscalité, de gouvernance... Nos politiques sont dans un tel désarroi et dans une telle orthodoxie. Le dénominateur commun à toutes les crises que nous connaissons est notre incapacité à nous fixer des limites. La réponse politique s'appelle la régulation. Les enjeux écologiques doivent transgresser les clivages idéologiques. La gauche seule ou la droite seule n'y arriveront pas.

 

N'était-ce pas l'idée du pacte écologique ?

Oui, mais depuis, les candidats ont renié une clause qu'ils avaient signée avec le pacte : l'écologie devait devenir le déterminant majeur de leurs politiques. En 2007, j'avais le sentiment que le pays allait se mettre en marche et qu'il n'allait pas s'arrêter. Aujourd'hui, on revient en arrière.

 

Pourquoi ?

Il faudra qu'EELV s'interroge sur ce qui structurellement ne va pas dans leur parti et surtout pourquoi leur message n'est parfois pas audible. Ce n'est pas une question de personne. Si j'avais été à la place d'Eva Joly, aurais-je fait mieux ? Ce n'est pas certain. Mais mon reproche va avant tout aux grandes formations politiques.

Si la gauche avait travaillé sur ces sujets, elle ne serait pas encore obligée de sous-traiter la question écologique. Et la droite ne devrait pas être dans l'attitude de considérer qu'avec le Grenelle de l'environnement elle a rempli définitivement son devoir écologique. Le Grenelle était un processus intéressant et va permettre, dans certains domaines comme le logement, des transformations importantes. Mais enfin, tout reste à faire. Que je sache, il n'y a rien eu sur la remise en cause du modèle économique qui provoque tous ces grands déséquilibres...

 

Que proposez-vous ?

Je veux croire qu'il existe une alternative : elle s'appelle la croissance sélective. Il s'agit d'identifier les secteurs que nous avons besoin de développer, - les énergies renouvelables, l'isolation des bâtiments -, ceux qui doivent prendre en compte les limites des stocks naturels - par exemple la pêche -, et ceux enfin dont il faut sortir parce qu'ils ont un impact écologique trop lourd, comme les énergies fossiles.

 

Où trouvez-vous l'argent ? Et comment rendre cette transition acceptable socialement ?

Le préalable est de redonner de l'air aux Etats paralysés par la dette. Les banques centrales doivent pouvoir prêter aux Etats à un taux quasiment nul pour financer ces investissements d'avenir. Et puis nous avons un instrument qui s'appelle la fiscalité. Elle a un double objectif. D'abord, bien sûr, la solidarité : on capte de l'argent et on le redistribue.

Le second objectif est la régulation. Nous devons basculer tout ou partie de nos prélèvements sur ce qui détruit l'environnement, les ressources naturelles, et alléger les charges qui pèsent sur le travail. C'est ainsi que l'on peut structurer l'économie de demain. Pour avoir d'autres recettes, il faut aussi augmenter les taxes qui touchent les revenus du capital. On doit pouvoir dire cela sans dogmatisme. Il n'est pas normal que la finance ait construit un système pour exister en marge de l'économie réelle.

 

La taxe carbone allait dans ce sens, ce fut un échec...

Cette expérience a montré que quand on veut agir avec un seul instrument cela ne marche pas. Il faut une réforme globale, et surtout montrer que cette transition n'est pas pénalisante socialement. Au contraire, à condition d'être un peu vertueux, elle peut conduire à des gains de pouvoir d'achat. Il existe une intelligence collective, il faut lui donner un sens. Et croyez-moi, c'est un projet exaltant.

 

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mariew
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Grenelle de l'environnement : l'évaluation rendue publique

Trois ans après son lancement et six mois après l'adoption de la loi Grenelle 2, l'heure est au bilan d'étape pour le Grenelle de l'Environnement.

Jean-Louis Borloo a présenté mardi 2 novembre, un rapport d'évaluation indépendant sur le Grenelle de l'Environnement.

logo grenelle environnement


Ce premier bilan d'étape du Grenelle a pour objectif, selon le Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de la Mer (MEEDDEM) de faire « le point, thématique par thématique, sur les actions engagées ces trois dernières années en matière de gouvernance, d'énergie et de climat, de politique des déchets, de gestion des risques ».

J'ai fait un rêve...

Terre Sauvage, mai 2007

Terre sauvage : La France s'engage dans une nouvelle présidence, une nouvelle législature, avec, à sa tête, quelqu'un qui a signé le Pacte écologique. Faisons-lui crédit de sa volonté d'aller au bout des engagements souscrits auprès de vous et des 800 000 signataires du Pacte. Dans cette hypothèse "de rêve", comment voyez-vous la France dans un an?

Nicolas Hulot : Normalement, il devrait y avoir un vice-Premier ministre qui aura la faculté – et, je l'espère vivement, les moyens de coordonner l'action du gouvernement sur une feuille de route «vertueuse». Et, dans un an, nous aurons vu apparaître une fiscalité énergétique digne de ce nom, c'est-à-dire, d'une part, une taxe carbone, progressive, mais aussi une fiscalité indirecte à la fois incitative et dissuasive.

A la fois incitative et dissuasive?

Concrètement, ça signifie que tous les biens de consommation et les services, qui ont un faible impact écologique et environnemental, auront une TVA réduite, même s'il faut, pour cela, demander à l'Europe la permission de baisser cette TVA en dessous de la limite actuelle des 15%. Et, à l'inverse, il faudrait que la TVA soit fortement dissuasive – pourquoi pas 25 voire 30% – sur les produits qui ont un fort impact. De même, il faudra prévoir des incitations fiscales pour favoriser les équipements plus lourds, pour que les ménages puissent installer des équipements de chauffage ou d'eau chaude, qui privilégient les énergies renouvelables.

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albane
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Lettre ouverte aux élus et citoyens de ce pays

Nicolas Hulot, septembre 2007

En publiant le pacte écologique, le 7 novembre 2006, nous avions pour objectif d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle pour les amener à placer l’impératif écologique au cœur de leurs programmes.

Moins d’un an après la diffusion de ce livre de propositions la situation s’est profondément modifiée. La question écologique a quitté le ghetto dans lequel elle végétait depuis des années. Elle s’est imposée dans la sphère publique, jusqu’au sein du nouveau gouvernement, et a bousculé le débat traditionnel entre la gauche et la droite sur les projets de société. Elle a mobilisé les esprits et libéré les énergies dans la population, parmi les élus, au sein des entreprises, des syndicats et des associations. Un pas qualitatif a été franchi. Il ne garantit pas que le chemin soit parcouru jusqu’au bout, tant celui-ci était inédit, difficile, exigeant et je dirai même déconcertant. Mais l’amorce d’un mouvement s’est opéré dans la bonne direction.

Il appartient maintenant aux élu(e)s de ce pays d’amplifier cette dynamique. Comme bien d’autres, je suis convaincu que la crise des équilibres et des ressources naturels présente désormais un caractère d’urgence. La prise en compte de sa contrainte s’impose de plus en plus comme la condition sine qua non de l’avenir des sociétés humaines, aussi bien sur le plan des modèles économiques et sociaux que sur celui des valeurs de vie personnelle. Nous sommes arrivés à un carrefour de crises : un péril écologique majeur guette l’humanité à échéance rapide et cette menace amplifie et accélère toutes les tensions à l’œuvre entre les hommes sur la planète.

C’est une vérité effarante à dire et à reconnaître : l’irréversible est à notre seuil. Comment l’éviter? Nous n’avons pas d’autre alternative que d’engager une vaste mutation économique, sociale et culturelle, en nous appuyant sur une mobilisation collective dont vous, les élu(e)s, vous constituez un maillon indispensable. Avec le Comité de veille écologique, nous avons proposé qu’elle s’organise autour d’un « pacte écologique ». En soumettant aux politiques et à l’ensemble de la société ce nouveau contrat pour une nouvelle donne, nous avons voulu participer à l’accélération de la prise de conscience collective selon laquelle l’enjeu écologique détermine dorénavant le progrès humain. Quelques mois après, rien ne garantit que nous soyons parvenus à cette nouvelle orientation. Mais tout indique que les lignes ont bougé.

Pour un pacte écologique, édition de septembre 2007

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albane
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Faites entendre votre voix!

Faire de l’écologie le déterminant majeur de l’action publique, tel était notre souhait en lançant le Pacte écologique. En signant le Pacte, près de 750 000 autres citoyens ont contribué à faire bouger les choses.

Quelques mois après l’élection présidentielle, cet engagement collectif se traduit par un premier rendez-vous historique qui rassemble tous les acteurs de la société (Etat, collectivités territoriales, organisations professionnelles et patronales, syndicats et associations environnementales) pour un Grenelle de l’Environnement.

Objectif : définir ensemble des mesures très concrètes qui engagent sans plus attendre la mutation écologique de la société française.

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albane
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