Le JDD, le 13 mai 2010
La nouvelle catastrophe écologique qui touche le Golfe du Mexique fait réagir Christian Buchet, directeur du centre d’études de la mer de l’Institut catholique à Paris et membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, et Paul Fattal, qui dirige l’Institut de géographie de l’université de Nantes. Le JDD a récolté leurs opinions.

La situation s'aggrave sur les côtes qui bordent le golfe du Mexique. Analyse. Peut-on encore éviter une catastrophe majeure?
"La marée noire est inexorable", se désolait samedi Christian Buchet, directeur du centre d’études de la mer de l’Institut catholique à Paris. Paul Fattal, qui dirige l’Institut de géographie de l’université de Nantes, relève que "le volontarisme des Américains est en partie destiné à rassurer l’opinion publique". La tentative de déclencher des incendies contrôlés - peu efficace et très polluante - a tourné court cette semaine et les quelque 150 kilomètres de barrages flottants forment une digue dérisoire contre une pollution aussi massive. Poussées par des vents forts et les courants, les plaques de pétrole devraient souiller les côtes de la Louisiane mais aussi celles du Mississippi, de l’Alabama et de la Floride. C’est le pire scénario: le pétrole va toucher des zones marécageuses. "On sait nettoyer les plages et les côtes rocheuses. Quant à la dépollution des zones humides, elle est très complexe en milieu tempéré et quasiment impossible en zone tropicale", observe Paul Fattal. Dans les mangroves, les racines des végétaux, qui trempent dans l’eau, sont en effet rapidement engluées et le pétrole qui entre dans ce milieu fragile peut y demeurer durant cinquante ans. Seul point positif dans un tableau cauchemardesque: les équipes américaines sont les plus pointues et les mieux organisées du monde.