
Par Ludovic Frère, chargé de projet océans de la Fondation Nicolas Hulot
Le 16 septembre dernier, Philippe Boënnec, député-maire de Pornic a remis le rapport de la mission pêche profonde issue du Grenelle de la mer.
Les ONG avaient quitté ce processus de concertation en juillet dernier, considérant que la méthodologie scientifique suivie dans ce groupe n’était pas assez rigoureuse et l’étude des solutions socio-économiques qui devaient en découler, biaisée.
Si dans le rapport remis, les recommandations et propositions des ONG ont finalement été intégrées dans le scénario numéro un, elles n’ont pas été prises en considération durant l’ensemble du processus et caricaturées en mettant dos à dos protection des espèces et celle des emplois.
L’essentiel des poissons que nous consommons proviennent des plateaux continentaux, soit entre 0 et 200 mètres de profondeur. Quelques pêcheries s’étendent au-delà de 200 mètres de profondeur, il s’agit de la pêche profonde. Les bateaux de pêche profonde utilisent des filets gigantesques qui raclent le fond, détruisant ainsi les écosystèmes. De plus, 80% des poissons contenus dans les filets sont des prises dites «accessoires», c’est-à-dire que les poissons pêchés ne sont pas ceux qui sont recherchés et sont ainsi rejetés, morts, à la mer. Les espèces pêchées sont principalement le merlu, la lingue franche et la lingue bleue, l’empereur, le flétan, le sabre noir et certains requins. Certaines de ces espèces sont en danger car leur cycle de reproduction est lent, les juvéniles font partie des prises, la ressource est largement surexploitée et les habitats (monts sous-marins, canyons, récifs coralliens) sont détruits par les engins de pêche...

La mission pêche profonde a été mandatée par les deux Ministres de la pêche et de l’écologie lors du Grenelle de la Mer dans le prolongement du Grenelle de la Mer. Pendant une année, ONG, entreprises, syndicats, scientifiques se sont rencontrés, sur un mode de gouvernance à plusieurs acteurs afin d’évaluer la durabilité écologique, économique et sociale de cette pêche dans le but de faire des propositions d’évolution. Après un an de travail, cette mission se termine par un échec dans la mesure où elle n’a pas répondu à son objectif principal qui était de «s’assurer que les pêches en eaux profondes étaient viables économiquement, socialement et écologiquement, pour que leur poursuite, éventuellement adaptée, puisse être envisagée».