Ces ingénieurs solaires aux pieds nusle 16.10.09
L'énergie solaire n'a plus de secret pour les élèves du Barefoot college, pourtant arrivés dans l'établissement illettrés et dépourvus de formation initiale. Devenus ceux qu'on appelle les "ingénieurs aux pieds nus", ces jeunes indiens sortent de l'école avec, entre leurs mains, les clés d'un développement soutenable et écologique, dont profiteront leurs communautés.
En Inde, le taux de scolarisation dans le primaire est de 92 % chez les hommes et de 86 % chez les femmes mais le taux d'alphabétisation reste faible (61 %) car beaucoup abandonnent leurs études en cours de route. La situation est particulièrement préoccupante dans les campagnes du fait de l'exode rural qui touche essentiellement les jeunes.
En 1972, Sanjit Bunker Roy décide de créer une vaste université en zone rurale pour "démythifier" la technologie et valoriser les idées et les aptitudes des villageois pauvres. L'objectif du Barefoot college ("collège aux pieds nus") est alors de permettre à ces populations défavorisées d'acquérir des connaissances techniques qui leur permettront de se développer par elles-mêmes, tout en intégrant la dimension environnementale.
Le Barefoot college est né en 1972, dans le village de Tilonia au Rajasthan. C'est dans le courage, la détermination et la dignité des plus pauvres que Sanjit Bunker Roy, le fondateur, a puisé son inspiration. Il souhaitait valoriser leurs compétences et leur philosophie en s'appuyant sur le mode de vie simple, prôné par Mahatma Gandhi.
Pour ce faire, il fait l'acquisition en 1972 d'un sanatorium à l'abandon et parachève en 1989 avec 12 architectes ruraux le plus vaste centre universitaire et d'actions sociales en Inde, fonctionnant exclusivement à l'énergie solaire. Le Barefoot s'étend maintenant sur 7 400 m2 et a été entièrement construit par la population locale avec des matériaux bon marché. Le centre ne délivre aucun diplôme mais propose un apprentissage perpétuel, où les jeunes deviennent tour à tour étudiants et professeurs. Les technologies enseignées sont variées : fabrication, contrôle et entretien de panneaux solaires, construction de réservoirs d'eau potable ou de pompes à main, etc.
Tous les équipements propres à l'énergie solaire sont élaborés dans l'université par les techniciens appelés "ingénieurs solaires aux pieds nus". Ces derniers sont formés dans le centre et diffusent ensuite les techniques apprises dans d'autres régions d'Inde. 200 hommes et 42 femmes "ingénieurs solaires" ont déjà été répartis dans 16 Etats d'Inde pour fabriquer, installer, réparer et entretenir des unités solaires individuelles dans 500 villages. Les familles payent en retour une contribution mensuelle pour la réparation et la maintenance des unités.
Face au succès du Barefoot college, 13 Etats indiens ont copié l'établissement, permettant ainsi à 75 000 jeunes et enfants du pays de suivre des formations qualifiantes.
Grâce auxquelles, 750 000 villageois bénéficient d'accès à l'eau potable suite à l'installation de 1 800 pompes à main et 80 000 personnes disposent d'un éclairage par panneaux solaires leur procurant trois heures de lumière solaire chaque soir. Avec cet apport en électricité, le Barefoot college a créé dans six Etats d'Inde, 250 écoles de nuit destinées à 4 000 jeunes filles et à 2 250 garçons.
Ces structures proposent un cursus de cours du soir de cinq ans. La lecture et les mathématiques, les techniques d'élevage et d'agriculture en constituent les principales disciplines. Sur le plan social, le centre propose également des programmes éducatifs sur la santé et les droits de l'Homme, et entend redynamiser l'artisanat local. Chaque année, 100 000 villageois assistent à des spectacles traditionnels de marionnettes abordant des thématiques sociales. Depuis 1981, 2 500 animateurs sont intervenus dans 3 800 villages, auprès de 360 000 spectateurs.
Le Barefoot essaime
Wangari Maathai, prix Nobel de la paix 2004, en est convaincue :
lutter pour la protection de l'environnement, c'est contribuer efficacement au développement économique et social du Kenya.
Et le phénomène se vérifie dans tous les pays du monde, riches et moins riches. Selon le Bureau international du travail, "des emplois décents, combinant une forte productivité de la main-d'œuvre avec une réelle efficacité économique et de faibles émissions en GES, contribueront à garantir de bonnes conditions de vie et niveaux de revenus, tout en ayant des effets positifs sur la croissance et le climat".
Le Barefoot college est à cet égard exemplaire : aujourd'hui, 75 000 jeunes travailleurs de l'écologie y ont été formés, et le concept s'exporte dans le monde entier (Afghanistan, Éthiopie, Gambie, Sierra Leone, Cameroun, Bolivie, Sénégal et Mali). Demain, ces jeunes experts aux pieds nus se compteront sans doute en millions...
Jeanne Beutter, Reporters d'espoirs
en savoir plus sur : http://www.barefootcollege.org







