Ces Malgaches qui ont la pêche… durable le 16.10.09
Andavadoaka. Un petit village de pêcheurs au sud-ouest de Madagascar (océan Indien) que rien ne prédestinait à devenir connu. Rien, si ce n'est la volonté d'un biologiste anglais et de la population locale : bien décidés à venir au secours de la barrière corallienne et des pieuvres qui y évoluent, ils ont appuyé la création de nombreuses aires marines protégées sur la côte. Un sacré coup de poulpe !
C'est sur la côte ouest de Madagascar que les plongeurs viennent admirer l'une des plus importantes barrières coralliennes du monde. Cette zone, qui abrite une biodiversité exceptionnelle est aussi réputée pour ses eaux poissonneuses. Un écosystème qui se dégrade d'année en année sous la triple action du réchauffement global, des pollutions en tous genres et d'une pêche intensive et destructrice.
Une étude menée par 372 chercheurs de 96 nationalités pour le compte des Nations unies en 2008 estime que seulement 46 % des récifs coralliens mondiaux sont aujourd'hui "en bon état", mais fortement menacés.
Dans la région côtière du sud-ouest de Madagascar, 70 % de la population locale dépend de la pêche. Malgré des méthodes artisanales ancestrales, le développement de l'exportation commerciale des produits de la mer entraîne la surexploitation. Menacés de voir disparaître leurs ressources, les pêcheurs locaux, aidés par l'Organisation non gouvernementale anglaise Blue Ventures, ont décidé de mettre en place leurs propres mesures de gestion de pêche en 2004.
L'extinction : une épée de Damoclès au-dessus de la tête des pieuvres d'Andavadoaka. C'est le triste constat que fait en 2003 Alasdair Harris, un biologiste anglais spécialiste des récifs coralliens.
Constatant auprès des Vezo (terme malgache signifiant "ramer" pour désigner les pêcheurs à bord des pirogues) la diminution en taille et en nombre des poulpes, le scientifique alerte la population locale quant au risque de surexploitation de l'espèce, qui compte pour 70 % dans le revenu local issu des produits marins. Or, la survie de ce petit village de 1 200 habitants, situé sur la côte ouest de Madagascar, repose essentiellement sur les ressources maritimes, aussi bien pour son alimentation que pour son revenu quotidien et son identité culturelle.
En 2004, face à la menace de pauvreté planant sur son village, le chef Roger Samba promulgue une dina, loi locale, interdisant pendant sept mois la pêche au poulpe dans un rayon de 20 ha autour du récif de Nosy Fasy, situé à 7 km du village. Les autres espèces ne sont pas concernées. Malgré la forte fréquentation de cette zone, cette mesure n'entraîne qu'une diminution d'activité des pêcheurs de l'ordre de 15 %. Pour empêcher la fraude, un gardien est employé par la coopérative de pêche locale.
Plus de 800 pieuvres ont été capturées le premier jour de la réouverture de la zone protégée du récif de Nosy Fazy, en juin 2005 : huit fois plus que le nombre moyen de pieuvres prises dans la région avant la fermeture de la réserve ! De plus, la fermeture temporaire du récif a permis de doubler le poids moyen de la pieuvre à Nozy Fazy et donc d'augmenter la capture moyenne de 2,2 à 4 kg par pêcheur et par tournée.
Revers de la médaille : l'abondance de pieuvres a attiré de nombreux pêcheurs des villages alentour, menaçant ainsi de ruiner les efforts entrepris. Rien qu'après six semaines, les données prélevées par les scientifiques sont revenues au niveau enregistré avant la fermeture. La seule solution consiste à élargir le nombre d'aires marines protégées aux autres villages de la région et à mettre en place une fermeture temporaire annuelle aux mêmes dates pour tous, afin que chaque communauté puisse en tirer des bénéfices sur son propre récif.
Ainsi, en 2008, Andavadoaka et onze autres villages décident de fermer temporairement et simultanément leur aire marine protégée à la pêche au poulpe pendant trois mois et demi. Une durée encore plus longue que la fermeture annuelle de six semaines imposée par le gouvernement malgache en 2005, suite au succès de l'expérience d'Andavadoaka.
Partenaires : société exportatrice régionale Copefrito, Wildlife Conservation Society,
Institut halieutique des ressources marines de Madagascar
Apprendre à se raisonner.
Plus il y a de bouches à nourrir, plus il faut pêcher et plus les ressources en poulpes diminuent. Une réalité qui fait dire à certains experts que la planète ne suffit pas à nourrir tout le monde... à moins de changer de comportement.
C'est ce qu'ont choisi de faire ces villages malgaches : en prenant le temps de comprendre les cycles naturels de reproduction des poulpes, ils ont renversé la vapeur et "repeuplé" leur aires de pêche. Quant à l'aspect solidaire, il est ici essentiel : le dispositif a fonctionné uniquement parce que tous les villages du coin ont adopté la même démarche !
Changer de comportement, c'est bien ; le faire ensemble, c'est mieux !
Alistair Harris, Fondateur et directeur de recherches de Blue Ventures







