Ecobonheurs à l'italiennele 16.10.09
Ah les Italiens ! Criards, désorganisés et gaspilleurs : les stéréotypes ont bon dos. Que ce soit à Naples ou à Milan, on peut rencontrer des Italiens qui sont faits d'une autre pâte : les adhérents du dispositif "Bilanci di giustizia" ("Bilan de justice"). Plus de cent familles dans une quarantaine de villes de la péninsule ont décidé de se responsabiliser et de s'orienter vers une consommation plus équitable et solidaire. Pas facile en temps de crise, direz-vous, mais pas impossible...
En Italie, le montant annuel dépensé par habitant en produits issus du commerce équitable est le plus bas d'Europe : 1,70 € en moyenne¹. Ensuite, 79 % des Italiens se sont rendus au travail en conduisant un véhicule privé en 2006. Enfin, la même année, chaque famille a dépensé en moyenne 2 461 € par mois dont 467 € en produits alimentaires et 1 994 € en produits de consommation divers².
Le dispositif "Bilanci di giustizia" cherche à responsabiliser au quotidien la consommation des familles italiennes.
¹ Univeristà cattolica di Milano, 2006
² Istituto nazionale di statistica-Istat, 2007
Le dispositif "Bilanci di giustizia" ("Bilan de justice") est lancé en 1998 en Italie, à l'initiative de l'association "Beati costruttori di pace" ("Bienheureux bâtisseurs de paix") pour promouvoir la consommation responsable et solidaire.
Les individus ou familles qui adhèrent à la campagne s'engagent à revoir de A à Z leur comportement de consommateurs à travers un outil permettant d'évaluer les dépenses mensuelles et annuelles. Chaque mois le "bilancista" doit remplir soigneusement une fiche de budget avec toutes ses dépenses : alimentation, transports, frais, épargne. Sur la fiche, à côté de chaque entrée, on trouve deux cases, l'une pour les dépenses "traditionnelles", l'autre pour celles "déplacées" vers des formes de consommation plus durables.
L'objectif est donc double : d'un côté mieux suivre et maîtriser ses dépenses dans le but de les réduire ; de l'autre responsabiliser sa consommation en la déplaçant vers des produits et services équitables et durables. Les moyens pour y parvenir sont variés : filières courtes, moyens de locomotion propres, autoproduction de nourriture, etc.
Les familles membres du programme se réunissent régulièrement dans des comités locaux pour discuter de leurs avancées et pour proposer de nouveaux défis. A la fin de l'année, elles remplissent un bilan annuel résumant leurs dépenses et le pourcentage de consommation "déplacée". Sur la base de ces bilans, une régie centrale rédige un rapport annuel dressant les résultats et l'évolution du dispositif qui est ensuite présenté lors d'une réunion publique.
L'effort demandé à ces 113 familles dans 41 villes d'Italie (surtout au Nord) est très important. En 2007, 48 familles ont renvoyé le rapport annuel et au moins une fiche mensuelle, 44 ont rempli le seul rapport annuel.
La comparaison des résultats contenus dans le rapport 2007 et les moyennes nationales montre notamment une réduction des dépenses de 15 % (résultant d'une réduction entre 15 % et 52 % sur tous les postes du bilan et d'une croissance de 70 % des dépenses en divertissement et culture). En 2007, la partie de consommation "déplacée" vers l'équitable représente un tiers des dépenses annuelles.
Parmi les objectifs fixés, les coordinateurs constatent que des progrès sont encore envisageables pour ce qui concerne la conscience et la constance des participants, la précision dans la rédaction du "bilan" et l'épargne solidaire.
Un "bilan juste", c'est dur à gérer, c'est vrai. C'est très contraignant, on est tous d'accord. Mais cette poignée de familles italiennes nous montrent que le développement durable passe avant tout par nos actes quotidiens : il n'y a pas de solution-miracle.
En revanche, si nous sommes prêts à remettre en question nos modes de vie et nos habitudes, nous pouvons apprendre à savourer la vie autrement. Personne n'est obligé de partir à la campagne vivre sous une tente.
Le « bilancista » montre qu'avoir une consommation responsable c'est trouver la bonne répartition, le juste équilibre tout en continuant à se faire plaisir. Mais n'oublions pas que la solidarité et l'entraide sont les moteurs de ces pionniers. C'est ensemble qu'ils se remettent en question et relèvent chaque jour de nouveaux défis.
Andrea Parachanni, Reporters d’espoirs
en savoir plus sur : http://www.bilancidigiustizia.it







