L'art de la Récuple 16.10.09
Il n'est peut-être pas si lointain, le jour où l'on vendra sous la coupole du Grand Palais de Paris des pots de yaourts ou des vieux tissus remisés à la cave. C'est en tous cas l'ambition de l'association et entreprise d'insertion Extramuros. Deux structures en un seul nom pour un unique objectif : récupérer les déchets des entreprises et les transformer en objets d'art. Ironie du sort : ils sont exposés dans ces mêmes entreprises qui les ont produits ou rachetés pour être offerts. Le Grand luxe.
La production française de déchets non-dangereux des entreprises s'est élevée à 21,7 millions de tonnes en 2004. Cinq régions, dont l'Ile-de-France, sont à l'origine de 43% de ces déchets ¹.
Parmi les 168 entreprises d'insertion recensées en Ile-de-France en décembre 2008, seules 5,4% s'occupent de récupération et de recyclage ².
L'objectif de l'initiative Extramuros est de produire des objets de qualité à partir de matériaux de récupération, dans le cadre d'un projet d'insertion sociale.
¹ Ademe - "Evaluation de la production nationale des déchets des entreprises en 2004", février 2006
² Union régionale des entreprises d'insertion d'Ile-de-France, "Aspects structurels", décembre 2008
Sensibiliser au développement durable en donnant une seconde vie aux déchets : c'est l'idée de Jean-François Connan, directeur du développement durable dans une entreprise d'intérim et des designers Rosana Del Prete et Isabelle Pujade, lorsqu'ils créent, en 2005, l'association Extramuros. Ils récupèrent auprès des entreprises métaux, bois de chantier, sacs et bâches publicitaires qu'ils métamorphosent en porte-cartes, luminaires, petite maroquinerie ou encore en mobilier.
Si l'association Extramuros se focalise désormais sur le volet sensibilisation (organisation d'expositions, démonstration de la transformation, jeux de reconnaissance du matériau initial à partir de l'objet final), l'entreprise d'insertion, "filiale" de l'association éponyme créée en 2008, coordonne les activités commerciales et la modification des objets récupérés. Elle embauche pour cela d'anciens chômeurs de longue durée, qui bénéficient en parallèle d'un accompagnement social et d'une aide à la recherche d'emploi dans divers secteurs (tri, confection, menuiserie, etc.).
Suprême succès pour Extramuros : plusieurs de ses partenaires se montrent intéressés par le rachat des objets issus de leurs propres déchets en vue de les revendre ou de les offrir à leurs clients et employés.
Depuis 2005, une cinquantaine d'objets ont été imaginés à partir de matériaux de récupération, vendus entre 5 € (pour un pot à crayon) et 3 000 € pour des casiers de tri transformés en secrétaires design. Les profits réalisés sont intégralement réinvestis dans l'atelier d'insertion. Une personne était sous contrat (CDD) en 2008 et deux autres doivent être recrutées en 2009.
Extramuros, c'est du quatre en un : une déco tendance, des économies d'argent (puisqu'on valorise des déchets, plutôt que de racheter de nouveaux objets), un geste pour la planète (qui n'aura pas à engloutir des tonnes de déchets récupérés) et un tremplin vers l'emploi pour des chômeurs-artistes.
Une façon de montrer, à ces personnes comme à la société, que travailler c'est aussi remettre le beau au cœur d'une vie. Une façon aussi d'alerter chacun de nous sur la possible réutilisation d'un objet. C'est l'objectif d'Extramuros, qui expose les objets récupérés et transformés dans les entreprises mêmes qui voulaient s'en débarrasser.
Dans un monde où la moitié des habitants de la planète manque des produits de première nécessité, il nous faut réapprendre ce qui devrait être une évidence : ne pas gaspiller, penser à recycler. Et participer ainsi à la réduction du volume de déchets et à la préservation des ressources naturelles.
Amaury Guillem, Reporters d’Espoirs
en savoir plus sur : http://www.extramuros-paris.com







