Les prisonniers font le trile 13.10.09
Sortir de prison, sans emploi, ni logement, ni famille. La solitude contraint souvent les anciens détenus à la récidive, perçue comme leur seule chance de survie. Une situation assez fréquente, surtout dans les cas de délits : on est parfois mieux logé, nourri et blanchi en maison d'arrêt que dans la rue. Pour casser ce cercle vicieux, une entreprise de gestion des déchets de Lille forme les prisonniers durant leur détention pour les embaucher à la sortie. Deux bonnes raisons de se lever le matin : travailler et agir pour l'environnement. Résultat : le taux de récidive a chuté de... 76 %¹ !
¹ Annuaire statistique de la justice, édition 2007
Les données les plus récentes sur les taux de récidive datent de 2005 : cette année-là, 30, 1 % des condamnés pour délits étaient en situation de réitération, contre 31 % en 2004. Soit un tiers des détenus. Un taux qui reste élevé et s'explique en partie par leur manque de qualification : 49 % étaient sans diplôme en 2007². En installant un atelier de tri des déchets dans la maison d'arrêt de Loos, l'entreprise Triselec prépare la réinsertion professionnelle des détenus pour éviter que ceux-ci ne récidivent.
² L'administration pénitentiaire en chiffres, Direction de l'administration pénitentiaire, 1er janvier 2008
Alors qu'ils purgent leur peine (entre six et neuf mois en moyenne), des détenus sont sélectionnés par le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). L'idée: leur proposer de suivre un stage de trois mois dans un atelier pédagogique de tri des déchets, encadrés par deux tuteurs de Triselec. Une vie qui recommence dès la prison. Une fois sortis, ils sont embauchés par l'entreprise en CDD de six mois.
"Nous ne sommes donc pas une entreprise d'insertion, précise Patrick Vandamme, directeur de la production, mais une entreprise classique qui fait de l'insertion."
A la fin du contrat, une cellule dédiée au placement des anciens salariés dans des entreprises locales accompagne les ex-détenus dans leur recherche d'emploi. Une aide qui porte également sur le logement et la mobilité.
Ce dispositif coûte à Triselec 87 000 € par an, dont 68 000 € proviennent de l'Etat, qui rémunère l'entreprise en tant qu'organisme de formation.
Entre 2003 et 2008, 200 détenus ont été formés, puis embauchés par Triselec. Parmi eux, 150 sont aujourd'hui embauchés dans d'autres entreprises, en CDD ou CDI, 30 sont en formation et 20 sont sans emploi.
Grâce à cette réinsertion professionnelle réussie, le taux de récidive des détenus concernés par ce dispositif est inférieur à 12 %, contre 50 % en moyenne pour la maison d'arrêt de Loos. Soit 76 % de récidives en moins ! Un succès qui a valu à Triselec, le Prix d'action citoyenne 2005, remis par le réseau Alliances.
Proposer des formations professionnelles ou des emplois en prison n'est pas si rare. Mais l'intérêt de l'initiative Triselec réside dans la combinaison de l'insertion professionnelle des anciens détenus avec la préservation de l'environnement. Car les trieurs sont tout simplement ceux qui réalisent manuellement la séparation des produits de la collecte sélective des ménages, avant qu'ils ne soient recyclés.
En bout de chaîne, leur travail aura permis de donner à ces matières une seconde vie, comme quand un journal devient une boîte d'œufs, et d'éviter, par là, l'exploitation de ressources naturelles. Il est assez intriguant de réaliser que la prison devient alors un espace de sensibilisation à l'écologie !
D'autant plus que, depuis 2008, Patrick Vandamme a obtenu que soient mises en place des poubelles de tri dans les cellules. Quoi de mieux, pour reconstruire une personne fragilisée, que de lui montrer qu'elle a la capacité de rendre service à la planète et à ceux qui la peuplent ? Plutôt qu'un assistanat à sens unique, Triselec crée un échange entre le prisonnier, la planète et la société. Rien de tel pour, non pas lui redonner, mais lui révéler une dignité qu'il n'a jamais perdue.
Reporters d'espoirs







