Chambray : une chaufferie pour deux
Travailler demain
Du bois, l’Association Entr’Aide Ouvrière n’en manque pas. Basée en Touraine et spécialisée dans le recyclage de palettes de manutention, elle souhaite tirer profit des déchets de son activité pour insuffler un peu de chaleur dans ses locaux. Problème : une chaufferie à bois est un investissement trop lourd à porter seule. Un rapprochement avec la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire, installée à quelques pas, permet de concrétiser le projet. En 2006, les deux structures inaugurent leur chaufferie commune. En plus de la chaleur, cette dernière fournit des emplois aux personnes en difficulté de la région.
Le bois ne réchauffe pas… le climat
Doit-on pour se chauffer, obligatoirement participer au réchauffement climatique ?
Des alternatives existent, qui permettent de relever la température intérieure sans faire fondre la banquise. Le bois en fait partie. Ressource durable et renouvelable, sous forme de bûches, granulés ou palettes, sa combustion ne nuit pas à l’environnement puisque la quantité de CO? émise est absorbée par les arbres de remplacement, ceux-là même qu’on replante pour remplacer ceux que l’on brûle. Le recyclage et la valorisation des déchets de la filière bois contribuent pour leur part au soutien d’entreprises agricoles et au développement d’un secteur en devenir, forcément pourvoyeur d’emplois, accessibles sans qualification particulière. La Chambre d’Agriculture l’a bien compris, qui en s’associant à ce projet écologique, économique et social, a joué à plein son rôle de catalyseur et de moteur du développement économique de la filière bois dans la région.
Enjeux et objectifs
L’utilisation du bois comme source d’énergie est bénéfique pour l’environnement, l’emploi et l’économie. Deuxième énergie renouvelable après l’hydraulique en France, il fournit 4 % de la production totale d’énergie.¹ De plus, le chauffage au bois n’émet que 40 kg de CO?/MWh ², contre respectivement 466, 234 et 200 kg de CO?/MWh pour les chaufferies au fioul, au gaz et à l’électricité. Il représente par ailleurs 20 000 emplois en France³.
L’objectif de cette initiative est de mettre la valorisation des déchets d’une entreprise au service de la réinsertion par l’activité économique et du développement d’un secteur émergent.
Actions et modalités
Engagée depuis 1948 dans la lutte contre les injustices sociales et la pauvreté, l’Association Entr’Aide Ouvrière accueille des personnes en situation précaire et les accompagne vers une autonomie durable. Cela passe notamment par un chantier d’insertion, ouvert en 1982, et dédié au recyclage de palettes de manutention. Ces dernières y sont transformées en granulés de bois destinés à la vente. En juillet 2003 se pose la question de profiter des déchets de cette activité pour chauffer les locaux de l’association. Toutefois, l’investissement dans une chaufferie s’avère trop lourd pour elle seule. La solution : un rapprochement avec la Chambre d’Agriculture, dont les bureaux sont voisins de ceux de l’association. La première chaufferie collective à bois déchiqueté du département entre en service le 15 décembre 2006 à Chambray. Elle alimente à la fois les locaux d’Entr’Aide Ouvrière et ceux de la Chambre d’Agriculture. Cette initiative repose sur les trois piliers du développement durable :
- Environnemental. Préférer 4m³ de bois à son équivalent en pétrole (soit une tonne) permet d’éviter le rejet de 2,5 t de CO?.
- Social. La chaufferie achète des heures de main-d’œuvre au chantier d’insertion, pour assurer son fonctionnement. Si cette filière nécessite quatre fois plus d’emplois que celles du gaz ou du pétrole, elle ne requiert pas de qualification particulière pour effectuer petit bûcheronnage, broyage, manutention, transport ou logistique. Le passage successif par ces différents postes permet aux travailleurs en insertion, issus de la population locale, de suivre un parcours de formation cohérent.
- Economique enfin. L’opération a coûté 520 000 €, pris en charge par des partenaires privés et publics. Si le coût d’une telle installation est élevé, le prix du kWh bois, inférieur à celui des énergies fossiles, permet d’envisager, grâce aux économies réalisées, un retour sur investissement en 5 à 10 ans.
Résultats
D’une puissance de 320 kW, la chaufferie consomme annuellement 160 tonnes de déchets de palettes de bois de manutention. Un emploi et demi équivalent temps plein a donc été créé. Une première convention de cinq ans à compter de 2006 prévoit que la Chambre d’Agriculture paie son approvisionnement en chaleur au prix du gaz, tandis qu’Entr’Aide Ouvrière bénéficie d’une remise de 20 %. La raison en est un investissement financier initial plus important de la part d’Entr’Aide Ouvrière que de la Chambre d’Agriculture. Au terme de ce contrat, quand les deux parties seront enfin paritaires, elles paieront le même prix, celui réel du chauffage au bois. La chaufferie fait régulièrement l’objet de visites, de la part de groupes scolaires ou encore de collectivités intéressées par la reproduction de cette initiative.
¹ Ademe, guide pratique "De la forêt à votre foyer, le chauffage au bois", octobre 2008
² MWh = Mégawattheure = 1 millier de kilowattheures
³ Ademe, dossier de presse "Le bois, une énergie d’avenir pour les particuliers", mai 2006
Lisa Azorin
Agence d’informations Reporters d’Espoirs
EN SAVOIR PLUS: www.entraideouvriere.org






