des jeunes handicapés cultivent la biodiversité
Travailler demain
Au nord-ouest de l’Argentine, dans la province de Jujuy, un jardin écologique a été mis en place en 2007 par de jeunes handicapés de la ville de Monterrico. Ce projet a vu le jour grâce à la fondation argentine Integrar, spécialisée dans l’insertion des handicapés, et l’association française Transhumans, qui œuvre pour l’éducation aux cultures d’Amérique du Sud et à l’environnement. Il a permis à 12 jeunes handicapés de trouver une activité rémunérée et d'aider leurs familles en rapportant chez eux des fruits et des légumes.
La nature, vecteur de lien social
Isolés par leurs troubles mentaux et physiques, les personnes atteintes de handicap ont davantage besoin d’être valorisés pour leurs compétences. Encore faut-il leur offrir l’occasion de les exploiter. L’intérêt des Jardins de Montericco réside dans le fait que ces jeunes hommes et jeunes femmes ont entre leurs mains la responsabilité d’êtres vivants, fragiles et dépendants de leur vigilance. Cela favorise une vraie intégration sociale et même professionnelle, dans un secteur d’avenir, celui de la protection de l’environnement.
Enjeux et objectifs
Le handicap touche 10 % de la population mondiale et, dans la plupart des pays développés, le taux officiel du chômage des personnes handicapées en âge de travailler est au moins deux fois supérieur à celui des personnes valides. En Argentine, il serait proche de 91 %¹. ?A Monterrico, ville de 17 000 habitants située dans la province Nord de Jujuy, l'hôpital local recense 342 personnes handicapées. Comme les autres, elles peuvent aller à l’école jusqu’à l’âge de 14 ans mais n'ont ensuite pas la possibilité de commencer un métier où de partir faire des études. Etant considérées comme "inutiles" pour la communauté, elles restent le plus souvent à la maison et sont un poids pour leur famille.? L’objectif de la fondation argentine Integrar et de l’association française Transhumans est de valoriser le travail de jeunes handicapés en leur proposant de participer à la création d’un jardin écologique.
Actions et modalité
Au cœur de la province de Jujuy et de ses champs de tabac, des jeunes handicapés mentaux et physiques entretiennent depuis mai 2007 un jardin écologique renfermant des espèces locales oubliées. Ce projet est le fruit de la mise en commun des compétences de deux associations, Integrar et Transhumans, permettant la réalisation de ce carré de verdure, destiné à occuper des jeunes écartés de toute vie sociale et professionnelle. Deux fois par semaine, accompagnés de quatre bénévoles, ils sont 12, âgés de 14 à 22 ans, à aller travailler dans le jardin. Avec son verger, son potager et sa pépinière, le lopin de terre d’un hectare (cédé par le gouvernement de la province de Jujuy) regorge de plantes locales aux vertus médicinales ou nutritives. Ces espèces ancestrales sont cultivées par le biais de techniques agricoles biologiques et les apprentis jardiniers apprennent à connaître les bienfaits de chacune d’entre elles. Le "Lapacho Rosado", un arbre natif du Nord-Ouest argentin, est par exemple très efficace pour soigner les maladies du rein et de la vessie.?Au mois de décembre, le jardin a ouvert ses portes aux enfants d’une école primaire de Monterrico de sorte que, accompagnés d'animateurs, ils apprennent à reconnaître les richesses de la biodiversité locale, intimement liée à la culture indienne et ancestrale de la région, la culture kolla.
A l’avenir, le projet devrait être entièrement pris en charge par Integrar. Elsa Beatriz Puricelli, directrice de la fondation, aimerait développer la commercialisation de certaines plantes comme les champignons et des espèces natives de la pépinière. Un poulailler destiné à la vente d’œufs va aussi être mis en place grâce à l’Institut national des technologies agronomes (Inta Perico) qui leur a offert 40 poussins. Depuis 2007, la fondation a touché 58 000 pesos (13 437 €) de subventions de l’Etat argentin. Côté français, Transhumans a envoyé deux étudiants bénévoles à Monterrico pour mettre en place et entretenir le jardin et a investi 600 € des bénéfices réalisés sur les voyages solidaires qu’elle organise parallèlement au projet. Le Rotary Club a également versé la somme de 300 €. Cet argent a permis aux français d'acheter des fournitures pour le suivi pédagogique des écoliers
Résultats
En contrepartie de leur travail, les jeunes handicapés reçoivent une subvention symbolique de 150 pesos par mois (50 €) prélevés sur les fonds octroyés par l’Etat argentin. Ils peuvent aussi rapporter des fruits et des légumes chez eux, ce qui soulage leurs familles économiquement. ?Cette activité de jardinage leur permet aussi d’entretenir leur développement psychomoteur. Ainsi, à force de travail, David, un jeune trisomique, est devenu parfaitement autonome dans le jardin. Traumatisé suite à un grave accident de voiture, Alfonso a quant à lui longtemps refusé de s'entraîner à marcher. Se rendre dans le jardin lui a peu à peu redonné confiance dans ses capacités à progresser. ?Le jardin est aussi devenu un lieu d’échange privilégié et d'apprentissage de la tolérance entre enfants valides et handicapés, depuis que des écoliers peuvent le visiter.
¹ Site des Nations Unies sur le handicap, "Enable", Droits et dignité des personnes handicapées, 2008
Philippine de Clermont-Tonnerre
Agence d’informations Reporters d’espoirs
EN SAVOIR PLUS:http://transhumans.free.fr






