Les éco-reportages

La Saint-Jacques, une coquille sous haute protection

Dans la Baie de Saint-Brieuc, on la surnomme l’or blanc. Reine parmi les mollusques, la coquille Saint-Jacques fait l’objet d’une pêche strictement réglementée par… les pêcheurs eux-mêmes ! Dès 1970, conscients de sa survie fragile, les professionnels de la mer locaux se sont réunis autour d’un objectif : préserver l’espèce, grâce à la mise en place d’une batterie de mesures inédites. Résultat : la baie affiche aujourd’hui un des meilleurs rendements de l’Hexagone et des stocks maintenus.

 

Pêcher responsable

Photo de coquille Saint-Jacques
 
Des scientifiques et des pêcheurs travaillant main dans la main pour sauvegarder une ressource maritime, voilà qui est remarquable. Ne se contentant pas de l’arrêté ministériel qui autorise la pêche de la coquille Saint-Jacques seulement d’octobre à mai (l’espèce n’étant pas sous quotas européens, la France est le seul pays du continent à s’interdire de pêcher  la coquille en été), ces professionnels ont misé sur l’avenir en fixant des règles plus strictes que partout ailleurs...

Ce travail d’équipe, exemplaire d’un point de vue écologique et humain, gagnerait à se développer au sein d’autres pêcheries. Il y a urgence : seule une pêche limitée et encadrée, telle qu’elle est pratiquée dans la Baie de Saint-Brieuc, permettra de concilier exploitation et conservation des ressources.

 

 

 

Enjeux et objectifs

En 2006, la production mondiale des pêches de capture (à différencier de l’aquaculture) s’établissait à 92 millions de tonnes, contre 20 millions en 1950. Aujourd’hui, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que 52% des espèces pêchées sont pleinement exploitées, 19 % sont surexploitées,  8 % épuisées¹. ?Parmi les espèces menacées figure la coquille Saint-Jacques. De 12 500 tonnes en 1972, la production en Baie de Saint-Brieuc est tombée à 1 200 tonnes en 1990. Un appauvrissement alarmant qui a poussé les pêcheurs locaux à limiter leur activité pour préserver la ressource.

 

Actions et modalités

Dans les années 1960, les pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc assistent à la disparition progressive de la praire, pour cause de surpêche. Ils prennent alors conscience de l’urgence de gérer les ressources halieutiques. La préservation de la coquille Saint-Jacques, pêchée dans la baie depuis 1963, devient une des priorités de Georges Pierron. A l’époque président de la Fédération française des syndicats professionnels maritimes, ce naviguant professionnel est à l’origine de la commission Coquillages, instaurée en 1970 au sein de l’Organisation interprofessionnelle des pêches maritimes et des élevages marins. Cette structure lui permet  de mettre en place une réglementation propre à la Baie de Saint-Brieuc, dans l’unique but de gérer le gisement local de coquilles Saint-Jacques. Dès 1973, décision est prise d’instaurer des licences afin de limiter les bateaux autorisés à pêcher la coquille à 400. Une mesure inédite dans le monde de la pêche française.?Avec la création du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins ainsi que des comités de pêche régionaux et locaux en 1992, une nouvelle batterie de mesures est dictée par les professionnels. Le Bureau de la Baie de Saint-Brieuc fixe alors ses propres dates d’ouverture et de fermeture de la campagne de pêche, en se basant sur une étude de l’Institut français de recherche pour l‘exploitation de la mer (Ifremer). Chaque année, au mois de septembre, un chercheur évalue le gisement de coquilles et propose aux pêcheurs un quota annuel indicateur. A partir de cette recommandation, le Bureau établit le calendrier des pêches. Autrefois illimitées 7/ 7 jours et 24/24 heures, elles sont désormais cantonnées à deux jours par semaine, pour une session journalière de 45 minutes. Un temps de pêche très court pouvant inciter certains pêcheurs à resquiller. Pour les en empêcher, les professionnels ont mis en place leur propre système de surveillance. Là encore, ne se limitant pas à la surveillance administrative, la structure professionnelle loue chaque saison un avion pour que les Affaires maritimes puissent contrôler les temps de pêche. Un outil hautement efficace, financé grâce à l’argent des rachats de licences (entre 117 et 340 € par an selon la puissance du bateau) opérés en cas de fraude.?Après chaque sortie en mer, les marins sont tenus de passer par la criée pour peser leurs productions. Cette comptabilité permet au Bureau de fixer la date de fermeture de la pêche en se référant au quota annuel préalablement indiqué par l’Ifremer.

 

Résultats

En 2008, le quota annuel recommandé par l’Ifremer était de 4 800 tonnes. Une fois de plus, le contrat passé avec les pêcheurs a globalement été respecté puisque 5 000 tonnes de coquilles Saint-Jacques ont été pêchées. Le système de surveillance mis en place a donné lieu à 56 remises de PV, suivies de 53 retraits de licence sur 250. Ce sont ainsi 20 % des pêcheurs qui ont été sanctionnés pour avoir dépassé l'horaire imparti. Leur pêche est comptabilisée dans les 5 000 tonnes annuelles.?Depuis la fin des années 1990, les résultats de campagne d’évaluation du stock de coquilles Saint-Jacques de la Baie de Saint-Brieuc, font état d’un fort niveau de productivité continu. Néanmoins, le dernier rapport de l'Ifremer pointe un potentiel exploitable en diminution : de 27 350 tonnes en 2006, ce dernier est passé à 19 030 tonnes aujourd'hui, soit moins 30 % en deux ans. Les prochaines campagnes de pêche devraient donc se faire selon un plus faible quota.

 

¹ Rapport 2008 sur "La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture"
² Rapport sur la coquille Saint-Jacques de l’agence de développement économique et 
  territorial CAD22/Côtes d’Armor Développement

Marie-Claire Ganesco
Agence d’informations Reporters d’Espoirs