Les éco-reportages

que des jardiniers

Travailler demain

Des personnes brisées par la vie, employées comme maraîchers bio; des paniers de légumes distribués chaque semaine; des consommateurs adhérents qui ne choisissent pas leurs produits… Lorsque Jean-Guy Henckel ouvre le premier Jardin de Cocagne en Franche-Comté en 1991, peu croient à la pérennité de son modèle d’insertion. Dix-huit ans après et 97 jardins plus tard, le Réseau Cocagne est parvenu à tisser sa toile dans toute la France, permettant ainsi de faire travailler près de 3 000 personnes et d’approvisionner en légumes issus de l’agriculture biologique plus de 15 000 familles adhérentes.


Des paniers bios qui portent leurs fruits

De l’insertion et du bio : le Réseau Cocagne a tout bon. Au contact des agriculteurs et des consommateurs, les personnes en situation précaire sortent progressivement de l’exclusion, tout en se formant à un nouveau métier. Leur statut de jardinier les valorise d’autant plus qu’il s’inscrit dans une agriculture biologique garantie sans insecticides et sans engrais chimiques. Mais les Jardins de cocagne ne seraient rien sans la solidarité des 15 000 familles adhérentes qui acceptent de payer par avance des légumes qu’elles n’ont pas choisis.

 

Enjeux et objectifs

En 2006, 13,2 % de la population française vivait sous le seuil de pauvreté (revenu inférieur à 60 % de la médiane, soit 880 € par mois) ¹. Bénéficiaires de l’Allocation parent isolé (API) et du Revenu minimum d’insertion (RMI), travailleurs handicapés… Au total, 3, 5 millions de personnes peuvent être considérées comme en difficulté d’après le ministère du Travail, des Relations sociales, de la Pauvreté, de la solidarité et de la Ville ².
En offrant des postes de jardiniers spécialisés à ces personnes en situation précaire, les Jardins de Cocagne contribuent à la fois à lutter contre l’exclusion sociale et économique, et à préserver l’environnement.

 

Actions et modalités

Le Jardin de Cocagne sort de terre en 1991, à Chalezeule (Franche-Comté, France). Premier d’une longue série, il s’appuie sur le principe suivant : redonner un emploi aux personnes en difficulté via la production de légumes bio, distribués sous forme de paniers hebdomadaires à des adhérents consommateurs. ?Réunis au sein du Réseau Cocagne depuis 1999, ces apprentis « jardiniers », âgés de 18 à 65 ans, sont employés sous Contrat d’accompagnement vers l’emploi ou Contrat d’avenir pour deux ans maximum. Payés au Smic, à raison de 24 heures de travail par semaine en moyenne, ils sont encadrés par 450 professionnels, travailleurs sociaux et maraîchers. De la culture en plein champ à la livraison des paniers, en passant par leur préparation, les jardiniers exercent différents métiers et bénéficient en parallèle de formations (premiers secours, alphabétisation, etc.).? Chaque jardin fonctionne avec un budget annuel de 390 000 € en moyenne. Si leur activité première reste le maraîchage biologique, deux tiers des exploitations ont développé une activité de diversification comme la production de confitures ou d’œufs, la participation ponctuelle à des marchés ou encore la vente de plants. Avec la vente des paniers de légumes bio, ces activités constituent 30% des recettes des jardins, 40% provenant des contrats aidés par l’Etat et 30% des collectivités locales. En 2007, 65% des jardins étaient en équilibre ou en excédent.

 

Résultats

En 2009, 97 exploitations maraîchères biologiques de 4 ha en moyenne emploient près de 3 000 personnes en situation précaire : allocataires du RMI, chômeurs de longue durée, handicapés, anciens détenus, etc.
En 2007, une fois leur contrat d’insertion terminé, 30% des employés ont trouvé un emploi (dont 26% en CDI et 28% en CDD supérieur à six mois). Les autres se tournent essentiellement  vers des formations. Seules 15% des personnes redeviennent inactives.?Les Jardins de Cocagne sont devenus victimes de leur succès. Plus de 15 000 familles adhérentes dans toute la France (près de 170 en moyenne par jardin). Des paniers qui séduisent de plus en plus les restaurants, les entreprises ou encore les cantines. Résultat : les personnes en recherche d’emploi et les consommateurs intéressés doivent attendre sur des listes. En 2009, le Réseau Cocagne poursuit son élargissement. Quatre nouveaux jardins s’apprêtent à ouvrir leurs grilles respectivement dans la Drôme, le Finistère, l’Ain et, pour la première fois, en Corse.

¹ Rapport 2008 de l’Insee "France, portrait social"
² Rapport 2007-2008 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale

Marie Claire Ganesco
Journaliste Agence d’informations Reporters d’Espoirs


EN SAVOIR PLUS:www.reseaucocagne.asso.fr