Les éco-reportages

Vert comme le charbon…

Travailler demain

Quand le charbon devient « vert », c’est pour être source de développement socio-économique et environnemental. Dans la région de Saint-Louis au Sénégal, l’ONG Pro-Natura International (PNI) installe en janvier 2008 la toute première machine à "charbon vert" au monde. Moins cher que la brique classique et non-toxique, ce nouveau combustible obtenu à base de résidus agricoles non alimentaires prend place dans la lutte contre la déforestation.

 

L’avenir s’ouvre aux déchets !

Machine Industrielle de l'ONG Pro-Natur au Sénégal de fabrication de fabrication charbon vertDans le contexte environnemental actuel, les déchets sont en passe de devenir la super star de la planète ! Il faut savoir qu’au Sénégal, et dans beaucoup de pays en voie de développement, le bois utilisé pour la fabrication du charbon provient directement des forêts voisines, déboisées pour satisfaire une forte demande. Les populations rurales sont, pour la plupart, dépendantes du charbon de bois pour cuisiner et se chauffer et lui consacrent un tiers de leur budget. Avec le temps, elles deviennent totalement tributaires de la raréfaction des ressources et de la hausse des prix. Substitués au bois, les résidus agricoles ou sauvages habituellement incinérés rendent alors possible l’affranchissement de ces familles…
Avec ses trois trépieds, gestion soutenable des ressources, solidarité vis-à-vis des plus démunis et préservation de la forêt, cette initiative illustre bien la mise en œuvre du développement durable.

 

Enjeux et objectifs

"Avec 80 000 ha de couvert forestier déboisé chaque année, dont 30 000 ha imputés à la production de charbon de bois, le Sénégal aurait perdu la moitié de sa superficie forestière en 20 ans"¹.

L’objectif de l'initiative de PNI est donc de réduire la dépendance des populations locales au charbon de bois pour l’énergie domestique afin de limiter la déforestation.

 

Actions et modalités

Tout commence en 1992 quand une équipe de chercheurs français, encadrée par l’ONG environnementale PNI, planche sur la fabrication de "charbon vert". Comment produire du charbon à base de résidus agricoles et forestiers ? Après six générations de prototype et 400 000 € investis dans les recherches, la phase d’industrialisation de la machine débute enfin en 2007.
En janvier 2008, PNI met alors en service, au Sénégal, sa toute première machine industrielle (Pyro-6F) consacrée à la fabrication de charbon vert. Le procédé ? Par carbonisation des déchets végétaux habituellement incinérés (résidus agricoles ou biomasse renouvelable comme le Typha au Sénégal), Pyro-6F fabrique des briquettes de charbon vert. Utilisé à la place du charbon de bois classique, il permet de s’affranchir des contraintes de rareté de bois, de lutter contre la déforestation mais aussi de limiter les pollutions intérieures liées à la combustion du charbon de bois dans les foyers puisque le "charbon vert" est non-toxique. La technique fonctionne avec n’importe quel résidu agricole (pailles de roseaux, de blé, de riz, tiges de coton, de mil, cannes de maïs, bambous, etc.) et est donc applicable partout dans le monde.

 

Résultats

Pyro-6F produit 1 tonne de « charbon vert » par jour (objectif pour fin 2009 : 3 tonnes par jour) et fournit 400 familles quotidiennement. Ce sont donc 5 000 tonnes de CO? par an. La machine est par ailleurs quasiment autosuffisante en énergie. ?Bon pour l’environnement, il l’est aussi pour le développement local : 1 kg de "charbon vert" coûte 100 francs CFA (0,15 €). Il est donc 50 % moins cher que le charbon de bois classique. 30 emplois ont également été créés par cette nouvelle filière, dans l’approvisionnement en biomasse, l’entretien de la machine, etc.
Une prochaine machine devrait être installée en Afrique du Sud dans le courant de l’année 2009.

 

¹ Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, Cirad, 2006).

Jeanne Beutter
Agence d’informations Reporters d’espoirs


EN SAVOIR PLUS:www.pronatura.org