Fondation pour la Nature et l’Homme pour la nature et l'homme
Créée par Nicolas Hulot
Reconnue d’utilité publique
 
3.5
 
 

Ma ville rêvée (1/2)Par Françoise-Hélène JOURDA, le 05.01.10

J'étais stupéfaite.
Les images que j'avais gardées en mémoire de la ville de S. dataient des années 20, lorsque j'avais 5 ans et que mes parents venaient juste d'emménager en périphérie du coeur historique, qui était alors la seule zone piétonne de cette ville de quelques dizaines de milliers d'habitants.
Pendant les vingt dernières années, entre 2020 et 2040, tant de choses avaient changé !

D'abord la circulation automobile a disparu de toute la ville.
Les petits véhicules électriques apparus dans les années 2015, que l'on trouvait un peu partout  dans les rues, ne sont plus admis dans le centre ville. Ils s'étaient tellement développés que la sécurité des piétons était compromise. Ce sont enfin les piétons qui sont devenus prioritaires ! Ou les piétons motorisés, VUP (Véhicules UniPersonnels) - comme on les appelle - qui ont remplacé les motos et quads, polluants et dangereux.
Il faut maintenant aller au delà des Portes de la Ville pour pouvoir se déplacer avec des engins plus importants. Le péage a été supprimé depuis les années 30, comme dans la plupart des villes, car beaucoup d'automobilistes préféraient encore payer très cher pour ne pas prendre les transports en commun. C'est aujourd'hui simplement interdit. Les voitures et camions sont tous stockés avant d'arriver aux Portes dans de grands silos à proximité des transports collectifs.
Quand je repense aux embouteillages de mon enfance.... Je ne les regrette pas, bien sûr, mais c'était aussi l'occasion, pour nous les enfants de réclamer bonbons et gâteaux que ma mère conservait sous un des sièges pour nous faire patienter.
C'est toujours étonnant de revenir dans des lieux chers vingt ans après. On est surpris, parfois déçu.  
Quand j'ai pris le tram à la Porte Sud, celui qui circule tout autour de la Ville et emprunte ce qui était autrefois le périphérique, j'étais si étonnée que j'ai fait un tour complet ! Une deuxième voie était réservée aux transports de marchandises. Des containers assemblés sur les rails et qui se détachaient automatiquement pour rejoindre les gares de triage où ils restaient entreposés avant d'emprunter les voies souterraines du métro, ou celles du tram urbain, la nuit à la place des wagons de voyageurs.
Vraiment j'étais fière d'avoir habité dans cette ville. Ce fut la première à mettre en place le transport collectif des denrées alimentaires et autres produits d'équipement et de construction. Il avait fallu beaucoup investir et je me rappelle mon père (encore lui, le râleur) qui pestait contre l'augmentation des impôts locaux ...
Donc, depuis les hublots du tram circulaire automatique, j'eus une vue assez générale de la Ville. Quelle verdure ! Elle avait, je le savais, reçu cette année le label « Ville fertile », mention inscrite en grosses lettres devant chaque Porte de la ville. L'affichage était assez prétentieux, mais il avait remplacé le label « Ville Fleurie » et était la récompense tant attendue après des années de suppression des surfaces bitumées superflues et transformées en jardins parcs et vergers.
On pouvait deviner, derrière les haies, les potagers individuels ou collectifs au pied des immeubles, y compris dans le cœur historique.  Après quelques années de réquisition de tous les espaces délaissés pour les planter massivement, certains habitants s'étaient plaints de la végétation envahissante qui, bien sûr, avait permis à la faune de se développer : rongeurs, insectes, petits prédateurs,.... Il est vrai qu'il avait fallu réguler leur prolifération !
Les comités d'habitants, à l'origine de la création des espaces d'agriculture urbaine,  avaient pris les choses en main et aujourd'hui la fertilisation de la Ville était en bonne voie.

  • envoyer cette page à un ami