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Vivre bien en France en 2020Par Luc Semal, le 11.06.09

En 2020, le monde aura déjà beaucoup changé. Selon toute vraisemblance, les conséquences du changement climatique seront déjà plus perceptibles qu'elles ne le sont aujourd'hui : les phénomènes climatiques extrêmes, comme les sécheresses et les ouragans, seront plus fréquents. En France, les canicules estivales seront peu à peu devenues quasiment routinières. L'abattage des forêts primaires aura continué dans des proportions dramatiques : la forêt tropicale indonésienne, par exemple, aura quasiment disparu. La biodiversité aura poursuivi sa lente érosion, et plusieurs espèces emblématiques auront disparu à l'état sauvage : parmi eux, les tigres et la plupart des grands singes, comme les orang-outang et les gorilles, nos proches cousins ; quelques individus de ces espèces survivront en captivité, en sursis pour quelques courtes décennies. Les ressources halieutiques seront au bord de l'épuisement. Les premiers réfugiés climatiques quitteront leurs terres natales pour frapper à la porte des pays du Nord, déjà fragilisés par leurs problèmes internes. Les ressources pétrolières seront devenues plus rares et plus chères ; peut-être même le pic pétrolier aura-t-il déjà eu lieu. Bref, notre environnement se sera encore considérablement dégradé, par simple inertie naturelle et sociale.
Voilà pour l'inéluctable.

Mais on peut espérer que cette dégradation inéluctable de notre environnement, aussi terrible soit-elle, aura eu une vertu : rendre plus visible la crise écologique globale et faire évoluer la société dans un sens plus respectueux de l'environnement. C'est la logique de la pédagogie des catastrophes : la répétition des crises environnementales sera violente et douloureuse, mais elle favorisera la prise de conscience et encouragera les choix individuels et collectifs en faveur de l'environnement. Alors on peut espérer que la grenouille au bain-marie ne cuira pas à petit feu sans s'en rendre compte, et qu'en 2020, elle aura déjà commencé à réagir. La société étant plus consciente de la crise écologique globale, elle offrira un contexte social plus favorable aux choix individuels entraînant une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce contexte social favorable se concrétisera de différentes façons : évolution des infrastructures, des techniques disponibles, des institutions publiques et privées, des systèmes de taxation... et aussi du regard des voisins, souvent déterminant pour inciter à passer à l'acte, en matière d'écologie comme ailleurs.
Voilà pour ce que l'on peut espérer.

Inéluctable dégradation de l'environnement, mais aussi espoir d'une évolution favorable de la société : voilà le monde de 2020 tel qu'on peut l'imaginer aujourd'hui. Dans ce monde, ces deux éléments, l'inéluctable et le choisi, ne cessent de s'entrecroiser pour faire évoluer la société. Une part des changements nous est imposé par la force des choses, une autre part est décidée par nous pour anticiper et minimiser les crises futures. Tous ces changements vont dans le même sens, celui des « 8 R »: réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler. Bien sûr, en 2020, tout n'ira pas de soi : comme toujours, il y aura des conflits sociaux et internationaux, des affrontements idéologiques ou armés, des décisions stupides ou regrettables, des drames inévitables et d'autres qui auraient pu être évités, des gens de mauvaise foi, des menteurs, des tricheurs... Bref, le monde de 2020 ne sera pas un monde parfait. Il sera un monde « comme un autre », dans lequel, comme d'habitude, les « temps seront durs », et dans lequel des gens essayeront de faire les meilleurs choix possibles pour « vivre bien. » Parfois, nous ferons des choix judicieux, parfois, nous nous tromperons.

Extrait d'un texte original de Luc Semal disponible sur www.epe-asso.org/doc_prix/Rapport%20Luc%20Semal%20Prix%202008.pdf "

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