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Voyager en 2020 Par Luc Semal, le 11.06.09

En 2020, les voyages en avion des particuliers sont devenus rarissimes. En effet, leur prix, qui avait déjà considérablement augmenté lorsque les compagnies aériennes furent intégrées aux mécanismes de quota du Protocole de Kyoto, a littéralement explosé lors du pic pétrolier de 2017. Plusieurs compagnies aériennes ont alors fait faillite, et celles qui ont survécu sont de deux sortes. Il y a d'abord celles qui ont choisi de miser sur le transport de luxe, mais elles sont très critiquées pour leurs tarifs élevés et pour les pollutions qu'elles engendrent. Et il y a celles qui avaient anticipé la crise en misant depuis longtemps sur les économies d'énergie et qui profitent de l'engouement pour le rétro-futurisme.

Pour limiter ses émissions de gaz à effet de serre, Mr Hulot n'a pas pris l'avion depuis 2009. Ce fut pour lui un sacrifice difficile, dans la mesure où il adorait voyager, mais là encore, il s'agissait de savoir s'il allait agir selon son caprice ou s'il allait assumer ses responsabilités vis-à-vis des générations futures. Et il s'est donc décidé à ne plus voyager qu'en Europe et en train... sauf cette année.

Car en cette année 2020, pour leurs 25 ans de mariage, Mr Hulot et sa femme partent pour un mois aux Etats-Unis sans faire exploser leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, ils ont recours à une nouvelle ligne aérienne qui relie Paris et New York en dirigeable. Dans le domaine de l'aviation, le rétro-futurisme s'est traduit par deux grands retours : d'une part, celui des avions à hélice, et, d'autre part, celui des engins plus légers que l'air, c'est-à-dire les dirigeables. En 2020, ceux-ci sont l'objet d'un véritable engouement : ils émettent considérablement moins de gaz à effet de serre que les avions, et en plus un trajet coûte beaucoup moins cher puisqu'il nécessite moins de carburant.

Les dirigeables de 2020 ont profité d'importants progrès techniques. Déjà en 2008, on savait faire des dirigeables gonflés à l'hélium, un gaz non-inflammable beaucoup moins dangereux que l'hydrogène, qui volaient à environ 100 km/h. Ils ne manquaient alors que les investissements nécessaires pour utiliser cette technologie, et ces investissements ont été fournis dans les années 2010. Désormais, les dirigeables offrent des cabines confortables et un vol silencieux : les passagers peuvent donc profiter des trois jours de trajet comme d'une croisière tranquille. Le dirigeable, tout comme le vélo, est représentatif des mutations de la mobilité en 2020, devenue plus lente, mais aussi plus calme et plus agréable. Grâce à cette technologie, Mr Hulot peut encore faire le choix de voyager, certes moins souvent et plus lentement, mais en restant plus longtemps sur place pour mieux profiter du dépaysement.

Et après ? Après, il faudra rentrer, et sans doute patienter dix nouvelles années avant d'effectuer un nouveau grand voyage... Évidemment, dix ans, cela paraît long. Mais en contrepartie, à mesure que les voyages deviennent plus rares et les trajets plus lents, de plus en plus de gens renouent avec l'idée du long voyage véritablement dépaysant : quitte à voyager tous les dix ans, autant concentrer ses congés et partir trois, quatre ou six mois ! C'est ce que M. Hulot fera vraisemblablement dans dix ans... cette fois pour aller en bateau vers la Polynésie ou en train vers le Japon !

 Extrait d'un texte original de Luc Semal disponible sur www.epe-asso.org/doc_prix/Rapport%20Luc%20Semal%20Prix%202008.pdf "

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