Penser la transition

1 an sans avion et en même temps… taxer les billets d'avion

Publié le 14 octobre 2019
Quatre milliards de voyageurs transportés en avion en 2018, dont la moitié pour des destinations de vacances et de loisirs. Un chiffre faramineux que les professionnels du secteur espèrent doubler d’ici 10 à 15 ans. Et pourtant, prendre l’avion n’est pas un geste anodin pour le climat. Le trafic aérien représente déjà 7% de la contribution humaine au dérèglement climatique. Pour une même distance parcourue, l’avion émet 45 fois plus de CO2 que le TGV. Alors que l’on sait que 20% des personnes les plus aisées prennent autant l’avion que 80% des moins riches, la question qui se pose est donc moins « comment faire autrement ?», que « pourquoi ne pas faire autrement ? ». Dans le même temps, charge à l’État de décourager les comportements les plus polluants pour encourager les plus vertueux, à travers une fiscalité socialement juste et écologiquement efficace.

Et pourquoi ne pas commencer par ne pas prendre l’avion en 2020 ?

Un an sans avion pour prendre du recul, prendre conscience des distances qui nous séparent des endroits que nous rêvons de visiter et des impacts de nos voyages à l'autre bout de la planète. Un an pour redonner au voyage en avion sa dimension exceptionnelle au service de voyages qui en valent vraiment la peine. 

Ce temps de diète, c’est le premier pas pour en finir avec les réflexes purement consuméristes et expérimenter une autre façon de voyager, en diversifiant les modes de transport : le train, de jour comme de nuit, le bateau ou essayer les vacances à vélo, pourquoi pas ?

Le paradoxe : où est le bon sens quand les comportements les plus polluants restent souvent les plus abordables ? 

A l’Etat, la question posée est « pourquoi continuer à encourager les choix les plus aberrants ? ». Et pour cause, en ne taxant pas le kérozène, le carburant des avions, nos pays d’Europe apportent un avantage financier majeure à un mode de déplacement, qui si on l’utilise de manière non maîtrisée,  pose problème. 

Si demander aux gens de réfléchir à trois fois avant de prendre l’avion pour leurs trajets de loisir est important, l’État doit aussi s’engager sur deux objectifs indispensables :

- le premier est de décourager les aberrations. La première d’entre elles consistant à prendre l’avion pour un trajet qui pourrait aisément être fait en train mais qui est actuellement plus cher par la voie ferrée;

- le second consiste à faire revenir les constructeurs et les compagnies aériennes sur terre. Si certains secteurs polluants commencent à comprendre que la demande grandissante d’une lutte efficace contre le changement climatique va impliquer de profonds changements, le secteur de l’aérien continue d’espérer le doublement du nombre de passager, rendant inopérant les efforts faits par ailleurs pour réduire le niveau d’émissions de C02 par passagers. Ici nous attendons un État stratège, qui anticipe et fixe un cap. Pour protéger le climat évidemment, mais aussi pour accompagner les salariés du secteur. Ne pas organiser la transition du secteur reviendrait à le laisser sous la menace de nombreuses turbulences.

Avion

Une solution ? Mettre en place une contribution écologique au décollage pour les vols nationaux et internationaux.

Notre proposition pour atteindre ces deux objectifs : que l’État mette en place une contribution écologique au décollage pour les vols nationaux (20 euros par billet de seconde classe et 50 euros pour celui de 1ère) et internationaux (40 euros et 100 euros). Ne seraient pas concernés les vols en transit ni ceux à destination des départements d’outre-mer. 

Cette proposition a été imaginée comme étant la meilleure option possible en attendant que l’Union Européenne s’accorde une solution unique. En effet, des règles internationales interdisent de taxer le kérosène pour les vols non-nationaux. Taxer le seul kerozène des vols intérieurs aurait eu un impact plus important sur certaines compagnies aériennes. En faisant peser le poids de l’impact climatique sur les billets d’avions, toutes les compagnies aériennes du monde sont concernées dès lors qu’elles opèrent depuis la France. 

Cette proposition et surtout les montants appliqués à chaque billet d’avion ont été pensés, non pas pour assurer des rentrées fiscales supplémentaire pour l’Etat, mais bien pour avoir un impact sur les comportements. Quelques euros de plus ou de moins ne change pas les comportements. Quelques dizaines ou centaines font réfléchir et rendent plus attractifs d’autres options (visio-conférence pour les professionnels, autre moyen de transport ou destination pour les touristes)

Quel impact sur le secteur de l’aérien ? 

Cette proposition permettrait dans un premier temps de ralentir la croissance du secteur, sans provoquer un choc insupportable du point de vue économique. En Suède, où une taxe similaire a été mise en place, le secteur continue de grossir, mais deux fois moins vite. 

Resterait à se projeter vers l’avenir et définir une place de l’avion compatible avec les objectifs climatique. L’argent récolté par une taxe - dont le montant pourrait atteindre 3,5 milliards d’euros par an – devra servir à accompagner la transition du secteur et le renforcement d’alternatives. Et pourquoi pas, aider les 40% de ménages français qui ne partent pas en vacances à pouvoir le faire.

Et pour aller plus loin, c’est toute la fiscalité qui doit être remise à plat pour être socialement juste et écologiquement efficace.

Au-delà de la question de l’avion, du kérosène et d’un mode de transport économiquement attractif, il est nécessaire, pour atteindre nos objectifs de transition écologique, de stopper la consommation de toutes les énergies fossiles dans les 10 à 15 ans. Elles sont un danger climatique mais aussi une prison économique pour ceux qui subissent les hausses de prix du pétrole et du gaz, pour se déplacer ou se chauffer. Il est donc indispensable d’utiliser l’outil de la fiscalité pour décourager les comportements polluants et rendre les comportements écologiques financièrement plus intéressants. Mais il n’y aura pas de fiscalité écologique acceptable sans équité...