Penser la transition

Agriculture bio, permaculture, agroécologie… Quelles différences ?

Publié le 01 mars 2018
Agriculture biologique, durable, paysanne, permaculture, agroécologie ou agroforesterie … Sur les étals de votre marché ou dans vos journaux on parle de plus en plus des alternatives à l'agriculture industrielle, autrement appelée " conventionnelle ". Devenus pluriels, les modes de production agricole ont leurs spécificités. En quoi se différencient-ils ? Comment les reconnaître ? Quels impacts sur ce que vous consommez ? On les décrypte pour vous.

L'agriculture biologique 

L'agriculture biologique garantit que le mode de production est respectueux de l'environnement et du bien-être animal.  Les produits issus de l'agriculture biologique portent le logo officiel européen " l'Eurofeuille ", et parfois le logo AB français, qui prouvent le respect du cahier des charges : 

Logo agriculture biologique

Ce mode de production exclu les produits phytosanitaires - engrais et pesticides - ainsi que les OGM. En plus de préserver votre santé et l'environnement, l'agriculture biologique permet aux paysans de mieux vivre car leur production est plus rentable : il n'y a pas d'achat de pesticides, les coûts d'exploitation sont moins élevés et les prix de vente sont plus importants.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, reconnaît " qu'en moyenne, le rendement des cultures biologiques est comparable à celui des cultures conventionnelles ". En effet, sur 75 % des surfaces de la planète, celle-ci obtient de meilleurs rendements à l'hectare que l'agriculture conventionnelle. L'agronome Jacques CAPLAT considère que l'agriculture biologique peut parfaitement nourrir l'humanité à moyen terme, puisque les rendements des cultures associées sont bien meilleurs que des rendements des monocultures standards, même améliorées par la chimie. Alors qu'un hectare de blé cultivé avec l'aide de produits phytosanitaires peut produire au maximum 10 tonnes de grains, un hectare de maraîchage diversifié permet d'obtenir de 20 à 50 tonnes de légumes variés par an. 

Le saviez-vous ?
L'agriculture bio crée 50 % d'emplois en plus que l'agriculture conventionnelle, elle représente 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

En France, la filière bio comptabilise près de 120000 emplois directs, un chiffre qui croît en moyenne de 8,4 % par an depuis quatre ans.

Avec 6 % de la SAU (surface agricole utile) exploitée sous le mode de production biologique, la France se positionne comme la 9e superficie agricole biologique mondiale et la 3e en Europe.

L'agriculture durable - ou autonome et économe -

Comme l'agriculture biologique, l'agriculture durable promeut un modèle qui respecte l'environnement et la santé mais la dimension économique et sociale y est renforcée. L'idée est de répondre aux besoins d'aujourd'hui - aliments sains, eau de qualité, emploi et qualité de vie - sans remettre en cause les ressources naturelles pour les générations futures. S'y ajoute un objectif d'autosuffisance, par exemple avec l'utilisation du fumier qui sert d'engrais naturel aux cultures.

La particularité de l'agriculture durable est qu'elle se construit par les pratiques des agriculteurs eux-mêmes. Il existe un logo de certification " Haute Valeur Environnementale ". Cette certification atteste du respect, pour l'ensemble de l'exploitation agricole, des seuils de performance environnementale portant sur la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et de la ressource en eau :
Haute valeur environnementale

On comptabilise plus de 3000 agriculteurs faisant partie du Réseau agriculture durable qui les accompagne pour faire évoluer leurs systèmes agricoles vers toujours plus de durabilité.

L'agriculture paysanne

Comme l'agriculture durable, ce modèle d'agriculture doit permettre aux paysans de vivre décemment de leur métier. L'agriculture paysanne a comme singularité de promouvoir la dimension familiale des exploitations agricoles. Il s'agit de défendre un modèle de petites exploitations contre les exploitations industrielles du type " ferme des mille vaches ". L'agriculture paysanne n'est pas réglementée officiellement mais fait néanmoins l'objet d'une charte d'engagement construite en 1998 par la FADER - réseau de l'agriculture paysanne. 

Près de la moitié de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes, sont des paysans. En France, le passage à l'agriculture paysanne pourrait permettre la création de près de 600 000 emplois !

L'agroécologie 

L'agroécologie souligne que les systèmes sociaux et écologiques sont inséparables. Ceci signifie notamment qu'agriculture et systèmes alimentaires sont intimement liés. Comme l'agriculture paysanne, l'agroécologie est préservatrice de l'environnement, productive et autonome, en utilisant les ressources humaines et naturelles locales. Sa différence réside dans le fait, qu'en plus d'être une technique agricole, l'agroécologie est une discipline scientifique et un mouvement populaire de défense des travailleurs agricoles.

En Inde des millions d'agriculteurs obtiennent des récoltes abondantes grâce à l'agroécologie qui croise savoirs scientifiques modernes et traditions agricoles locales. Cette méthode d'agroécologie est appelée système de riziculture intensive (SRI). L'adjectif " intensif " signifie ici que l'espace cultivé est optimisé, tout comme l'utilisation de l'eau. Le résultat est là : les épis de riz sont plus nombreux, plus longs de 20% en moyenne, et chaque épi comporte en moyenne 40% de grains de riz de plus qu'avec l'agriculture conventionnelle. Les rendements sont donc élevés. Ce système permet également de lutter contre le phénomène d'érosion.

Mis au point dans les années 1980 à Madagascar, le système de riziculture intensive est actuellement considéré comme l'une des avancées majeures de ces cinquante dernières années dans le domaine de l'agroécologie.

Agroécologie

En France, la loi agriculture de 2015 défend la réduction de 50% des produits phytosanitaires d'ici 2025 ainsi qu'une baisse de 25% de l'utilisation d'antibiotiques pour les animaux d'élevage d'ici 2020. Cependant, n'y a pas de cahier des charges officiel de l'agroécologie.

La permaculture

Plus qu'un modèle agricole, la permaculture se présente comme une éthique, une philosophie et une science. Elle regroupe un ensemble de méthodes culturales qui permettent de maintenir la fertilité naturelle du sol, sans recours aux produits phytosanitaires. Dans une exploitation de permaculture on retrouve une grande diversité de productions, l'espace est optimisé et le recours à la mécanisation fortement réduit. Par exemple, associer les cultures de tomates, oignons, choux pommés et carottes, permet une occupation optimale du sol et de repousser les nuisibles susceptibles de s'attaquer à l'une des espèces.

La permaculture s'est donc orientée vers la recherche de la mise en place d'agroécosystèmes productifs s'inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels. 

L'agroforesterie 

Avec les arbres au cœur de ce système agricole, l'agroforesterie désigne l'association des arbres et des cultures ou des animaux sur une même parcelle. La présence d'arbres sur les parcelles cultivées permet de faire remonter l'eau et les minéraux des couches profondes du sol pour les remettre à disposition des cultures de surface. Les arbres permettent ainsi de protéger les cultures en cas de sécheresses. Ils permettent également de protéger les cultures et les animaux de la chaleur et du soleil. L'agroforesterie se présente comme une solution pour amortir les accidents climatiques, en partie responsables de la stagnation des rendements des cultures céréalières européennes. De plus, les arbres créent de l'activité organique et restaurent la fertilité des sols grâce à la décomposition de leurs racines et de leurs feuilles qui tombent au sol.

Agroforesterie

L'agriculture intégrée 

Si elle ne supprime pas totalement le recours aux pesticides de synthèse, elle vise à réduire fortement leur utilisation. La production intégrée emploie les pesticides en dernier recours, après avoir mis en œuvre d'autres techniques, comme la lutte biologique. Par exemple, préférer le recours aux coccinelles plutôt qu'aux insecticides pour lutter contre les pucerons.

La production intégrée ne possède pas à l'heure actuelle de cahier des charges officiel en France, à la différence de l'agriculture biologique.


Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique : http://www.fnab.org/

Pour en savoir plus sur l'agriculture paysanne :  http://www.agriculturepaysanne.org/

Pour en savoir plus sur l'agroforesterie, rendez-vous sur le site de l'Association Française d'Agroforesterie (AFAF) : http://www.agroforesterie.fr/index.php