Penser la transition

Au mépris du climat et de la santé des citoyens, le gouvernement continue à investir dans l'avenir… du transport routier !

Publié le 13 septembre 2018
A l'été 2017, le gouvernement avait mis en " pause " les grands projets d'infrastructures de transport routier : du Lyon-Turin au Canal Seine-Nord, en passant par l'A45 et autres projets routiers… L'incapacité de l'Etat à financer était le principal argument.

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Les ONG, dont la FNH y voyaient par ailleurs l'occasion rêvée d'amorcer la sortie de l'ère des grands projets, invoqués au nom du progrès économique, mais qui se révèle trop souvent inutiles, couteux et destructeurs pour l'environnement et le climat. Donner la priorité aux transports du quotidien, renforcer l'accès à la mobilité pour tous et décarboner ce secteur et lutter contre la pollution de l'air, est en effet un objectif aujourd'hui partagé par le plus grand nombre.

Un an après, mardi 11 septembre, la Ministre des transports Elisabeth Borne dévoilait ses priorités pour les infrastructures de demain et en premier lieu l'entretien des réseaux existants, la désaturation des nœuds ferroviaires à l'approche des gares des grandes villes et le développement des mobilités propres et partagées. Si le programme témoigne d'une réelle volonté de moderniser nos transports, et met le moyen sur le transport ferroviaire (51% du budget dédié, dont une part dédiée au fret non négligeable), le flou persiste sur les priorités réelles.

Point d'interrogation n°1 : un budget insuffisant pour les transports durables

Le budget des mobilités durables, qui cumule le vélo, mais aussi les transports en commun, le véhicule autonome, les voitures partagées …  compte seulement pour 1/20e du Plan d'investissement ! Si on peut souligner l'effort de la Ministre pour ouvrir enfin la France aux nouvelles mobilités, concrètement, c'est encore trop peu. 

Point d'interrogation n°2 : le désenclavement des villes moyennes et des territoires ruraux passera par de nouveaux projets routiers 

Le désenclavement des villes moyennes et des territoires ruraux bénéficiera d'une enveloppe de 1 milliard sur 10 ans, mais ne pourra miser à priori que sur de nouveaux projets routiers, alimentant un petit peu plus la dépendance à la voiture individuelle. Et ce alors que le gouvernement fait l'impasse totale sur les petites lignes de train. 

Par ailleurs, l'enveloppe dédiée aux grands projets n'a pas été précisée… 

Point d'interrogation n°3 : aucune annonce sur la fiscalité du transport routier de marchandises

Le gouvernement reste muet à ce jour sur la fiscalité du transport routier de marchandises.

Malheureusement donc, il semble que le gouvernement n'ait pas pris la mesure du défi climatique et sanitaire. Les infrastructures de transport que nous construisons aujourd'hui pour plusieurs décennies, détermineront la façon dont nous nous déplacerons demain. La voiture et les projets routiers qui accompagne son développement, même électrique ou au gaz " vert ", autonome, ne peut plus être la priorité d'un gouvernement qui prétend sur la scène internationale lutter contre le changement climatique. Simplement car elle ne sera jamais propre, au même titre que la route ne sera jamais écologique. 

Nous sommes arrivés à un moment charnière de la transition, où les incohérences des politiques publiques sont de moins en moins tenable. Elles soutiennent la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre : le secteur des transports est le premier émetteur de gaz à effet de serre en France (30%) et un des seuls secteurs qui voit ses émissions augmenter (+ 6% en 2016). Les objectifs de réduction d'impact, fixés en 2015, ne sont, aujourd'hui, pas respectés. 

Les demandes que la FNH pousse auprès des décideurs pour favoriser les transports durables

Le secteur des transports étant le principal émetteur de gaz à effet de serre, la FNH demande au gouvernement de mettre en cohérence ce plan d'investissement avec les engagements de la France pour lutter contre le changement climatique et la pollution de l'air : 

  1. En précisant et en relevant le montant des enveloppes dédiées aux modes de transport les moins polluants
  2. En appliquant concrètement le principe pollueur- payeur : Si la hausse de l'investissement, permise dans un premier temps par nouvelles recettes liées à l'augmentation des taxes sur les carburants payés par les automobilistes, elle devra ensuite être soutenue par les transporteurs routiers de marchandises, jusqu'ici exonérés de taxes sur le diesel et de contribution à l'entretien des infrastructures. 
  3. En concrétisant le discours sur la fin de l'addiction aux grands projets : Alors que la ministre s'apprête à rencontrer les élus régionaux dans les jours à venir, la FNH appelle à dire STOP aux projets autoroutiers : A45, Castres-Toulouse, Contournement de Rouen, RCEA., Tour- Luxembourg, RN 154. 

Pour chaque projet, l'étude honnête des alternatives, ferroviaires notamment, doit être mise sur la table. 

C'est la condition pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et respecter l'Accord de Paris, lutter contre la pollution de l'air et garantir un air sain au plus grand nombre. 


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