Penser la transition

Comment participer au sauvetage du Busard cendré

Publié le 02 novembre 2020
Conçu il y a 10 ans par la Fondation Nicolas Hulot (FNH), J’agis pour la nature est un réseau qui met en lien le grand public avec plus de 800 associations de protection de l’environnement, grâce à sa plateforme internet. Animé toute l’année par l’équipe de la FNH, jagispourlanature.org est devenu le site de référence, tant pour les personnes souhaitant s’engager pour la biodiversité, que pour les associations en manque de bras pour mener à bien leurs actions de terrain.

Meuse Nature Environnement, a rejoint notre réseau en 2017. Chaque été, cela lui permet de recruter plusieurs bénévoles pour l’aider dans sa mission de sauvetage des bébés busards. Le temps des moissons est en effet une période à haut risque pour la survie des couvées de busards cendrés, cette espèce de rapaces migrateurs venus d’Afrique ayant la particularité de nicher à même le sol, cachés dans les hautes tiges des cultures céréalières. Sans l’intervention de Meuse Nature Environnement et la participation des bénévoles, les oisillons encore incapables de voler connaîtraient tous un funeste destin, broyés par les lames des moissonneuses-batteuses. C’est ainsi que de mai à fin août 2020, pendant la période de reproduction des busards, Meuse Nature Environnement a de nouveau pu agrandir ses rangs. Recrues enthousiastes de J’agis pour la nature :  Florent, Lisa, Elyas, Manon, Maxence et Sébastien, sont venus rejoindre Nastazja, Ludovic et Loan pour les aider… 

Comment se passe la mission de nos « sauveurs de Busards » ?

Patience et persévérance... C’est ce que les bénévoles recrutés grâce à une annonce postée sur jagispourlanature.org, vont apprendre au contact de l’équipe de Meuse Nature Environnement. Des gens engagés qui, au sein de l’association qui existe depuis une cinquantaine d’années, s’attellent à transmettre leur passion au travers de leurs actions. Qu’elles concernent le sauvetage des bébés busards, la mission loups élevage ou la construction de crapauducs pour protéger les amphibiens… la pédagogie et la concertation avec les différents acteurs de terrain, éleveurs, bergers ou agriculteurs, reste au centre de leurs préoccupations. 

Une mission de sauvetage qui s’échelonne de mai à fin août, sur 300 km2 de cultures.

Au mois de mai, sitôt déconfinés, nos volontaires sont à pied d’œuvre, apprenant à scruter le ciel, le cœur battant, dans l’attente que la silhouette du rapace tant espéré se découpe au loin dans le ciel. C’est par l’observation du vol des adultes que l’on parvient à débusquer les nids, notamment lorsqu’ils y reviennent après s’en être éloignés pour s’alimenter. Un repérage mobilisant tous les bénévoles de Meuse Nature Environnement sur un périmètre de 300 km2. A savoir que dans la Meuse, l’action conjointe des différentes associations permet de couvrir des territoires d’une surface d’environ 1 000 km2, autour desquels on situe Verdun et Bar-le-Duc. Aussitôt les nids localisés, les bénévoles s’entendent avec les céréaliers dont les champs sont concernés pour organiser la mise en place des structures de protection. 

Les agriculteurs, des soutiens précieux pour un tout aussi précieux auxiliaire des cultures.

Les agriculteurs sont souvent désireux de contribuer à sauver les busards qui, ils le savent, sont de précieux auxiliaires de leurs cultures. Un mâle peut en effet chasser jusqu’à 50 rongeurs par jour pour ravitailler les bébés busards jusqu’à leur envol, ce qui représente une moyenne de 2 500 rongeurs pour un seul couple de busards en une saison estivale ! Avec une population s’établissant entre 4 000 et 5 000 couples en France sur les 35 à 50 000 couples que compte l’Europe, les effectifs de busards cendrés sont en régression. Alors, pour peu que l’on respecte leur travail, les agriculteurs accueillent avec bienveillance la mise en place de structures de protection dans leurs cultures bien qu’elles représentent une contrainte lors de la moisson, notamment quand plusieurs couples ont élu domicile dans un même champ !

La mission dure tout l’été, elle est fonction de la météo et s’échelonne tout au long de la période de remontée des busards. Trois mois durant lesquels se succèdent les moissons de l’orge d’hiver (escourgeon) en juin, du blé d’hiver et de printemps en juillet et, pour finir, de l’orge de printemps en août. Autant de champs à prospecter, de nids à débusquer, d’œufs à protéger et de petits busards à sauver des monstres d’acier. 

agriculteurs et busard

Sauver le busard c’est aussi adopter un comportement responsable 

Lors des deux réunions annuelles et d’animations ponctuelles expliquant notamment comment faire la distinction entre les différentes espèces, les bénévoles de Meuse Nature Environnement sont formés pour limiter au strict minimum les intrusions physiques dans les cultures, s’astreignant à utiliser les sillons des tracteurs préexistants et imaginant divers stratagèmes pour accéder aux nids. D’autant que frayer un layon vers un nid va aussi le rendre plus accessible aux prédateurs.

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit qu’il est toujours plus délicat d’intervenir au stade de la couvaison des œufs, un dérangement trop important pouvant provoquer l’abandon du nid. L’attachement de la femelle à ses oisillons après l’éclosion permet une plus grande sécurité d’action.

Différentes techniques pour localiser les œufs.

Pour localiser plus précisément un nid quand les œufs n’ont pas encore éclos, on peut utiliser la technique de la corde dans un périmètre bien délimité : tendue entre deux sillons, elle va, en affleurant le haut des épis, provoquer l’envol de la femelle et permettre d’en repérer l’endroit exact. 

Après l’éclosion des œufs, le spectaculaire passage de proie entre les mâles et les femelles dans les airs reste le moyen le plus sûr de localiser le nid que la femelle rejoint aussitôt pour nourrir ses petits. 

Le drone, parfois envisagé comme recours, ne fait pas l’unanimité car il annihile, en partie, l’esprit même de la mission, à savoir la motivation de bénévoles heureux de donner de leur temps pour participer au sauvetage des busards, ainsi que la relation humaine avec les intervenants, surtout celle des agriculteurs amenés à s’investir aux côtés des bénévoles. Pour l’association Meuse Nature Environnement, au-delà de la pertinence du recours à la technologie, la cohérence de la démarche appelle à une sobriété des moyens mis en œuvre pour préserver l’environnement. Dès lors, la fabrication des machines nécessitant l’usage de matières premières et de terres rares dont l’extraction est sujette à bien des dérives, pose question. Comme Sébastien Lartique, chargé de mission faune au sein de l’association aime à l’expliquer en s’appropriant la citation de IAN MAC MILLAN, au sujet des condors :

« Ce qui compte vraiment, dans la sauvegarde des busards* et de leurs congénères, ce n’est pas tant que nous avons besoin des busards, c’est que nous avons besoin de développer les qualités humaines qui sont nécessaires pour les sauver ; car ce sont celles-là mêmes qu’il nous faut pour nous sauver nous-mêmes. » 

*Dans la citation originale : les condors

Un rayon d’action qui a doublé depuis 2017, grâce à J’agis pour la nature 

Grâce au nombre grandissant d’inscrits sur la plateforme de J’agis pour la nature, le rayon d’action de la mission de sauvetage des busards a doublé depuis 2017, passant de 150 à 300 km2, ce qui permet d’espérer que le périmètre accueillant les nids s’accroisse au fil des années puisque les busards tendent à revenir nidifier là où ils sont nés.

8 nids découverts et 15 petits busards sauvés à l’été 2020.

Durant cet été 2020, sur les 8 nids découverts, 15 petits busards ont eu la vie sauve grâce au travail des bénévoles et de Meuse Nature Environnement. Autant de rapaces susceptibles de revenir en 2021 en région Lorraine dans les champs qui les ont vu naître et grandir jusqu’à prendre leur envol… Une belle réussite venant récompenser l‘action conjointe des bénévoles de l’association et des agriculteurs.