Penser la transition

De quelles infrastructures de transport avons-nous (vraiment) besoin pour demain ?

Publié le 17 avril 2018
Alors qu'une nouvelle Loi Mobilité est en cours de préparation par le gouvernement, se joue l'avenir de nos déplacements, en voiture, en train ou à vélo…. Pourtant, cet avenir fait débat : quelle place pour le train, alors que certains tendent à reléguer les lignes classiques au siècle dernier ? Quelle place pour le vélo, qui peine tant à trouver sa légitimité dans les politiques nationales ? Comment faire évoluer la route, acculée à son empreinte environnementale et mystifiée par l'arrivée promise du véhicule autonome ?

Dans ce débat, l'avenir est à construire collectivement, mais surtout en donnant la priorité aux modes de transports les moins polluants pour notre santé, et les moins émetteurs de gaz à effet de serre pour permettre de lutter rapidement contre la pollution de l'air, et de manière efficace à moyen et long terme contre le changement climatique

Dans ce contexte, la FNH partage sa vision d'une politique pour les infrastructures de transports cohérente avec le respect de l'environnement et des limites planétaires, soucieuse des équilibres territoriaux et de la cohésion sociale.

1. Au quotidien, des transports collectifs fiables et confortables pour le plus grand nombre, plutôt que des grands projets inutiles

Aujourd'hui, dans de nombreuses métropoles, les transports urbains sont saturés. Dans les zones moins denses, la pertinence des transports en commun classiques s'effrite… au détriment de la capacité de tous à accéder à un moyen de transport pour aller travailler par exemple. La part des déplacements en transports en commun culmine à 16%, alors que les Français restent largement dépendants à la voiture individuelle…

La proposition de la FNH

Dans les prochaines années, le réinvestissement dans les trains du quotidien, et les transports en commun doit permettre de revaloriser ce mode déplacement, peu impactant pour l'environnement. L'amélioration des rabattement vélo et covoiturage vers les gares et stations (signalisation, possibilités de stationnement) et la convergence des systèmes d'information et de billettique seront les outils d'accompagnement de cette évolution majeure.

2. La possibilité pour chacun, en ville mais aussi dans les territoires peu denses, de réaliser ses trajets de proximité à pied ou à vélo

Aujourd'hui seuls 3% des déplacements quotidiens sont effectués à vélo, la majorité d'entre eux font moins de 3 km… De nombreux déplacements pourraient ainsi être effectués en vélo, vélo électriques, vélo cargo pour transporter courses ou enfants. Dans les années à venir, si les conditions sont réunies pour circuler en toute sécurité sur des pistes cyclables isolées du trafic routier, les trajets courts du quotidien, réalisés en vélo, pourraient être facilités pour tous, moins couteux, et meilleurs pour la santé. 

Le renforcement de la pratique du vélo est une des solutions parmi les plus efficaces pour lutter contre le changement climatique, et réduire la pollution de l'air. 

Source : The Shift Project : La mobilité dans les zones de moyenne densité.

La proposition de la FNH

La création d'un fonds national vélo, a été recommandée par le comité d'experts des infrastructures de transports (COI) et annoncé par la Ministre des Transports. Ce serait une mesure inédite, et porteuse d'un réel changement ! 
Les financements devront appuyer autant les territoires métropolitains que les territoires peu denses, ruraux, pour répondre aux besoins prioritaires, -infrastructures, stationnements, résorption des coupures- (le vélo, ce n'est pas que pour les bobos métropolitains). La FNH recommande également de soutenir cette politique via une vraie campagne de communication grand public.  
Enfin, alors que le bonus à l'achat pour les vélos électriques, d'un montant de 200 euros et créé en 2017, vient d'être supprimé, la FNH recommande au gouvernement de revoir sa copie et de réintroduire une aide à l'achat des vélos électriques, notamment lorsque ceux-ci peuvent remplacer la 2e ou 3e voiture d'une famille ! 
Avec un plan vélo sincère, crédible, et financé, lancé dès 2019, une France cyclable en 2025, devient possible. 

3. Des services de voiture partagées, accessibles, avec des véhicules peu émetteurs et adaptés aux besoins

Aujourd'hui la mobilité quotidienne, c'est la voiture particulière : 2/3 des Français l'utilisent chaque jour pour aller au travail. Le " taux de remplissage " est actuellement de 1,2 personne par voiture. Mais si l'on se projette à 10, 15 ans, la voiture particulière ne sera plus le moyen dominant pour les trajets courte distance comme pour les déplacements longues distances. Le covoiturage, puis les flottes de véhicules partagés, sont amenés à se développer fortement grâce aux nouvelles applications. 
Le partage de véhicule doit permettre à chacun de réduire les coûts et les impacts environnementaux liés à la voiture (carburants, péages…), sans réduire la possibilité de se déplacer, voir en augmentant cette capacité pour ceux qui n'ont pas le permis, ou ne possèdent pas de voiture personnelle.

La proposition de la FNH

Nouvelles applications de covoiturage courte et longue distance, développement des services partagés en ville mais également en zone périurbaines, facilités de stationnement, voies dédiées sur l'autoroute… : les solutions sont multiples pour inciter à plus remplir les voitures.  
Les entreprises auront un rôle clé, les véhicules d'entreprises représentant environ un tiers du parcs et roulant majoritairement -à 75%- au diesel ! Les incitations à la conversion des flottes, vers des véhicules à faibles émissions et partagés représentent un levier prioritaire pour réduire l'empreinte écologique des transports.
Le partage de véhicules aura d'autant plus de pertinence à devenir la norme avec l'arrivée des véhicules électriques sur le marché. Pour cela, les infrastructures de recharge doivent être déployées dans l'espace public, et non pas seulement chez les particuliers.

4. Un réseau de train moderne, adapté aux besoins de mobilité du 21e siècle, et ouvert sur l'Europe

La France dispose du deuxième réseau ferroviaire européen après l'Allemagne, avec près de 29 000 km de lignes exploitées, et compte 3,2 millions de voyageurs par jour, très majoritairement, à 90%, dans les trains du quotidien (TER et Transilien). Néanmoins, le constat des dysfonctionnements du système ferroviaire actuel est partagé par le plus grand nombre : 5% de trains annulés ou déprogrammés chaque jour, une dette qui s'accroît… Là où le train n'a pas été soutenu en France, c'est aujourd'hui le transport aérien qui prend le relais. Or celui-ci est de 20 à 40 fois plus émetteur de gaz à effet de serre que le train. 
Le réseau ferroviaire doit-il se limiter aux liaisons interurbaines et grands axes, là où le trafic est le plus dense, pour retrouver une viabilité économique ?  Le remplacement des " petites lignes " par des " mobilités innovantes ", véhicules autonomes par exemple, a sans aucun doute une certaine pertinence, à certains endroits. Mais ne pourra être une règle pour tous les territoires, et doit encore prouver sa faisabilité, et sa capacité à répondre aux besoins réels. Au-delà des lignes à grandes vitesses qui relient aujourd'hui les principales métropoles entre elles, les lignes de train " classiques ", à 160 voire 200km/h, ont toute leur place dans un futur écologique et décarboné : trains low cost ou haut de gamme, de jour et de nuit, nationaux et transfrontaliers. Il est important de maintenir et renforcer l'accès au train pour tous. 

La proposition de la FNH

La FNH appelle le gouvernement à proposer une stratégie d'avenir positive pour le transport ferroviaire, de voyageurs et de marchandises : son potentiel écologique et économique en font un atout dans la transition écologique et énergétique.
Le train voyageur doit pouvoir miser sur sa complémentarité avec le vélo, les transports collectifs et les véhicules partagés dans un système multimodal où les gares, ainsi que sur son potentiel d'innovation, qui couvre à la fois le renouvellement des matériels roulants, pour accompagner la transition énergétique vers le 100% ENR, et développer les services, à bord des trains et dans les gares, positionnées en hub intermodaux.