Penser la transition

Dernières avancées sur la transition énergétique au Parlement européen

Publié le 18 janvier 2018
Le 17 janvier 2018, les députés du Parlement de Strasbourg ont voté en faveur d’objectifs plus volontaristes sur la transition énergétique pour la période allant de 2021 à 2030. Désormais, ils vont devoir négocier avec la Commission européenne et le Conseil des Ministres de l’UE, présidé jusqu’à mi 2018 par la Bulgarie, afin de trouver un accord. Sur le climat et l’énergie, il n’est pas rare que les eurodéputés aient une meilleure position que les Etats membres de l’Union européenne. Gageons que sur ce sujet essentiel pour l’avenir de l’Europe et de la planète, le Parlement européen saura faire valoir ses positions les plus positives auprès du Conseil, et que le gouvernement français saura l’aider dans cette démarche. C’est important pour tous les citoyens de l’UE, qui ont le droit de pouvoir bénéficier pleinement des avantages de la transition énergétique.

Energies renouvelables et économies d’énergie : les députés européens veulent aller plus loin

Le Parlement européen s’est prononcé en faveur d’objectifs européens sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique de 35% en 2030, soit des cibles plus ambitieuses que celles adoptées le 18 décembre 2017 par les Etats membres de l’UE (27% pour les renouvelables et 30% pour l’efficacité énergétique).
Ces objectifs sont assortis d’une nouvelle vision à long terme, en 2050, pour l’économie européenne :

  • atteindre un système énergétique « très économe » et « fondé sur les énergies renouvelables ».
  • parvenir à la neutralité en gaz à effet de serre, c’est-à-dire ne pas émettre plus de CO2 ou de méthane que l'UE ne peut en stocker.

politique énergétique de l'Europe

Cette vision, conforme à l’Accord de Paris sur le climat, est ambitieuse, mais nous savons désormais qu'elle est possible.

35%, c’est en deçà du gisement européen dans les renouvelables et les économies d'énergie, mais c’est un premier pas important pour signaler aux Etats membres qu’ils pourraient être moins frileux qu’aujourd’hui, et décider de saisir les opportunités de la transition énergétique. Les ONG proposent 45% d’énergies renouvelables et 40% d’économies d’énergie en 2030.

Fixer dès maintenant des objectifs à 2030 et des orientations à 2050, en particulier dans l'énergie, c’est essentiel. En effet, les investissements dans ce secteur se décident longtemps à l’avance. La transition énergétique est en outre plus facile à faire à plusieurs Etats, au sein de l’UE, que tout seul - c’est pour cela qu’il faut parvenir à une coordination des politiques énergétiques nationales via un paquet de lois européennes communes. Ce paquet « Energie » de l’UE devrait être finalisé en 2018.

Interdiction de l’huile de palme dans les carburants, mais pas de critères de durabilité pour le bois-énergie

Bois

Autre bon point dans ce vote des eurodéputés sur l’énergie : ils proposent d’interdire la comptabilisation de l’huile de palme en tant qu’agrocarburant d’ici à 2021, puisque la culture de l’huile de palme peut engendrer de la déforestation, l’un des responsables du changement climatique. 

Toutefois, les eurodéputés n’ont pas voulu mettre des barrières à la comptabilisation du bois-énergie parmi les énergies renouvelables. En effet, depuis plusieurs années, l’Europe encourage les Etats membres à développer l’utilisation du bois comme énergie. Or toutes les bioénergies ne sont pas bonnes à prendre dans la transition énergétique. Certains critères de durabilité doivent impérativement être pris en compte afin de respecter les grands équilibres planétaires.
En l’absence de tels critères, non retenus le 17 janvier par le Parlement européen, des pressions accrues sur les forêts européennes pourraient s’exercer pour fournir du bois-énergie, risquant de mettre en péril la capacité de ces forêts à stocker du CO2, et donc à contribuer à la lutte contre le dérèglement climatique. 

Enfin, les eurodéputés proposent de mettre un plafond à l’utilisation d’agrocarburants de première génération (faits à partir de cultures agricoles) plutôt qu’une interdiction de ces « biodiésels » comme le voulaient les ONG. Ces agrocarburants utilisent des cultures alimentaires et font concurrence à l’alimentation. Ils nécessitent la mise en culture de nouvelles terres au niveau mondial, faisant pression sur les populations, via des phénomènes d'accaparements de terre, et sur le climat, via la déforestation.