Penser la transition

Donnons aux cantines les moyens de bien nourrir nos enfants !

Publié le 02 septembre 2018
Pour encourager les cantines à proposer plus de produits bio et locaux, la FNH, au côté de nombreuses personnalités responsables d’associations, formule une proposition de Bonus Cantine Bio et Locale. Plus d’informations sur letsbio.fnh.org.

 

Tribune parue le dimanche 2 septembre dans Le JDD

Let's Bio

Les informations vérifiées à propos de la présence de résidus de pesticides et autres additifs à risque pour la santé dans notre alimentation (1), et l'explosion de maladies comme le diabète et l'obésité doivent nous alerter sur le contenu de nos assiettes et, a fortiori, sur celles de nos enfants. 

Depuis plusieurs années, de nombreux responsables de restaurants collectifs l'ont bien compris, singulièrement dans les écoles. Alors que la loi Agriculture et Alimentation devrait enfin acter, au terme de longs débats, l'introduction de 50% d'alimentation de qualité́, labellisée et locale, dont 20% de produits bio en restauration collective publique d'ici 2022, des initiatives efficaces essaiment depuis longtemps aux quatre coins de la France : réduction du gaspillage, rééquilibrage du bol alimentaire en faveur des protéines végétales, introduction de produits bio et équitables, économies d'énergie, valorisation des biodéchets, sensibilisation et éducation des jeunes... Toutes ces avancées sont à mettre au crédit de services de restauration engagés (gestionnaires, cuisiniers, personnels des restaurants), de directions d'établissements innovantes et d'élus concernés. Mais la généralisation de leurs actions est indéniablement limitée par le manque de moyens. Alors profitons de cette nouvelle obligation légale de 20% de bio dans les cantines scolaires pour passer à la vitesse supérieure ! Car le volontarisme et les bonnes intentions de quelques-uns, aussi nécessaires soient-ils, ne suffiront pas.

Pour preuve, seuls 3,6% des produits servis dans les restaurants collectifs sont bio, alors que 9 parents sur 10 souhaitent qu'il y en ait davantage dans les cantines de leurs enfants (2).

La transition vers une alimentation saine et de qualité pour toutes et tous a beau être plébiscitée par de plus en plus de restaurateurs, producteurs, associations et convives, beaucoup de structures ne sont pas prêtes pour intégrer les nouvelles directives. Les aménagements techniques et matériels ainsi que l'évolution de la formation des professionnels sont des défis qui nécessitent des moyens pour être relevés avec succès.

Pour ce qui concerne l'école, demander aux familles de payer davantage n'est pas souhaitable : la restauration scolaire doit rester accessible à toutes et tous et être en mesure de servir un déjeuner sain à des enfants dont c'est parfois le seul repas équilibré de la journée. L'accès à la cantine est parfois gêné par un obstacle économique pour certaines familles, alors qu'elle doit jouer son rôle dans les politiques de santé publique et de lutte contre la pauvreté.

Nous, qui voulons soutenir et accompagner la transition vers une alimentation durable, appelons à la mise en place d'un Bonus Cantine Bio et Locale. Nous voulons accélérer de façon décisive la sensibilisation des enfants au goût et à l'environnement, à la diversité alimentaire et à la connaissance des produits, des cuisines et des terroirs, pour consommer mieux et gaspiller moins. Mais nous voulons aussi encourager l'installation d'agriculteurs respectueux de l'environnement, des animaux et de notre santé, en leur offrant des débouchés équitables et rémunérateurs : avec 8,2 millions de jeunes de la maternelle au lycée qui déjeunent chaque jour à la cantine, la restauration collective offre une opportunité inégalée d'accélérer la transition agricole !

Versé sur 3 ans, le Bonus Cantine Bio et Locale serait alloué par les pouvoirs publics aux structures collectives souhaitant amorcer ou conforter un changement de pratiques. Ce Bonus permettrait ainsi de réaliser les investissements indispensables pour développer et inscrire leur projet alimentaire dans la durée : former les cuisiniers à la préparation des aliments sources de protéines végétales et animales de qualité ou des acheteurs publics à l'achat local et équitable, créer une légumerie, une conserverie, une unité de transformation quand elle n'existe pas localement pour travailler des produits bruts et frais, ou encore soutenir les dépenses supplémentaires d'approvisionnement… Tout cela a un coût, à amortir au bout de quelques années. 

Notre système alimentaire est source aujourd'hui de nombreux coûts cachés pour l'environnement : dépollution des sols et des eaux, collecte et le traitement des déchets, etc. Ces externalités alourdissent les dépenses publiques. Le Bonus Cantine Bio et Locale, estimé à 164 millions d'euros par an pour le secteur scolaire, et 330 millions en incluant le secteur médico-social si l'ensemble des établissements y font appel, représente donc un investissement urgent et efficace pour contrebalancer ces coûts cachés. Équivalent à 30 centimes de plus par repas, le montant de ce Bonus est tout à fait justifié et légitime : la santé de nos enfants le vaut bien !

Liste des cosignataires :

- Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Julie Andrieu, présentatrice et critique gastronomique

Yann Arthus-Bertrand, président de la Fondation GoodPlanet

Yacine Ait Kaci, dessinateur et créateur du personnage Elyx

Léopoldine Charbonneaux, directrice de CIWF France

Hugo Desnoyer, artisan boucher et restaurateur

Marc Dufumier, agronome et enseignant-chercheur émérite

Cyril Dion, écrivain, réalisateur et militant écologiste

Dominique Larue, président de l'UNCPIE

Eric Lepêcheur, président du réseau Restau'Co

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique

Jean-Luc Fessard, président de Bon pour le Climat

Pierre-Henri Gouyon, écologue

Frah, chanteur des Shakaponk

Freddy Le Saux, directeur de Terre de Liens

Gérard Michaut, président de l'Agence Bio

Nagui, animateur radio et télévision

Sophie Marceau, actrice

Serge Orru

Isabelle Parmentier, présidente de l'Association Française des Diététiciens Nutritionnistes

Corine Pelluchon, philosophe

Julie Potier, directrice générale de Bioconsom'acteurs

Guillaume Riou, président de la Fédération Nationale Agriculture Biologique (FNAB)

Jean-Christophe Robert, co-fondateur de Filière Paysanne

Julie Stoll, déléguée générale de Commerce Équitable France

François Veillerette, directeur et porte-parole de Générations Futures


 (1) Les données 2017 de la DGCCRF (portant sur 2015) indiquaient que la présence de pesticides quantifiables a été décelée dans 69,9 % des échantillons de fruits et 36,6 % des légumes.

 (2) Baromètre consommation Agence Bio/CSA Research, janvier 2017