Penser la transition

Ferroviaire : 3 priorités pour relancer un secteur clé de la transition écologique et sociale

Publié le 13 août 2020
Depuis trop longtemps, les atouts du mode ferroviaire pour la transition écologique et la cohésion des territoires ont été sous-estimés par l’Etat : les investissements se sont focalisés sur les lignes à grande vitesse, au détriment des lignes dites “petites”, des trains de nuit et de l’activité de fret. Résultat : l’équilibre des territoires a été profondément transformé et l’accès à la mobilité est fragilisé. Mais, alors que le secteur des transports représente 30 % des émissions de GES en France et est l’un des contributeurs majeurs à la pollution de l’air, le ferroviaire présente de nombreux atouts pour décarboner l’économie, relancer l’industrie et créer des emplois. A l’occasion du plan de relance de la rentrée, le temps est venu de prendre des mesures ambitieuses !

Relancer le ferroviaire pour une transition écologique et sociale

Pourquoi relancer le ferroviaire est essentiel ?

  • C’est un acteur clé du développement économique des territoires, car il est pourvoyeur d’emplois non délocalisables. 
  • C’est un maillon clé de l’intermodalité : Les gares sont un lieu privilégié qui doivent permettre d’accéder aux différents services de mobilité, jusqu’au dernier kilomètre.
  • C’est un mode performant du point de vue environnemental : il représente seulement 0,4 % des émissions de GES des transports pour 11 % des voyageurs et 9 % des marchandises transportés. 
  • Les solutions pour améliorer encore son empreinte environnementale sont disponibles. ll sera cependant nécessaire de mettre les moyens pour une électrification légère des lignes, et déployer les carburants alternatifs : biogaz et hydrogène.
  • Face à la hausse du transport de marchandises, le fret ferroviaire s’annonce comme une solution clé pour rendre possibles nos objectifs climatiques.

Priorité n°1/ Fixer des objectifs ambitieux pour relancer le fret, les trains de nuit et les petites lignes

Le transport de marchandises, largement dominé par le routier, pèse pour 10 % des émissions de CO2 nationales. Or, du point de vue environnemental, le fret ferroviaire est particulièrement performant : à la tonne-kilomètre transportée, le rail émet 8 fois moins de particules nocives que la route, consomme 6 fois moins d’énergie et émet 9 fois moins de CO2. Tout doit donc être fait pour doubler la part du fret ferroviaire le plus rapidement possible (de 9 % à 18 %) et anticiper les moyens nécessaires pour atteindre 30 % de part modale d’ici 2035. Pour cela, il est essentiel de développer les “autoroutes ferroviaires” notamment à travers l’Europe, de favoriser les interconnexions, mais également le réseau territorial, en rénovant les lignes capillaires pour aller au plus près des chargeurs

Pour les trains de nuit, un redéploiement d'une trentaine de lignes sur 10 ans, en France et vers l'Europe, est envisageable selon le Collectif Oui au train de nuit. Ces 30 lignes pourraient permettre de reporter plus de 10 millions de passagers par an de l'aérien et de la route sur le train de nuit, selon le Collectif. En effet, le train de nuit est une parfaite alternative à l’avion pour se déplacer en Europe : sur 164 millions de passagers aériens en 2017, 86 millions ont volé vers des destinations potentiellement atteignables en train de nuit.

Le report de 10 millions de passagers de la route et de l'avion au train de nuit, supposerait une économie de 1.9 millions de tonnes de CO2 chaque année. (D’après les facteurs d’émissions indiqués par l’Agence européenne pour l’environnement).

Enfin, sur les petites lignes, un objectif à court terme de maintien du réseau est nécessaire : c’est pourquoi la FNH appelle à instaurer un moratoire de 5 ans. Les petites lignes ont trop souffert du sous-investissement dans le réseau ferroviaire : retards, suppression de dessertes, fermeture de gares, etc. Ce désinvestissement alimente la préférence de l’usage de la voiture individuelle par rapport au train. Pour atteindre ces objectifs, le soutien financier de l’Etat est primordial.

Priorité n°2/ Un investissement public à la hauteur : 3 milliards d’euros par an pour relancer le ferroviaire

La relance du ferroviaire est d’abord une question de moyens financiers, indispensables à la remise en état et à la modernisation du réseau. En 2020, 6,2 Mds€ seront investis dans le réseau.  Mais la relance du ferroviaire exige des moyens additionnels conséquents, estimés à 3 milliards d'euros supplémentaires par an : 1,8 milliards d’euros par an pour relancer le fret, 1 milliard d'euros pour les petites lignes et 150 millions d'euros pour le train de nuit. Ces budgets doivent mobiliser l'État et s’appuyer sur les fonds européens.

Priorité n°3/ Développer l’intermodalité train-vélo

Pour gagner des parts par rapport à l’avion ou la voiture, le train doit devenir un outil de la multimodalité, c’est-à-dire qu’il doit encourager la cohabitation avec d’autres modes de transports, notamment le vélo. La SNCF doit se doter d’un plan vélo ambitieux. Quelques mesures permettraient ainsi de réellement changer la donne : 

  • généraliser le stationnement vélo en gare : chaque gare devrait être accessible via le réseau cyclable, permettre le stationnement sécurisé de son vélo et disposer de services de réparation/location de vélo.
  • l’emport des vélos dans les trains : le succès français du cyclotourisme témoigne de cette nécessité (la France est l’une des premières destinations de cyclotourisme du monde).
  • l’amélioration des systèmes d’information sur les différents modes de transport à disposition depuis les gares (et non seulement sur l’offre de location de voitures), notamment lors des réservations en ligne. 

Trois priorités pour relancer le ferroviaire en France
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