Penser la transition

Lancement des Etats généraux de l’alimentation: les attentes et demandes de la FNH

Publié le 19 juillet 2017
Emmanuel Macron a annoncé la tenue d'Etats généraux de l'alimentation, idée portée par la FNH depuis plusieurs mois, afin de donner des perspectives de sorties de crises aux agriculteurs. Lancés le 20 juillet par le Président de la République et prenant fin en décembre, les Etats généraux de l'alimentation sont très attendus par l'ensemble des parties prenantes, des agriculteurs aux associations, entreprises... La FNH se mobilisera fortement pour contribuer à faire de ce moment de dialogue, le tremplin pour une alimentation saine et durable en France.

Nos messages et nos demandes

Pour la FNH, les Etats généraux de l'alimentation (EGA) doivent êtreune phase de dialogue ambitieuse et tournée vers l’avenir. Elle voit en ces EGA une opportunité nouvelle pour notre agriculture et notre alimentation de trouver enfin des pistes de sortie de crise de manière concertée. 

états généraux de l'alimentation

Etats généraux de l'alimentation : le fond et la forme sont essentiels.

Un contexte de multiples crises auxquelles il nous faut répondre collectivement

Notre système alimentaire se trouve au cœur de multiples crises qui se conjuguent :

  • Economique : en 2015, 1/3 des agriculteurs vivait avec moins de 350 euros par mois
  • Sociale : un malaise généralisé dans le monde agricole avec un taux de suicide inacceptable – des populations défavorisées qui peinent à se nourrir de manière saine et suffisante 
  • Environnementale : notre environnement se dégrade, la pollution de l’eau se poursuit (1,5 milliard d'euros, c’est le coût supporté par les ménages soit le surcoût eau du robinet + eau en bouteille ; et le traitement nécessaire pour gérer les excédents d'élevage c'est à dire eutrophisation des milieux + algues vertes + pollutions aquatiques (nitrates et pesticides) coûte 54 milliards d’euros), la biodiversité s’amenuise, le changement climatique s’accélère.
  • Sanitaire : les maladies chroniques se développent (obésité, diabète, cancers)

Des sujets centraux à inscrire au coeur des débats

Certains sujets clés pour l'avenir de notre alimentaton, de notre agriculture et de nos agriculteurs doivent être abordés de manière transversale pendant ces EGA. La FNH les portera avec conviction au sein des 14 ateliers annoncés:

  • Santé-environnement : réduction de l’usage des pesticides notamment pour réduire l’exposition des travailleurs agricoles ( santé des agriculteurs) mais aussi des riverains et réduire l’impact environnemental associé. Sans ambition claire, il sera en effet difficile d'atteindre la réduction de 50% de leur usage d’ici 2025.
  • Restauration collective responsable : c'est un levier social, environnemental, sanitaire, pédagogique de taille. Elle est l'objet de fortes attentes de tous dans tous dans les territoires. Le sujet est mature, il faut accélerer la mise en oeuvre des projets vertueux. C’est un levier social, environnemental, sanitaire, pédaogique. Emmanuel Macron s’est engagé dans sa campagne à faire avancer ce sujet. 
  • Transition agroécologique : Stéphane Le Foll a posé les bases par la mise en place du projet agro-écologique mais tout reste à faire. Il faut réellement amorcer le virage de notre agriculture
  • Bien-être animal : il faut trouver des réponses pour améliorer les conditions de vie des animaux d’élevage. 
  • Foncier / installation / renouvellement des générations : on a perdu 25 % de l’emploi agricole en dix ans. Il faut relancer une dynamique d'ouverture vers les plus jeunes qui favorise la transition agroécologique.

Un objectif : la cohérence des politiques publiques

On ne manque pas de plans et programmes mis en place au fur et à mesure des années (plan bio, projet agroécologiue, plan ecophyto…) mais ils ne peuvent compenser les désastres occasionnés par la PAC dont le budget est de 9 milliards d’euros par an. En pensant répondre aux problématiques des agriculteurs, la PAC entretient plutôt les crises et creuse les inégalités.

Les EGA doivent déboucher sur une mise en cohérence des politiques publiques en vue de la transition agroécologique. Cela apportera efficacité dans la mise en œuvre comme dans l’utilisation de l’argent public.

Ne pas revenir sur les acquis et faire plus et mieux que les promesses du candidat Emmanuel Macron

Les EGA ne doivent pas se substituer à l’ambition politique ni aux objectifs déjà définis. Le préalable à toute action collective est de poser un cadre d’action clair à la fois en mettant en œuvre rapidement les mesures annoncées lors de la campagne présidentielle et en posant sur la table les objectifs que l’on doit assigner à nos systèmes alimentaires : absence d’antibiotiques et de résidus pesticides dans notre alimentation, préservation des écosystèmes, lutte contre le changement climatique, protection des sols, santé humaine (intégrer la nécessaire réduction de l’usage des pesticides), bien-être animal, revenu décent pour nos agriculteurs…

Il ne s’agit pas de rediscuter des engagements déjà pris ou des trajectoires existantes (comme la réduction des pesticides et en particulier la fin des néonicotinoïdes…), mais de prendre acte et de s’appuyer sur les plans et accords existants pour aller plus loin (Accord de Paris sur le Climat, PNNS, Ecophyto, Plan Bio,…).

Une troisième phase « politique » concertée 

Le format Grenelle est un format qui a fait ses preuves : il faut en tirer les enseignements, ainsi que ceux du dialogue environnemental mis en œuvre depuis 2007, pour proposer un format ad hoc.

L’essentiel est que les parties prenantes connaissent à l’avance la portée et les conséquences de leur travail. 

Ce dialogue doit ainsi aboutir à un document concerté et négocié qui sera la feuille de route du gouvernement pour les 5 ans à venir. Nous attendons la mise en place d’une troisième phase politique de négociation.

Une place centrale pour les associations : la réussite des EGA passe aussi par notre mobilisation

Les associations (environnement, consommateurs, santé, solidarité internationale…), fortes de leur nombre, de leur diversité et de leur représentativité, souhaitent contribuer à faire de ces Etats Généraux un moment d’échange, de dialogue et de mobilisation. Nous sommes en effet le relais d’envies individuelles et collectives de participer, proposer, diffuser, faire changer, partout dans les territoires. 

Notre mobilisation est ainsi l’une des clés de la réussite mais aussi de la légitimité des Etats Généraux de l’alimentation auprès des citoyens. 

Une consultation du grand public qui mobilise et soit utile

Une consultation du public est prévue sans qu’on en connaisse à ce stade les contours. 

Le phasage de cette consultation durant l'été et la rentrée n'encourage pas à une participation large et rend difficile son organisation. En particulier, les objectifs et le traitement de cette consultation, encore inconnus, devraient être rapidement précisés pour ne pas mobiliser les parties-prenantes et le grand public pour rien, ce qui serait non seulement inutile mais contre-productif pour la dynamique générale.