Penser la transition

Le transport maritime progresse (trop doucement) vers la responsabilité environnementale

Publié le 10 novembre 2016
L’organisation maritime internationale (OMI), rassemblée à Londres du 24 au 28 octobre, devait se prononcer sur deux sujets majeurs : l’amélioration de la qualité des carburants pour les navires et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur. Sur le premier sujet, la réduction du taux de souffre des carburants marins dès 2020 doit être saluée. En revanche concernant le changement climatique, le secteur piétine et ne prend pas ses responsabilités en reportant la mise en œuvre d’une stratégie climat à... 2023.

Le manque d’ambition du secteur maritime pourrait être un obstacle aux objectifs fixés par l’Accord de Paris. Le transport maritime, c’est chaque année l’équivalent de 89 000 navires qui parcourent le globe et pas loin de 10 000 millions de tonnes de marchandises transportées (selon l’UNCTAD – Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). C’est également un cinquième du carburant mondial consommé. Ce secteur structure les échanges mondiaux -la majorité des marchandises transportées le sont par voie maritime- mais reste un secteur polluant. Aujourd’hui, l’Organisation maritime internationale (OMI) évalue les émissions de CO2 du transport maritime à  3% des émissions globales, une contribution supérieure à celle de la France (1,2%) ou de l’Allemagne (2,7%). Sans action, il pourrait représenter 17% des émissions de CO2 en 2050 (selon la Direction générale des politiques internes de l'Union Européenne en 2015). Le transport maritime se développe mais subit également une profonde crise avec une surcapacité de navires, des flottes à moderniser et un ralentissement du commerce international. Les normes environnementales pourront elles contribuer à la responsabilisation et à l’évolution globale du secteur ?

Des carburants marins moins soufrés à partir de 2020

L’ensemble des flottes marines devra réduire le taux de soufre actuellement compris entre 2 et 3%, à 0,5% et ce dès 2020. Cette décision prise par l’OMI marque une étape importante dans la responsabilisation du secteur vis-à-vis de son environnement et des populations. Ce sujet majeur était inscrit à l’ordre du jour de l’OMI depuis les années 90 et faisait l’objet de vifs débats internes, certains lobbys demandant un report de cette obligation à 2025.

Le carburant marin est le plus souvent de mauvaise qualité. Les fameux bunker fuels -dérivés de produits pétroliers à haute teneur en soufre, métaux lourds et particules- sont quant à eux peu cher. Alors même qu’il n’est pas taxé, les carburants maritimes sont particulièrement toxiques, jusqu’à 2 700 fois plus que le diesel routier ! À titre de comparaison, le transport routier paie chaque année 35 milliards d’euros de taxes sur les carburants. Les oxydes de soufre sont des gaz irritants pour le système respiratoire et leurs impacts environnementaux sont importants (acidification des pluies et des sols notamment). Les populations des zones côtières en sont les premières victimes.

Cette mesure prise par l’OMI pourrait ainsi éviter 200 000 décès prématurés dont 135 000 en Asie, 32 000 en Afrique et 21 000 en Amérique latine (Etude de l’Université du Delaware: http://www.shippingcandeliver.com)

 

Lutte contre le changement climatique : devra mieux faire

L’OMI a validé une feuille de route qui prévoit l’adoption au printemps 2018 d'une stratégie de réduction des émissions avec une liste de mesures à court, moyen et long terme. L’organisation internationale a ainsi définitivement adopté le système international de collecte de données de consommation de carburant décidé en avril 2016. Celui-ci permettra de connaître précisément les émissions du secteur et constituera une base importante pour la mise en place des futures mesures de régulation. La collecte de données devrait être effectuée à partir de 2019, pour des analyses à partir de 2020 et une mise en œuvre de la stratégie à partir de 2023… En résumé le secteur maritime prend son temps et se fixe un calendrier qui ne converge pas avec les objectifs climat internationaux.

Le transport maritime est un des seuls secteurs à être exempt de l’Accord de Paris. Le transport aérien s’est engagé en octobre dernier à mettre en place un système de compensation pour tous les Etats dès 2027. Ces deux secteurs s’illustrent ainsi par des reports de calendrier et par un manque d’ambition qui met en péril la capacité de l’humanité à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris et limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C.

Il est urgent, alors que la COP 22 s’ouvre dans quelques jours, de rappeler la responsabilité de ces secteurs : il est nécessaire de repenser les besoins de mobilité internationale des personnes et de trouver la voie d’un développement soutenable des échanges commerciaux internationaux. C’est une exigence de cohérence.


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