Penser la transition

Se chauffer à 19C° pour réduire la facture énergétique... mais en même temps lancer un grand plan pour isoler les bâtiments !

Publié le 14 octobre 2019
Le chauffage de nos logements représente une part importante des émissions de Co2 en France. Néfaste pour le climat, le chauffage pèse aussi sur les porte-monnaie et le confort de 12 millions de personnes en situation de « précarité énergétique ». A l’hiver 2017-2018, 15% des gens ont eu froid, n’ayant pas les moyens de se chauffer. A l’été 2019, ce sont souvent les mêmes qui ont subi la fournaise dans leur logement. Le logement est donc un enjeu social autant qu’environnemental. La baisse des émissions de gaz à effet de serre passera forcement par une réduction de la consommation d’énergie. Celle-ci n’est envisageable que si les bâtiments sont mieux isolés. En cela, l’Etat et les collectivités territoriales ont un rôle primordial à jouer.

La rénovation thermique des logements, condition sine qua non pour contrer la précarité énergétique et baisser nos consommations d’énergie.

Chaque citoyen peut agir par deux moyens simples pour réduire l’impact climatique de son logement, d’abord en baissant le chauffage à 19°C et à 17°C dans les chambres.  Ensuite en décidant de rénover son logement pour qu’il soit bien isolé. La question de la rénovation thermique des logements est un enjeu aussi bien social que climatique. Isoler les murs et les combles, rénover le système de ventilation ou se doter de mode de chauffage plus écologique, tels sont les leviers pour protéger les logements contre les températures extrêmes tout en supprimant notre dépendance aux énergies fossiles. Il y a plus de 7 millions de logement en France qui sont considérés comme des « passoires énergétiques », c’est-à-dire qui ne garde pas la chaleur l’hiver, ni la fraicheur l’été. Mais il y a aussi ces millions de logements intermédiaires qui sont encore loin d’être efficaces énergétiquement...comme certains bâtiments publics !

Le paradoxe ? Isoler son logement un véritable défi à relever pour les citoyens !

chauffage

A l’été 2015, à travers la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, le gouvernement prenait l’engagement d’isoler 500 000 logements par an. Aujourd’hui, nous sommes très loin de l’objectif fixé par l’Etat. Seuls une centaine de milliers de logements font l’objet de rénovation chaque année et les travaux réalisés sont la plupart du temps soit insuffisants, soit mal pensés.

D’autre part, la rénovation thermique d’un logement peut coûter cher et représenter un défi important pour un ménage. En effet, la plupart des travaux de rénovations sont remboursés par la baisse des factures. Mais cela peut prendre parfois 15 à 20 ans ! et cela ne correspond pas à la réalité : les français ont tendance à changer de logement tous les 7 ans. Tout le monde n’a pas non plus d’épargne disponible. Si la transformation du Crédit d’impôt Transition énergétique en prime versée dès le début des travaux marque une avancée notable la baisse du budget alloué à la rénovation laisse entendre que l’ambition n’est toujours pas au rendez-vous. Enfin, si des aides existes, elles dépendent de divers organismes et s’y retrouver vire rapidement au casse-tête…

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit qu’investir massivement dans un grand plan de rénovation serait rentable pour l’Etat. Rénover les 7 millions de passoire énergétique pourrait créer 125 000 emplois, réduire d’un milliard d’euros par an la balance commerciale de la France via une diminution des importations de pétrole ou de gaz, réduirait les dépenses de santé de 800 millions d’euros par an et permettrait à des milliers de familles de refaire des projets pour l’avenir. Rien de moins.

La solution ? l’État doit lancer un plan Marshall de la rénovation thermique des logements

L’Etat doit et peut sonner la mobilisation générale de la rénovation énergétique, avec une sorte de plan Marshall de la rénovation qui passe par quatre actions cumulatives :  

1) Créer un grand service public de la rénovation 

Les aides doivent être accessibles via un guichet unique et surtout, l’Etat doit organiser un accompagnement efficace partout sur le territoire. Il existe déjà des Agence locales de l’énergie, l’Agence Nationale de l’habitat et des points de contact mis en place par les collectivités territoriales. Tout cela doit être fusionné et les interlocuteurs doivent pouvoir venir jusque chez les gens pour les informer, les conseiller et les guider en toute indépendance pour que les travaux effectués soient les plus pertinents possibles. 

2) Interdire à la location les passoirs énergétiques

Mais cela ne suffit pas. Car des millions de foyers ne sont pas propriétaires. Or, pour un logement en location, il n’est pas forcément rentable, ni pour le locataire, ni pour le propriétaire de faire des travaux. Qui paye ? Qui profite de la baisse de la facture ? Qui profite de la valeur donnée au bien ? Quid de l’évolution du prix du loyer ? Voilà pourquoi interdire la mise en location des logements les plus consommateurs d’énergie – les passoires énergétiques – représente une étape certainement indispensable. Après tout, il n’est pas normal de percevoir un loyer pour un logement qui ne protège pas du froid et de l’humidité. Une interdiction à partir de 2025 donnerait un signal clair tout en laissant le temps au propriétaire de s’organiser et à l’État d’accompagner les plus en difficulté.  

3) L’État doit investir massivement dans la rénovation

Tout le monde doit pouvoir se chauffer sans réchauffer la planète. C’est possible, c’est rentable, c’est confortable. Il faut juste une mobilisation totale de la puissance publique. Investir massivement, via des aides ou des facilités bancaires doit permettre de rentabiliser les projets plus rapidement. Augmenter les aides réduit l’horizon de remboursement. L’autre enjeu est de réduire l’avance nécessaire pour le reste à charge.

4) Structurer la filière du bâtiment pour qu’elle soit formée pour réaliser des rénovations de qualité 

Le plan Marshall, c’est aussi une mobilisation générale qui a pour but de développer un secteur professionnel du BTP de plus en plus compétent et capable de réaliser des économies d’échelle qui permettront de réduire la facture pour les ménages mais aussi pour l’Etat.  Cela passe par un effort de formation et de contrôle renforcé car trop souvent les rénovations qui sont faites ne sont pas suffisamment performantes. Le nombre de rénovations ne doit pas se faire sur le dos de la qualité. Pas quand il s’agit de protéger du froid et de tenir nos objectifs climatiques.