Penser la transition

Green Deal : Le temps est venu de reconnaître que l’agriculture de précision ne permettra pas la transition écologique

Publié le 25 mai 2020
C’est une première. Dans les deux volets du Green Deal publiés le 20 mai dernier, la Commission européenne fixe des objectifs chiffrés de lutte contre l'érosion de la biodiversité : réduire de 50% l'utilisation et les risques des pesticides de synthèse en 2030 ou encore atteindre 25% de surface agricole utile en agriculture biologique en 2030. Mais la voie choisie par la Commission européenne pour atteindre ces objectifs est inquiétante : les stratégies Farm to Fork et Biodiversité demandent aux plans nationaux de la prochaine PAC de promouvoir l’agriculture de précision, citée en premier lieu des “pratiques durables” devant même l’agriculture bio, l’agroécologie et l’agroforesterie. C’est un total contresens ! L’agriculture de précision est une fausse solution environnementale et ne permettra pas de répondre aux objectifs de transition écologique que le Green Deal prétend se donner. Pour la Fondation Nicolas Hulot le gouvernement français doit exiger que l’argent public, qu’il vienne de l’Union européenne ou de l’État français via le futur plan de relance, finance uniquement l’agroécologie (dont l’agriculture biologique), autrement dit les ressorts qui permettent un changement profond de système agricole et non les outils qui corrigent à la marge certains impacts du modèle intensif actuel.

Pourquoi l’agriculture de précision est-elle une fausse solution pour l’environnement ?

L’agriculture de précision n’est ni un système, ni un modèle. C’est surtout un terme aujourd’hui trop peu précis pour être brandi par les politiques publiques comme solution à soutenir. L’agriculture de précision regroupe vaguement des pratiques faisant recours à des tracteurs sophistiqués, des drones, des logiciels d’optimisation d’utilisation des intrants chimiques, des technologies embarquées dans les tracteurs et les bâtiments, des puces électroniques pour détecter les maladies sur les animaux d’élevage, l’utilisation de data, etc. C’est surtout une agriculture qui fait appel à de la haute technologie pour gérer, optimiser et surveiller les systèmes agricoles. Les solutions high-tech très onéreuses poussent à l’intensification et à l’uniformisation de la production agricole contribuant au déclin de la biodiversité en Europe et dans le monde.

L’agriculture de précision ressemble plus à une optimisation du système productiviste actuel et non un changement plus profond de modèle alors que l’agroécologie, officiellement définie par le ministère de l’agriculture recouvre un modèle de développement systémique de l’agriculture se fondant sur les écosystèmes, selon Caroline Faraldo, responsable agriculture et alimentation à la Fondation Nicolas Hulot.

Une seule solution pour la transition écologique et sociale : l’agroécologie

Lutter contre l’effondrement de la biodiversité et contre le dérèglement climatique ne pourra se faire qu’en promouvant les modèles agroécologiques, qui se fondent sur les écosystèmes, sur la diversité des cultures. L’agroécologie permet entre autres d’assurer des rendements agronomiques, l'adaptation au dérèglement climatique, le maillage et la diversification alimentaire territoriale, le tout avec un impact positif sur l’emploi. 

La Fondation Nicolas Hulot demande donc au gouvernement français de ne pas faire d’amalgame entre agroécologie et agriculture de précision. Il est primordial d’orienter les soutiens publics à venir sur l’agroécologie et non sur l’agriculture de précision, notamment lors des prochaines échéances politiques que sont la réforme de la PAC actuelle, le plan de relance ou encore le Projet de loi de Finances.