Penser la transition

La loi Mobilité amorce le virage mais ne va pas assez loin, pas assez vite

Publié le 19 novembre 2019
Alors que la Loi Mobilité vient d’être votée à l’Assemblée nationale, la FNH dresse le bilan d’un texte structurant pour le secteur des transports et la transition écologique en France.

Fruit de deux années de concertation et de négociations, la LOM s’inscrit dans une volonté : passer d’une politique des transports orientée vers les grands projets à une politique des mobilités, à même de prendre en compte des besoins du quotidien, mieux adaptée aux réalités territoriales. Gageons que la LOM amorce le virage, une bonne chose tant la France avait pris du retard dans le domaine des transports. La transition énergétique et la lutte contre le changement climatique sont enfin considérées comme un axe clé de la politique des mobilités. Cette loi fixe aussi un objectif de long terme : la décarbonation complète des transports et les nouveaux outils sont là : Plan vélo, zones à faibles émissions… Malheureusement, cette loi occulte des sujets structurants comme le fret ou l’aérien, la trajectoire pour sortir des carburants fossiles ne tient pas la route et les moyens ne sont pas à la hauteur pour soutenir les alternatives…

Mobilité

Des contradictions entre les objectifs et les moyens et des risques dans l’atteinte des objectifs climat

Le fret n’a pas été abordé, l’aérien traité “à part”, les mesures fiscales reportées à la loi de finance, la maîtrise des déplacements et la sobriété tout simplement évitées… Cette loi n’évite ni les contradictions, ni les risques :

• Des contradictions entre les objectifs de long terme (décarbonation complète des transports en 2050) et l’absence d’étapes intermédiaires pour garantir leur atteinte.

• Des contradictions entre la volonté de développer les alternatives à la voiture tout en continuant de miser de manière prioritaire sur la voiture.

• Des risques de voir les outils proposés peu ou pas appropriés par les collectivités, faute de moyens financiers supplémentaires.

Notre principale préoccupation c’est de voir les émissions des transports continuer de croître ces prochaines années et compromettre l’atteinte des objectifs climat parce que les mesures essentielles, en matière d’investissement, de fiscalité, de report modal n’auront pas été prises à temps. C’est également de voir les inégalités entre les territoires s’accroître encore un peu plus.

La LOM traduit les résistances de l’Etat à engager les transformations profondes nécessaires à la lutte contre le dérèglement climatique

Par ces incohérences, ce texte traduit les résistances de l’Etat à engager des transformations profondes de la société et de l’économie pour répondre au défi du dérèglement climatique et à faire face à l’urgence sanitaire liée à la pollution de l’air. 

Un des enjeux pour les prochaines années sera de mettre en place, comme le préconise le Haut Conseil pour le climat, une évaluation de la LOM et de sa contribution réelle à la lutte contre le changement climatique. 

Pour les mois à venir, l’enjeu sera bien la mise en oeuvre de la LOM, qui appelle à une mobilisation inédite des acteurs territoriaux, locaux, collectivités mais aussi entreprises. Les élections municipales de mars 2020 seront un premier test de la réceptivité des élus à ce nouveau cadre des politiques publiques.